
Mon dernier réveil à Barra de Valizas m’arrache de mon lit à 7h30. Je me suis prévu un emploi du temps assez chargé, puisque j’ai dans l’idée d’aller à Cabo Polonio à pied, visiter, revenir par le même chemin, prendre mon backpack et partir en stop pour La Pedrera. Mais généralement, quand je prévois des choses, ça ne se passe pas exactement de la façon dont je les avais imaginées.. peut être est-ce pour celà que j’ai décidé de partir un an sans rien prévoir!
Après un petit déjeuner complet, je prend la route direction la traversée de la rivière en bateau. Effectivement, Cabo Polonio est un village de pêcheurs, reculé, accessible uniquement à pied ou en 4×4 par les dunes. Parce que j’aime marcher, et par soucis d’économie, j’ai choisi le bateau et la marche. Après 50pesos et une rivière traversée, je pose le pied de l’autre côté de la rive. Me voilà partie pour deux heures de marche en plein désert. Il est 9h du matin, le thermomètre affiche 30 degrés, il n’y a pas un seul coin d’ombre à l’horizon, et pas une brise de vent. En parlant d’horizon.. me voilà plongée dans un décors qui me met plutôt mal a l’aise. Le sable, à perte de vue. Une couleur uniforme, sur des kilomètres.

Tranchant seulement avec le bleu du ciel. C’est beau. C’est terrifiant aussi. Me dire que je n’ai aucun repères ici. Pas l’ombre d’un changement de décors pour m’indiquer la route. Mes poils se dressent, mes yeux sont en alerte, mon corps sur la défensive. Peut-être que cette réaction physique était prémonitoire.. J’ai bien cru ne jamais sortir de cet endroit. Dès les premiers mètres, j’ai senti que cela ne serait pas aisé. Les dunes étaient immenses. Impossible de faire la marche en baskets. Mes tongs s’enfonçaient d’environ 6cm à chaque pas. Mais je ne pouvais marcher sans, le sable me brûlait littéralement les pieds..j’en garde encore des traces, quatre jours après. Il faisait chaud, la sueur ruisselait sur mon visage, entre mes seins, dans le bas de mon dos. La vue était bien sûr à couper le souffle. En haut de la première dune, j’ai eu envie de crier. Parce que premièrement j’avais réussi à la finir, mais aussi parce qu’en haut de ces gros tas de sables, on se sent tout puissant. Mes yeux se posaient sur la ville en contrebas, sur la rivière qui ressemblait à un ruisseau, sur les tâches qui symbolisaient les gens sur la plage.

Le monde est si petit, vu d’un peu plus haut. Cela m’a arraché un sourire, que j’ai vite perdu en me retournant. Mon itinéraire à moi n’affichait que sable, sable, et encore sable.. Après une gorgée d’eau déjà chaude, j’ai pris mon courage a deux mains et suis partie m’enfoncer dans ce labyrinthe.. Malheureusement pour moi, j’ai dévié, et après 45min de marche, en regardant sur ma carte, je me suis rendue compte que j’avais effectué 400mètres du trajet initial..il m’en restait donc encore 7,6 kilomètres.. Même si en écrivant ces lignes, j’en souris, je vous assure que c’était pas le cas sur le moment! Mon planning venait de prendre un coup, et mon moral encore plus.. j’en pouvais plus, de ce sable, de ce soleil, de ces herbes qui me coupaient les mollets, de ces choses qui s’enfonçaient dans mes pieds. J’ai voulu renoncer, j’ai voulu faire demi tour, mais je suis plutôt du genre têtue, et je ne me suis pas écoutée. Le point positif au fait que je me sois perdue, a été que je suis tombée sur un petit lac en plein milieu du désert.

Avec ses roseaux, ses grenouilles et ses canards! Un peu de réconfort pour les yeux et le cœur.. Au cours de ma marche, j’ai vu plus d’animaux morts, que vivants. Des centaines de scarabées littéralement cuits, des papillons carbonisés, des oiseaux asséchés. M’est venue une pensée assez déconcertante.. si ces animaux, habitués à ce climat et à ces lieux, y mourraient, qu’en serait-il de moi si je me perdais en route? Personne ne me trouverai ici, et j’aurai vite fait de brûler au soleil.. le joie dans ma tête, je vous dis! Puis une autre pensée plus amusante.. on devrait y mettre les gens fous, qui font du mal aux autres ou à la planète. Je pensais bien sûr à nos représentants, français, états uniens ou encore russes.. seraient-ils aussi désemparés que moi face à la puissance de la nature? J’ai compris ce jour là qu’on avait beau tout faire pour la détruire, nous Humains, c’est elle qui a le choix de vie ou de mort pour chacun de ses occupants.. Après plus de deux heures d’effort, j’ai enfin aperçu la plage, et au loin, Cabo Polonio. J’ai aussi constaté encore une fois le côté terrifiant de Mère Nature.. moi qui m’extasiais devant ses beautés, j’ai été forcée de reconnaître ses horreurs ce jour-là. Après les scarabées et autres animaux grillés, me voilà face à une dizaine de cadavres de phoques.. je saurai maintenant reconnaître les yeux fermés l’odeur infâme de leur corps en décomposition.

