Pour ce quatrième et dernier épisode sur le Brésil, je vais vous raconter tous les lieux que j’ai pu visiter grâce à Brayan ou seule avant mon passage de la frontière avec le Paraguay. Le premier lieu que j’ai découvert est un parc à quelques minutes de marche de l’appartement de Brayan. Le Parque da Vale est un joli havre de paix réunissant faune et flore locale. Je décide d’y aller une après midi pour sortir un peu de l’ambiance grosse ville, et me retrouver au milieu des arbres. C’est un joli parc où l’on peut se balader près de l’eau ou au milieu de ses fleurs. Après une petite balade, je décide de profiter du calme avec mon livre. C’est l’un de mes petits plaisirs en voyage, à la découverte de jolis endroits, j’ai toujours mon livre sur moi afin de pouvoir me poser au calme et m’évader. De loin, je repère un magnifique hamac fait tout de bois. J’adore les hamacs, on en trouve dans tous les hostels de tous les pays que j’ai traversé, afin de se reposer à l’air libre et profiter de la vue. Mais c’était bien la première fois que j’en voyais un fait de bois. Les lates étaient espacées d’environ 5 centimètres les unes des autres, afin que celui-ci épouse la forme du corps et ne fasse pas mal. Un peu comme un pont de singe qui bouge à chaque mouvement. Contente de ma trouvaille, je m’allonge afin de profiter au mieux de cette belle après midi ensoleillée.

C’était sans compter sur la présence des mes énemis numéros uns… Les moustiques !! J’étais pourtant bien contente d’être de retour en Amérique du Sud pour l’automne et l’hiver… pensant pouvoir leur échapper, mais apparemment, les seuls survivants s’étaient passés le mot de mon arrivée et se sont fait un plaisir de me gâcher la vie, une fois de plus. Après une bataille acharnée à taper dans le vent, j’ai décidé d’accepter mon sort.. Et après 20 bonnes minutes de piqûres sur tout le corps, ils se sont dit qu’ils avaient fait leur job et qu’ils pouvaient me laisser souffler. C’est donc avec mon lot de démangeaisons que j’ai essayé de profiter de mon livre et du hamac. Après deux bonnes heures de lecture et bataille interne pour ne pas m’arracher la peau, je me décide à rentrer afin d’appliquer quelque chose sur les piqûres. Au retour, je m’arrête quand même devant la beauté de cette rivière d’un calme olympien. C’est beau, l’eau bouge à peine, on entend les oiseaux et les arbres bordent la rivière et apportent de l’ombre bienfaisante au tableau. En regardant bien, je m’aperçois qu’un bout de bois flotte à la surface.. Quelle surprise quand j’ai vu ce bout de bois plonger et nager ! Mon cerveau a mis quelques minutes à comprendre, il faut dire qu’on est pas vraiment habitués à voir des crocodiles en liberté en France ! Et ce n’était pas un, mais bien trois qui me regardaient, avec seulement les yeux et le nez qui dépassaient. Ça fait vraiment tout drôle !

Quand nous étions allés voir ses amis Junior et Sara un soir de semaine, Brayan m’avait dit que c’était pas très recommandé d’aller au bord de la rivière qui s’écoulait près de chez eux. Surprise, j’avais demandé la raison de ce conseil.. pour les crocodiles, m’avait il répondu. J’ai toujours cru à une blague de sa part, jusqu’à ce que je me retrouve nez à nez avec eux ! C’est donc après cette sympathique rencontre que j’ai décidé tout naturellement d’abréger mon petit tour dans ce parc et de rentrer me cloîtrer à l’appartement. Entre tous ces moustiques et ces trois paires d’eux brillants, j’avais mon compte pour la journée ! Vive le dépaysement ahaha. Le week-end d’après, Sara et Junior nous ont amenés en voiture jusqu’au début du sentier qui mène au convento da penha, perché au sommet d’un des cerros entourant Vitória. Après une petite marche d’une trentaine de minutes en montée et à l’abri des arbres bordant l’allée, nous arrivons au top du cerro. Le couvent est un bâtiment blanc, assez petit. Un immense chapelet est pendu entre deux palmiers.

Des chapelets d’ailleurs il y en a à la pelle, tous réunis dans un magasin à l’entrée du sentier. Ils sont de toutes les tailles et de toutes les couleurs. Les chapelets de couleurs flashies m’ont impressionnée, moi qui pensais que dans la religion, le discret était un des maîtres mots, ou en tous cas l’absence de tape à l’œil. Je vous avouerai qu’avec un chapelet rose barbie ou jaune Pikachu, on est de suite moins discret. À l’entrée du couvent étaient aussi alignées des bougies avec un effet assez déstabilisant.. Des panneaux marqués <<Interdit d’arroser>> les surplombaient. J’ai d’abord cru que c’était pour respecter les gens qui les allumaient et les prières qui allaient avec.. au final c’etait parce que les bougies sont faites avec un composant qui prend feu quand elles reçoivent de l’eau sur elles. Assez étonnant dans la conception du rôle de l’eau sur le feu. J’ai bien eu envie d’essayer mais à voir les yeux de Brayan, je pense que j’aurai foutu le feu au couvent.. du coup je peux pas vous dire le résultat d’une goutelette sur l’une d’elle, mais je vous avoue que ça me torture encore de pas savoir ahaha. Après un petit tour rapide à l’intérieur du couvent, on se précipite surtout à l’extérieur afin de voir le magnifique panorama que nous offre ce sommet.

La vue est très belle et on surplombe une bonne partie de la ville. L’eau de l’océan est bleue claire, les buildings ressemblent à des allumettes et le trafic incessant des voitures s’écoule sans les désavantages de son bruit. On a aussi une jolie vue sur le pont qui rellie deux parties de la ville. Après quelques photos souvenirs, on se motive pour la descente, pas parce qu’on en a marre, mais parce qu’on a faim ! Brayan décide donc de me montrer le centre ville « historique » de Vitória, avec des constructions plus âgées et des rues plus étroites. Les maisons sont d’un style colonial, pleines de couleurs et les toits plats.

Le centre m’enchante, je suis juste un peu désillusionée de voir que la plupart des bâtiments s’écroulent ou ne sont pas entretenus, et que ça n’a pas l’air d’être la priorité de la mairie ou des propriétaires. Je suis toujours triste quand je vois des buildings de 20 étages pousser comme des champignons alors que les biens qui portent une histoire et ont vus les années passées sont laissés à l’abandon. Nous passons dans des rues avec les yeux qui pétillent à chaque maison de nouvelle couleur pour ma part. Puis nous passons dans une rue animée par des bars et de la musique et décidons de nous arrêter pour manger un bout. La nourriture de rue a un nom, est connue pour ne pas être faite de produit de qualités mais pour être très bonne au goût. Je décide donc de m’initier à la vie brésilienne un peu plus et commande un burger complet, un panier de frites pour nous deux et un litre de bière pour commencer. En plus d’être bon marché (je paierai 100 reais/ 25 € pour 2 burgers, des frites, 3 litres de bières et un paquet de cigarettes ) , c’est une tuerie gustative. Rien que de l’écrire j’en ai l’eau à la bouche ! Le burger a tout ce qu’il faut, salade, tomate, oignon rouge, sauce, steak, bacon, œuf.. Et la mayonnaise qui accompagne les frites deviendra mon péché mignon.. je ne suis pourtant pas du genre mayonnaise mais s’il y a une chose qui me manquera du Brésil au niveau gustatif, c’est bien cette mayonnaise verte qui accompagne tous les burgers ! Je n’ai pas réussi vraiment à savoir ce qu’il y avait dedans, des herbes, de l’ail et autre chose qui donne un goût inoubliable. Moi qui ne suis pas fan des burgers, j’en ai mangé au Brésil, essentiellement pour la mayonnaise.

Au moins ça relève un peu le niveau des bières parce que faut dire que c’est vraiment pas leur fort. Déjà ils n’ont quasiment que de la blonde, avec aucun goût on dirait de l’eau, et en plus de ça ils la boivent gelée comme ça le seul espoir de sentir un goût s’en va avec le seau de glace.. même après trois mois j’ai jamais pu m’habituer. Moi qui aime la bière forte et découvrir de nouveaux goûts, j’ai juste abandonné l’idée de boire de la bière au Brésil. Tandis que nous nous remplissons les estomacs, nous sommes sans cesse alpagués à table par des inconnus. Je vous dis tout de suite qu’en venant d’Europe, même avec un esprit ouvert, on a du mal à s’y faire. C’est quelque chose qu’il vaut mieux savoir avant de partir en Amérique Latine car ça peut vite gâcher un voyage pour certaines personnes. C’est vrai quoi, nous on est bien « tranquils », quelques pauvres personnes qui demandent de l’argent ou jouent de la guitare dans le métro. Au Brésil on se sent harcelés de tous les côtés. Toutes les soirées ou après midi que j’ai passé à l’extérieur en bar, j’ai vu passer un minimum de 10 personnes en deux heures. Entre les enfants qui vendent des bonbons, les gens qui vendent des chocolats, ceux qui vendent des cacahouètes, ceux qui vendent des paquets de mouchoirs, ceux qui vendent des chaussettes, ceux qui vendent des chargeur de téléphones, ceux qui sont éméchés et demandent une cigarette, ceux qui sont drogués et demandent de l’argent, on a vite fait de se sentir mal à l’aise. C’est triste parce que ces gens n’ont pas grand chose, je donne toujours une cigarette à qui demande, mais j’avoue que quand c’est la 5 ème ou 6 ème de la soirée, ça peut devenir pénible. Je me rappelle d’un fois au bar avec Brayan et Sara, on pouvait même pas parler, on aurait dit que les gens faisaient la queue avec chacun quelque chose à vendre ou demander, ce qui fait que dès qu’une personne quittait notre table, une autre arrivait maximum 5minutes après. C’est quelques chose de très différent à l’Europe, voilà pourquoi je me permets d’en parler. Entre ceux qui vivent dans la rue et ceux qui envoient les enfants de 7-8 ans vendre des bonbons à 23h pour ramener un peu d’argent, ya de quoi se poser des questions sur le niveau de vie au Brésil. Nous restons quelques heures assis à ce bar, à juste fumer, faire connaissance toujours un peu plus chaque jour, boire et manger. Les gens me regardent comme si j’avais pas les yeux au milieu de la figure, et sont honorés comme s’ils recevaient une célébrité quand je leur dis que je suis française. Au début du voyage c’était marrant de voir leur tête, maintenant après 7 mois en Amérique du Sud, j’avoue que je commence à me lasser. Je suis regardée comme une bête de foire dans tous les lieux où je vais. Les gens ne ferment même pas leur bouche ouverte par l’étonnement quand je les croise dans la rue. C’est sûr que ma peau blanche n’aide pas, mais ce qui fait qu’on me dévisage est surtout la couleur de mes yeux. Pour en avoir parlé avec pas mal de locaux, les yeux bleus, c’est quasi inexistant sur cette partie du continent. Du coup on me regarde sûrement comme les aborigènes originaires de ces pays ont regardé les colons dans le passé. C’est assez déstabilisant je dois dire. Et plusieurs fois je me suis mise dans la peau d’une personne qui ne rentre pas dans un stéréotype du pays dans lequel elle vit, qu’elle soit noire, brûlée au visage, handicapée.. Ces gens sont regardés comme des bêtes de foire chaque jour de leur vie, moi ça fait 7 mois et j’en ai déjà marre. Le voyage m’apporte toujours plus, chaque jour. Je suis partie pour cela, pour être déstabilisée, perdue, pour me mettre un coup de pied au fesses à chaque difficultés, pour voir le monde au travers d’autres yeux que seulement celle d’une Européenne. Et je dois dire que je ne suis pas déçue jusque maintenant, j’ai même reçu plus que ce que je n’aurai pu imaginer.
Après cette sympathique journée à l’extérieur, nous décidons de rentrer quand le soleil se couche. Les rues du centre ville ne sont pas sûres, selon Brayan, et il vaut mieux éviter de traîner là où les gens désespérés ou drogués pourraient nous voler.