L’idée de me baigner pour me rafraîchir m’a tout de suite moins emballée! Mais j’avais besoin d’eau, de frais, d’une pause. Je me suis éloignée des cadavres, et ait plongé dans l’océan, ma bouteille d’eau dans la main! Oui, quand on a pas de moyens, on a des idées! 5minutes dans l’océan ont suffit à mes 600 ml d’eau potable pour passer de bouillant à très frais! Une douceur pour ma gorge. Autre moment de beau parmis les ténèbres de cette journée, a été la présence d’un nombre incroyable de libellules! Des centaines de libellules m’encerclaient pendant ma baignade. Elles s’accrochaient à mes cheveux, à mes bras, à mon maillot de bain. Leur couleur luisaient avec l’éclat du soleil. Elles jouaient avec les vagues. Volaient au plus près de l’eau.. et pour la plupart finissaient noyées. C’est la journée où j’ai vu le plus de cadavres de toute ma courte vie! J’ai terminé les derniers kilomètres les pieds dans l’eau, direction cette ville dont tout le monde parle. Le village en soi est très impressionnant de part son authenticité.. et son éloignement de tout. Cabo Polonio n’abrite que pêcheurs et touristes. Il n’y a pas de rues, mais plutôt des maisons posées ça et là dans les près, sans alignement.

L’eau potable et l’électricité n’y sont pas vraiment..du moins à ce qu’on m’a dit. L’ombre non plus.. à mon plus grand regret. Je suis allée voir ce ravissant phare, point de repère des marins.. mais aussi des Chloé perdues dans le désert! Des phoques, en vie cette fois-ci, se prélassaient au soleil sur les rochers.. meilleur moment de ma journée. Je me suis assise là, à 300 mètres d’eux, et je les ai regardé vivre leur vie avec insouciance. Ils plongeaient, jouaient ensemble, dormaient.. quel joli moment !


J’ai ensuite cherché une superette, et je suis ressortie avec un Fanta, mon corps avait besoin de sucre, et de fraîcheur. J’étais en surchauffe interne, malgré la casquette et l’eau bue au cours de ma marche, je sentais mes jambes chancelantes, et mon cerveau sur le point d’imploser. C’était une nécessité de trouver de l’ombre, ou je serai dans l’incapacité de refaire le chemin inverse pour rentrer.. Un banc dans une gare abandonnée a fait l’affaire, et même si j’avais un chrono à respecter, il m’a fallu deux heures à l’ombre pour faire redescendre ma température interne. De la folie pure, ce désert. Bien décidée à profiter de la proximité de l’océan, je suis allée me baigner une dernière fois, avec ma seconde bouteille d’eau. J’ai remarqué à cet instant que le soleil ne m’avait pas épargné non plus.. je n’étais même pas rouge, j’étais cramoisie. Comme une belle tomate qui éclate si on la prend en main un peu trop fort. Je me suis appropriée le seul coin d’ombre de la plage.. sous la coque d’un bateau abandonné.

J’ai lâché prise, et me suis endormie sans m’en rendre compte. A 16heures, j’ai décidé qu’il était temps de repartir. J’aurai aimé attendre la fraîcheur de la tombée du jour, mais le dernier bateau pour me récupérer sur la rive opposée était à 19heures, je n’avais donc pas intérêt à traîner! Je me suis blanchie de crème solaire, j’ai remis ma casquette, et c’est reparti! Je me dis que ça ne peut pas être pire que ce matin, et je repars le moral en hausse, prête à en découdre avec ce bac à sable! J’avais tord. Tout peut toujours être pire, sachez le !
A peine partie, un orage a éclaté. Pas juste un mignon petit orage qui passe en cinq minutes. Plutôt une mini tempête. La pluie était tellement secouée par le vent, qu’elle me fouettait les jambes et le visage à en grimacer de douleur! Je n’avais rien pour me couvrir, à part mon écharpe-paréo-serviette, que j’ai enfilé sur mes épaules.. comme si cela me protégeait.. Je n’avais pas le choix que de continuer, il fallait que j’arrive au bateau avant 19heures. Il fallait que je récupère mon backpack.. et surtout, surtout, je n’avais pas envie de passer la nuit dans le désert! J’ai donc marché, sous la pluie battante. Je me battais contre le vent, qui m’empêchait d’avancer grâce à sa force.