Quelques week-end après, Brayan souhaite me faire découvrir un autre cerro de Vitória, nommé Morro de Moreno. A l’opposé du couvent, il offre lui aussi une vue parfaite sur la ville. Nous partons en uber avec son amie Sara en début d’après midi un dimanche. Il fait chaud, et la montée est difficile. C’est marrant parce qu’à chaque fois dans mon voyage où j’ai fait des montées ou treks de longues distances, et où j’ai souffert, j’ai toujours eu la même révélation = il faut que j’arrête de fumer. Heureusement, quasiment tout le chemin était à l’ombre, et plus on montait et plus le paysage se découvrait. Entre montagnes rocheuses et océan en contre bas, la vue était saisissante !

Nous avons grimpé une bonne quarantaine de minutes, dues à mes arrêts répétés afin de pas mourir au milieu du chemin. Mais comme à chaque moment où je grimpe et que j’en chie, la conclusion est la même au final = ça en valait la peine. Au sommet il y avait une petite maison solitaire, le jardin rempli d’ânes, poules, canards et chevaux. Il y avait même des poules en liberté se baladant allègrement devant nos pieds. On est restés au sommet, profitant de la vue et du silence en fumant une cigarette.. Et oui, si l’un de mes plaisirs est de lire dans des endroits extraordinaires, le deuxième est de fumer dans ces mêmes endroits. À chaque fois que je prend de la hauteur et que j’ai une vue inoubliable, je la grave, une cigarette à la main.

Le seul point négatif à ce petit paradis était un groupe de trois jeunes filles, musique à fond, ne se préoccupant pas des autres personnes présentes, et tentant de faire une vidéo de danse avec la vue en fond d’écran. Sûrement afin de poster sur les réseaux sociaux pour la course aux likes. Le problème est qu’elle était plutôt nulle, et qu’elles ont relancé la même musique une dizaine de fois.. Cette histoire aurait pu finir en fait divers <<une jeune fille poussée dans le vide par une touriste >>, mais je me suis retenue..bien difficilement. C’est fou comme maintenant avec l’aire des réseaux sociaux, les gens ont la manie de vous gâcher vos instants. J’en avais déjà fait part dans mon article sur les chutes d’Iguacu et cette course effrénée aux selfies plutôt que d’admirer seulement le paysage, et bien là c’était la même chose. Passionnante vie ! Du coup au moment où on a commencé à connaître les paroles de la chanson, on s’est dit qu’il était temps de redescendre ahahah. Nous sommes passés par une petite plage remplie de bateaux de pêche, puis la faim au ventre, nous avons marcher jusqu’à un bar en bord de mer. Les pieds dans le sable, nous avons bu quelques bières, fumé quelques cigarettes et mangé du poisson frit avec des frites (encore et toujours cette apologie de la friture au Brésil).

Les semaines ont passés, puis nous avons décidé un week-end de retourner gravir un cerro, cette fois un peu plus loin, le cerro Mestre Alvarez dans le quartier de Serra. Nous avons emprunté la voiture de Junior pour y aller, Brayan étant plus ou moins rassuré de la laisser dans les rues de Serra. Après quelques interrogations à des locaux, nous avons enfin trouvé le début du sentier, caché derrière des habitations, au fond d’un jardin. À peine 3 minutes plus tard, j’ai su que cette journée allait être difficile. Chevauchant un petit ruisseau pour commencer le sentier, j’ai commencé à sentir les piqûres de moustiques. Le plus impressionnant était le nuage qui nous encerclait à chaque pas. En 5 minutes de temps, Brayan avait plus de 30 piqûres sur le visage et les bras. Malgré l’anti moustique, on était littéralement attaqués. Les douleurs des démangeaisons mêlées à la chaleur nous paraissaient insurmontables. On ne pouvait même pas s’arrêter pour boire, car le nuage se reformait automatiquement autour de nous. Ça a été un début difficile, et on a pu être tranquille seulement en atteignant une certaine altitude. Le but de ce trek était d’atteindre le sommet de la montagne. Après une trentaine de minutes en forêt, nous avons débarqué en plein champ complètement laissé à l’abandon. Le soleil tapait avec force, et les herbes arrivaient au niveau de mon ventre. Nous avons dû ralentir la cadence afin de ne pas tomber, ne voyant même pas nos pieds! Arrivés sur une pierre dominant les herbes, nous faisons une pause pour admirer le paysage. Seuls au monde, seul le bruit des oiseaux et du vent dans les herbes nous parvient. Le soleil chauffe notre peau, et nous profitons à fond de cette pause bien méritée. Puis nous continuons, toujours plus haut, toujours plus perdus dans ces hautes herbes. Elles coupent les chevilles et piquent le corps, c’est assez dérangeant. Brayan avance d’un pas rapide mais avec mes petites jambes, j’ai bien du mal à le suivre. Nous arrivons sur un autre rocher où se trouvent quelques tentes. Endroit étrange pour camper.. Après un aller retour sans succès pour trouver un chemin, nous faisons demi tour vers le campement afin de demander des informations aux deux femmes qui l’habitent. Nous voulons monter au sommet, leur dit-on. Elles nous répondent qu’on est fous. Les champs de grandes herbes sont pleins cascavél, des serpents à la morsure mortelle, et au delà du campement, il en y en encore plus car aucune présence humaine ne les dérange. Personne ne vient ici, à part pour prier. Ce campement est une sorte de chemin religieux et les gens grimpent cette montagne afin d’y prier. Les dames nous conseillent de faire demi tour, le risque de morsure est trop élevé. C’est à ce moment là que la panique s’installe dans l’esprit de Brayan. Il veut marcher vite, et a peur de tomber sur un serpent. Je propose de couper la descente en deux, et de nous arrêter à la première pierre que nous avons vu pour pique niquer. Nous profitons de cette pierre pour reprendre notre souffle et notre esprit. La descente été dangereuse dûe à la vitesse et à la pente.