Le ciel était noir. Il tonnait de toutes ses forces, comme pour me prévenir de l’arrivée imminente d’une plus grande pluie. J’ai marché une heure, comme cela. Cette fois-ci, ce n’est pas la sueur qui ruisselait, mais bien la pluie. Ma casquette faisait gouttière. Mes vêtements étaient pires qu’à la sortie d’une machine. Et comme si celà n’était pas suffisant, le vent m’envoyait le sable en plein visage. Je pense que du sable est entré par absolument tous mes orifices, ce jour-là. Le vent avait la fâcheuse habitude de changer l’aspect des dunes. En quelques minutes, mon décors variait.. encore et toujours! Comment ne pas faire pour ne pas dévier?! J’avais beau avancer toujours tout droit, tout droit ne veut rien dire dans un désert sans routes. Le seul point positif au vent, et qu’il rafraîchissait mes coups de soleil.
Je m’enfonçais, parfois dans le sable, parfois dans la vase. J’en ai clairement eu ma claque, et pour la première fois de ma vie, je me suis surprise à hurler. Hurler face au vent. Hurler d’incompréhension. Hurler de peur, aussi. Comme si quelqu’un m’avait entendu, la lumière est revenue, le vent est tombé, la pluie s’est arrêtée.. J’ai failli pleurer de soulagement. Puis j’ai compris que la nature se jouait de moi aujourd’hui. Quand ce n’étaient pas les éléments, c’était les animaux.. pendant ce seul quart d’heure sans pluie, un couple d’oiseaux m’a attaqué. La vraie attaque, qui nous fait courir. Ils volaient au dessus de moi tels des rapaces, poussaient de cris d’avertissement et sans crier gare, fondaient sur moi à la vitesse de l’éclair, chacun leur tour! La seule raison qui les faisaient dévier à 30cm de mon visage, c’était parce que je criais aussi. Ces attaques ont persisté 5bonnes minutes.. le temps que je m’éloigne de leur nid, je pense. J’ai pris ma respiration, une gorgée d’eau et un peu de courage dans une pause de quelques secondes. Il me restait une heure de marche. Je me suis remise à marcher, profitant de la fin de la pluie pour essorer mes vêtements. J’aurai mieux fait de m’abstenir, puisque l’orage est réapparu quelques minutes après.. C’est donc sous la pluie que j’ai terminé ce trek. Le bateau est venu me chercher. Le regard du vieux monsieur hésitait entre l’hilarité et la pitié. Mon regard à moi était vide. J’étais complètement vidée. J’ai décidé sur le tas de reprendre une nuit dans mon hostel. Vous imaginez bien qu’à 19heures, après ce genre de journée, l’envie d’être au bord de la route en stop n’est pas vraiment présente. Je ne rêvais que d’une douche, et d’un lit.
Si j’ai bien retenu une chose de cette journée, c’est que les désert ne sont pas fait pour moi. Je deviendrai folle dans ces étendues de sable. J’ai retenu une autre chose à vrai dire, plus jamais.
Si un jour vous allez en Uruguay, faites moi plaisir, prenez le 4×4 !














Deuxième jour, nous nous attaquons au côté argentin. Passage sans soucis à la frontière, et 15km de marche plus tard, mes yeux et mon cœur sont tellement subjugués par ce décors que je n’ai plus les mots. La nature a tenu ses promesses de grandeur et de beauté. Les arbres sont d’un vert éblouissant, le ciel est d’un bleu fulgurant, l’eau, d’un blanc éclatant. C’est étourdissant, mais tellement reposant.



J’ai aussi réussi à dépasser ma peur de l’eau pour un bain de minuit, sans être pour autant rassurée. Toujours sur mes gardes, Alexia a voulu me faire une blague en faisant mine d’avoir été frôlée par quelque chose.. je vous assure que j’étais sur le sable en quelques secondes.. jusqu’à ce que je comprenne la supercherie vu le fou rire qu’elle a eu ! Elle m’a renommée Usain Bolt. Je n’y suis quand même pas retournée ahah. Ça aurait été trop pour mon petit cœur. Une dose de courage à la fois! 😉