Aucun chemin n’est tracé, et les chevilles ont vite fait de se tordre. J’essaie de rassurer Brayan, si on fait du bruit, les serpents ne nous approcheront pas. Aucun animal n’est dangereux s’il ne se sent pas en danger. Face à un individu de taille humaine, en sentant nos pas, il s’avisera bien vite de faire demi tour. Il n’y a que si on marche dessus, qu’on a un risque de se faire mordre. Malgré tous mes efforts, Brayan se transforme en psychose ambulante. Après un rapide pique nique, nous décidons de continuer jusqu’à la forêt. Il n’y a pas beaucoup, à peine 600 mètres de hautes herbes. Au moment de nous lever, nous entendons un bruit dans les herbes, puis nous les voyons bouger sans savoir pourquoi. Malgré toutes mes bonnes paroles, rien n’a réussi à rassurer Brayan, et en 2 secondes, il s’est transformé en enfant de 5 ans terrassé par la peur. Il s’est levé et a commencé à courir. Puis bien évidemment en courant sans savoir où poser les pieds, il s’est tordu la cheville. J’ai tellement rigolé ! J’en rigole encore quand je l’écrit La seule chose qui manquait au tableau de la psychose était un cri aigu pendant la course ahahah. Du coup après il était un peu ronchon, il boitait et on devait redescendre.. Et une chose qu’on avait oublié nous attendait en forêt.. les moustiques ! On a donc eu droit à une double dose de piqûres en descente, déjà énervés par la présence des serpents et amoché pour lui à la cheville droite. Quelle aventure ! Du coup j’ai pas vu le sommet de la montagne, mais j’ai eu une belle tranche de rigolade. Si j’avais filmé la scène, j’aurai pu en faire un GIF super connus dans le monde ahaha. Après quelques semaines de découvertes autour de Vitória, nous avons décidé de passer quelques moments un peu plus loin. La première sortie était une rencontre familiale pour ma part. Nous sommes allés dans le village de Santa Cruz pour voir ses grands parents paternels. En effet sa grand mère devait se faire opérer de la jambe et Brayan voulait la voir avant son entrée à l’hôpital. Nous sommes arrivés dans une petite maison appartenant au frère et à la femme de sa grand-mère. Première rencontre pour moi, j’avais un peu la trouille. Déjà pour la barrière de la langue, et puis pour la différence de vie ou de façon de penser. Mais il faut bien avouer que ça s’est plutôt bien passé. Nous avons passé un petit temps avec eux. Son grand père est un petit bonhomme bien portant, qui me parlait avec lenteur et gentillesse et je voyais bien qu’il avait envie de m’inclure dans la conversation. Sa grand-mère est une petite femme avec une gentillesse aussi grande qu’elle. Nous avons déjeuné avec eux, d’un repas préparé par la tante et qui était excellent. Première fois pour moi que je goutais du magnoc revenu à la poêle, un délice ! Après une petite promenade digestive au bord de l’eau et quelques câlins et bisous nous sommes repartis en direction de Vitória. « Tu as le permis ? » me demande Brayan. Je réponds que oui, mais que je ne veux pas conduire ici. À sa question du pourquoi, j’explique que c’est parce que je n’ai pas emporté le précieux papier rose avec moi de peur de le perdre ou de me le faire voler, et que je n’ai pas fait de demande de permis international. Il est donc interdit de conduire dans un autre pays. Tout en parlant de cela, nous arrivons à un rond point où Brayan est obligé de freiner brusquement car un homme en voiture arrivait en face de nous. Ne voulant pas faire tout le tour, il avait simplement pris le rond point dans l’autre sens. « Et aussi parce qu’au Brésil, vous savez pas rouler et que je veux pas avoir d’accident », sera ma phrase suivante ahahah. C’est incroyable la différence qu’on peut voir quand on vient d’un autre pays. Mais cette façon dangereuse de rouler ne s’apparente pas seulement au Brésil, mais bien à tous les pays que j’ai traversé. Ils transforment une deux voies en une quatre voies. Ils ne s’arrêtent pas au stop. Ils grillent les feux rouges, uber ou taxi compris. Ils doublent en montée ou en virage. Ils prennent les rond points en sens inverse. Et surtout ils n’en ont rien à faire des piétons. Plus d’une fois j’ai failli me faire renverser, plus d’une fois la voiture est passée à quelques centimètres des mes jambes. Une fois en Argentine, la voiture était loin, je décide de traverser, nous étions en ville. L’homme a accéléré au lieu de ralentir, a klaxonné et a roulé à 5 centimètres à côté de mes tongs. J’ai frôlé la carrosserie. Il n’a ni ralenti, ni klaxonné pour la sécurité. Il a klaxonné pour me faire comprendre qu’il avait accéléré et qu’il ne s’arrêterait pas. De plus en ville il y a peu de stop ou de feux tricolores, plutôt des cédez le passage étranges où tout le monde s’arrête et chacun passe comme il veut. Des fois il n’y a donc pas de feux pour piétons, bah je peux vous dire qu’on peut attendre un bout de temps avant de traverser parce qu’aucun automobiliste ne s’arrête pour nous laisser passer. J’ai demandé si le fait de renverser un piéton était puni par la loi ici, parce que même si la réponse a été oui, leur comportement montre exactement le contraire ! Incroyable ce manque de savoir vivre. Et il se ressent aussi dans les grosses villes, surtout en Argentine, où les gens pourraient te déboîter l’épaule dans la rue pour passer. C’est universel, l’égoïsme des gens maintenant, c’est aussi le cas en France où les gens marchent le nez dans le téléphone ou ne s’écartent pas quand tu arrives en face. Ça m’énerve aussi en France, mais en Argentine c’est fois 3 par rapport à la France. Le nombre de fois où je me suis faite pousser tellement fort que j’ai dévié de 10 centimètres… Le nombre de fois où ils m’ont vue arriver avec mon gros backpack, et qu’ils étaient entrain d’attendre un bus, et qu’ils ne se sont pas écartés d’un seul pas..le nombre de fois où je me suis raflé le bras contre le mur pour leur laisser de la place.. Incroyable.
Pour revenir à l’histoire dans l’ordre, j’ai donc eu cet argument de leur conduite pour expliquer pourquoi je ne voulais pas rouler au Brésil ahaha. Après cette petite escapade familiale, nous décidons d’aller encore plus loin pour le week-end de mon anniversaire. Mon anniversaire tombant le samedi 22, nous avions une chance inouïe de passer quelques jours en dehors de la ville, car le 20 juin était férié. SECRI était donc fermé le jeudi 20 et vendredi 21. Et Brayan ne travaillait pas le jeudi. Malheureusement pour nous, il n’a pas pu prendre son vendredi et nous avons donc dû partir le vendredi soir. Le vendredi matin, je suis allée de bonne heure dans la maison de mon amie Sara, qui travaille avec moi, pour changer mes cheveux. Ça faisait un moment que je louchais sur ses tresses et je lui ai demandé de m’en faire aussi. J’ai passé un excellent moment de douleur ahaha. J’ai été reçue comme dans ma propre famille, étant entourée de Sara, ses sœurs et sa maman pour tresser toute ma tête. Ça leur a pris 3 heures, 3 heures de cheveux tirés, de discussion et de rigolade. Au moment de laver les tresses à l’eau bouillante pour fermer les bouts, je n’ai pas pu relever ma tête du bac à shampooing. J’étais passée en trois heures à des cheveux coupés à la garçonne, à des tresses longues jusqu’à mes hanches. Celles-ci gorgées d’eau, j’ai cru que j’allais me faire un torticoli ! C’est marrant le changement de culture, en France tout le monde me donnait plus que mon âge avec les cheveux courts, au Brésil c’était l’inverse. Les femmes ont bien souvent les cheveux longs. Les tresses ont été difficiles à accepter pour moi, je trouvais que ça me tirait les traits du visage, et le poids et la longueur enlevait le volume créé par les cheveux courts. Je me voyais comme malade ou simplement moche ahaha. Mais tous les brésiliens qui m’ont connu avant et après ont préféré après. Les enfants, et même les éducateurs, de Secri m’ont dit que je faisais plus mon âge avec les cheveux longs que courts. Que je paraissais plus femme que jeune fille. Comme quoi d’un continent à l’autre, le regard et la notion de beauté est différente ! Après ces trois heures de travail, je suis conviée à leur table afin de partager le repas. Et après ce bon temps, je suis récupérée par un ami de Brayan, chauffeur de Uber. Ensemble nous allons récupérer ce dernier à son travail et partons pour Guarapari, ville côtière à environ une heure de Vitória.

Le bon côté est que nous logerons dans un appartement prêté à Brayan par une de ses clientes. Elle lui a simplement donné les clés et nous nous y sommes installés pour le week-end. Arrivés à l’appartement, nous décidons de partir en ville à la recherche d’un lieu d’où se donnait une conférence. Eduardo Marino est un brésilien que m’a fait découvrir Brayan au travers d’un film parlant de lui. C’est un homme d’environ 55 ans, qui refuse tout simplement les obligations ou les pressions sociales, politiques, religieuses et générationnelles. Il a donc décidé de vivre une vie en marge de la société, vendant dans la rue ses dessins. C’est un homme très très intelligent et cultivé, qui aime par dessus tout parler aux gens dans la rue. Nous avons donc assisté à une projection d’un documentaire sur lui puis après la projection, d’une petite conférence de sa part pour parler des choix qui l’avaient menés à vivre de cette façon et de sa vision de la vie. C’est une personne que je respecte pour son courage, sa façon de s’opposer à la société et surtout la mise en pratique de cette opposition. Il y a beaucoup de gens dans ce monde qui critiquent, qui se plaignent, qui voudraient changer les choses. Oui il y en a beaucoup qui parlent, mais sur tous ceux qui parlent, il doit y avoir 20 % qui mettent ces paroles en pratique.. J’ai ma conception personnelle de cette société et de ma place dans celle-ci, des actions que je mets ou voudrais mettre en place pour vivre en harmonie avec ma façon de penser. Et je suis admirative de cet homme qui reflète en beaucoup de points ma vision des choses. Qui se positionne contre nos sociétés actuelles capitalistes. Qui se positionne contre le pouvoir de l’argent en nouant des liens avec des mots et des idées plutôt qu’avec des chèques. Qui a comprit que les banques sont le cancer de notre génération et que l’argent dirige ce monde, au détriment même de vies humaines. Qui se positionne contre notre société de consommation de masse en n’achetant que le strict nécessaire, en ayant pour maison un sac à dos et un van et en n’ayant sûrement pas mis les pieds dans un centre commercial depuis 20 ans. Cet homme cherche juste une vie simple, avec de la nourriture simple, et des plaisirs simples. Notre avancée toujours plus grande de plaisirs et de recherche de bonheur a conduit notre humanité à faire un lien très laid, le lien que bonheur rime avec argent. Qu’on est heureux quand on achète une nouvelle chose à laquelle on pense depuis quelques semaines. Qu’on est heureux quand on se fait un resto suivi d’un ciné ou d’un bar puis d’une boire de nuit à 50 euros la bouteille. Qu’on est heureux quand on attend les buts tous tracés du CDI, crédit pour une maison,et famille, attendant avec impatience les 2 semaines de congés payés pour « vivre », ou les vendredis soirs pour respirer comme si on était en apnée le reste de la semaine. Toutes ces visions sont dans nos esprits, on grandit avec, elles font partie de nos mœurs sans même savoir pourquoi. On les suit sans se poser la question de ce qui est vraiment nécessaire pour soi, parce que oui chacun est différent bien heureusement, et donc un exemple unique à suivre ne peut pas aller pour une humanité entière. Cet homme est donc une source bénie pour moi, d’idées mais surtout de remise en question. Je pense que notre monde évolue tout le temps, et qu’il peut évoluer positivement quand les gens sont capables de se remettre en question tout au long de leur vie. Les mentalités et les positions sociales changent avec les années, et la capacité de remettre constamment en question sa vie, son utilité, et aussi ses choix, est une preuve d’intelligence.
Se juger soi même est difficile et parfois douleureux. Bon nombre malheureusement de personnes préfèrent vivre dans le mensonge, se voiler la face, et continuer leur chemin plutôt que de s’infliger un coup de fouet mental, cibler les problèmes et les attaquer de front afin de prendre un virage personnel, qui est aussi d’utilité commune, puisque qu’on est amenés à cohabiter tous ensemble. Cette soirée fût l’une des plus sympathiques que j’ai vécue, puisque rencontrer une personne qui pense comme cela, et l’écouter parler, nous donne ensuite la possibilité de songer à ces paroles et à nos propres actes dans nos vies. C’est un sujet très vaste qu’on adore aborder avec Brayan puisque lui comme moi, sommes de ce type à toujours tout remettre en question afin de trouver le meilleur chemin. Le lendemain matin, je me réveille doucement, et en ouvrant les yeux je vois Brayan venir de la cuisine. Cette année de voyage a aussi permis de bousculer mes habitudes. C’était le premier nouvel an de ma vie que je passais en dehors de la France et même en dehors de Lorraine. Et ce fût mon premier anniversaire en dehors de mon pays aussi. Un anniversaire à la plage, avec dès le matin un brownie surplombé d’une bougie pour mon 26ème printemps. Nous avons passé la journée en ville, puis le soir nous sommes allés acheter une bouteille de vin. Nous sommes restés près de la plage, et avons marchés 3 ou 4 kilomètres de nuit, buvant le vin au goulot, et profitant d’être ailleurs tout simplement. Tout en marchant, nous sommes arrivés sur des petites plages privées, d’où les maisons avaient un portillon direct de leur jardin jusqu’au sable. Quelle belle vie . Puis nous sommes passés près d’un cimetière où nous n’avons pas traînés, avant de reprendre des ruelles plus éclairées pour rentrer dormir. Le dimanche nous avons passés la matinée à la plage à jouer au frescoball, ce petit jeu de raquette. Je peux vous dire que nous sommes tous les deux nuls ahahah et que du coup on a pas joué longtemps parce qu’on passait plus de temps à aller ramasser la balle qu’à se la lancer. Pour la fin d’après midi, nous décidons de trouver un lieu d’où se diffuse le match de foot France-Brésil.

Ce qu’il y a de marrant est qu’au Brésil la culture du football est beaucoup plus forte, et du coup on trouve le match dans quasiment tous les endroits, boulangeries comprises ! On s’arrête donc pour boire une bière et manger un sandwich chaud dans une boulangerie, avec la télé en face de nous, et mon père qui envoyait des messages quand les actions françaises étaient belles. Faut dire que étant un joli mix franco brésilien, on ne pouvait pas louper ce match et on ne pouvait pas s’empêcher de se faire des petites blagues quand une des deux équipes menait le jeu. Puis après une victoire française, nous reprenons la route pour Vitória, et le réveil du lundi matin. Brayan reprendra son travail et pour ma part, en même temps que mon volontariat à SECRI, je prépare mon départ pour le Brésil. Effectivement mes 3 mois d’autorisation sur le sol brésilien s’arrêtent le 27 juillet, et étant donné que c’est un grand pays, je dois m’y prendre à l’avance pour atteindre une frontière et ne pas payer un vol au dernier moment. Je compose donc mon prochain itinéraire pour 3 mois, qui se déroulera au Paraguay, nord de l’Argentine, Bolivie, Chili, centre de l’Argentine et Uruguay avant de revenir au Brésil.
Après ce week-end à la plage, nous décidons pour le prochain de changer de décors et d’aller à la montagne. Notre dévolu se jettera sur le village de Domingos Martins, enclavé dans les montagnes.

Grâce au collègue de Brayan, nous disposons d’un appartement habituellement loué sur Airbnb pour le week-end. Nous arrivons le samedi matin en voiture. Il me tarde toujours plus de sortir et d’aller découvrir de nouveaux endroits, la routine de Vitória commençant à me peser. Je suis donc heureuse de voir ce village, d’autant plus qu’il est en montagne et que ce sont mes paysages préférés ! Ce petit village est le rendez-vous des brésiliens qui ont de l’argent.. Comme nos stations de ski françaises où certains n’iront jamais car cela reste cher, on était pas vraiment accordé avec la communauté de ce village. Encore plus drôle, ce village avait tout d’un village alsacien ou allemand, avec ses maisons en colombage, les vêtements typiques allemands sur les devantures et les repas proposés. J’ai donc fait un voyage express près de chez moi sans changer de langue. Les deux différences avec nos villages alsaciens étaient qu’il n’y avait pas de bonne bière, et qu’il n’y avait pas de fromage 😒

On évoluait dans les rues avec des gens à qui on aurait jamais parlé, c’était comme si deux campeurs se retrouvaient dans un défilé de mode. Les brésiliens avaient sortis leurs vêtements d’hiver pour parader : bottes de cuir à la somme vertigineuse, mouffles, manteaux de fourrures, bonnets ou encore lunettes de soleil de marque. Un vrai défilé comme on en voit en station de ski le soir, où l’important est plutôt le look avec les accessoires plutôt que le confort ahaha. Les petits caches oreilles posés sur des cheveux parfaitement lissés, le verre de rosé porté à des lèvres rouges, les ongles de couleurs sortant de mitaines. Et puis il y avait moi, et mes éternelles baskets de voyage, mon éternel legging noir et mon t shirt de sport. Surtout qu’il faut savoir qu’ils étaient tous parés pour une température de 0 à 2 degrés alors qu’il en faisait 20. En bonne française du nord que je suis, qui profite du moindre rayon que le soleil veut bien nous donner, je me baladais en t-shirt dans une forêt de doudounes rembourrées ! Ahah Ce décalage d’univers ne nous a pas empêchés de profiter, nous avons visité les rues pavées, un petit marché artisanal et même un musée sur la colonisation allemande ici. On nous a expliqué qu’il y avait même une langue parlée par les habitants de ce village, qui était un mélange de l’allemand et du portugais. Nous en avons appris beaucoup sur la colonisation allemande et ses premiers habitants. Plus le temps passe dans ce voyage et plus je me rend compte de la différence énorme qu’il y a entre notre continent et celui-ci. Entre notre pays, la France, qui est un vieux pays, et les pays d’Amérique du Sud qui n’existent que depuis quelques centaines d’années. Il y a peu ou presque plus de natifs sur ces terres, mais seulement les decendants des colons ou des esclaves. C’est pour cela qu’au Brésil il n’y a pas vraiment de types de peau ou de couleur de cheveux qui déterminent un brésilien, comme en Argentine d’ailleurs. Si je n’ouvre pas la bouche pour faire entendre mon accent français , je pourrai presque me fondre dans la masse au Brésil. Dans ces pays, il y a eu des colonies espagnoles, françaises, allemandes, portugaises, italiennes, Suisses.. Et des esclaves africains. C’est donc vraiment une mixité absolue. Et malheureusement les natifs de ces terres (Guarranis pour paraguay, Uruguay, les maipuches pour le Chili ou autres noms pour le Brésil) ont vécu des génocides parce que les colons voulaient les faire disparaître. C’est donc très rare d’en croiser. Je sais qu’au Brésil les anciens peuples vivent à l’écart pour essayer de se protéger et qu’il est donc difficile de rentrer dans leur cercle. Et je pense que c’est une généralité, que ce qu’ils ont subi les ont fait fuir afin de protéger le peu qu’il leur restait.. Et en plus du fait que les habitants actuels ne sont pas des originaires de ces terres, il y a aussi cette différence au niveau de la gestion des pays. La France a une histoire incroyablement riche et longue, de Clovis jusqu’à la république, en passant par les royaumes, les rois de France et la révolution. Le peuple français a donc eu le temps de faire ses erreurs, de changer les choses et d’en faire respecter des nouvelles. Dans ces pays les démocraties appartiennent au 20 ème siècle. Les pays sont indépendants depuis la fin du 19ème. Il y a 30 ans au Chili, il y avait Pinochet et sa dictature. En 1975 en Argentine, il y a eu la dictature pendant 2 ans. Le plan condor a fait plus de 50 000 assassinats et 35 000 personnes toujours disparues à l’heure actuelle. C’est assez récent pour ces pays, les gouvernements democratiques, et c’est aussi pour cela je le pense, que la politique d’Amérique du sud est très différente de celle d’Europe. Qu’il y a énormément de cas de corruption, des détournements de pouvoir, de tortures ou de retour de la dictature.. Ces pays sont jeunes par rapport au nôtre, il ne faut pas oublier que notre révolution française date de 1789, nous avons eu plus de 200 ans pour nous perfectionner.
Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à Domingos Martins, après cette petite parenthèse ahah. Après une journée dans le village à arpenter ses rues, nous décidons le lendemain d’aller faire une petite balade en pleine nature avant de rentrer à Vitória.

Nous avons de la chance, le soleil est avec nous. Brayan m’emmène en hauteur, la route est sublime, le paysage est découpé par des forêts d’un vert profond ou par des montagnes rocheuses. Nous nous garons au pied d’une ÉNORME roche, d’où son gris ressort merveilleusement grâce au bleu du ciel. On dirait un caillou, sauf qu’il est gros le caillou. Le parc qui l’entoure est immense, rempli de faunes et flores du coin. Nous faisons une petite balade jusqu’à la cabane du garde chasse pour voir de plus près la carte du site et les potentiels chemins de trek. Malheureusement nous ne sommes pas en été et ils sont fermés. C’est bien dommage car les chemins nous menaient au sommet de ce gros caillou, tout en nous faisant passer par des lagunes d’où on aurait pu se baigner. J’espère avoir l’occasion d’y retourner un jour.
Malgré la principale attraction fermée, nous profitons des environs, du calme et d’un petit parc en contre bas de la pierre rempli de cerisiers. Un seul est en fleur malheureusement, mais c’est déjà très beau à voir. Je me sens bien dans cet endroit, moi qui aime tant la montagne et la nature, ces petits jours loin de la ville et de la mer m’ont fait le plus grand bien

Notre dernier week-end ensemble se fera dans sa ville natale, afin de rencontrer sa maman et son frère qui y habitent toujours. Pour ce voyage beaucoup plus long (environ 5h de route), brayan prend son vendredi afin d’avoir un week-end à rallonge. Nous partons avec le même chauffeur qui nous avait amené à Guarapari, mais le temps ne passe pas si vite. M’ennuyant et étant malade en voiture, je décide de dormir pendant que les deux garçons discutent et se passent le volant. Après une petite pause repas et café, nous reprenons la route et arrivons à destination vers 1h du matin. Nous sommes accueillis par sa maman, Elenice, son frère Breno ainsi que la petite chienne, Belinha. La petite chienne blanche arbore fièrement des pinces papillons entre les deux oreilles, et je décide de me focaliser sur elle tandis que Brayan est littéralement couvert de bisous par sa maman ahah. Sa famille a l’air très gentille, malgré la différence de langue, et le fait qu’ils parlent vite ahah. La maison est grande, et remplie d’objets de décoration en tous genres. Effectivement sa maman travaille dans l’organisation d’événements, elle a donc toute la panoplie pour un mariage ou un anniversaire réussi, fleurs fraîches comprises ! Des bougeoirs, des paravents, des coussins, des cadres, des paillettes, des chaises.. C’est un incroyable rendez vous de toutes les belles choses pour décorer ! Je rencontre aussi son oncle le même soir, passé dire bonjour à sa sœur, ainsi que la fiancée du frère de Brayan. Nous ne nous éternisons pas et décidons d’aller dormir. Le vendredi, nous passons dire bonjour aux grands parents maternels de Brayan, qui sont aussi les gardiens de sa chienne, Emy, une magnifique pittbull pleine de vie ! Je suis très bien accueillie par toute la famille, qui sont tous très gentils et très contents de faire ma connaissance. Je suis d’autant plus contente d’avoir attendu ces 3 mois pour les rencontrer, afin de pouvoir échanger avec eux grâce à mon apprentissage de la langue ! Nous restons 2 bonnes heures chez ses grands parents, à parler de famille, de voyage, et à partager des pão de queijo et du café. Nous revoyons son oncle et je fais aussi la connaissance de sa tante, le portrait craché de la maman de Brayan ! Après une chouette après midi qui a fait plaisir à tout le monde, nous revenons afin de partager un peu de temps avec sa maman et son frère. Sa maman me fait rire, parce qu’en trois mois, j’ai eu le temps de voir comment elle était avec son fils, très attachée, très présente et très bavarde. Mais je pense l’impressionner, car elle n’ose pas trop me parler ahahah. Elle m’a dit que je ressemblais à Lady Diana (sûrement la coupe de cheveux), et qu’elle était contente de me voir enfin. C’est réciproque, je suis contente de voir une autre facette de la vie de Brayan. Il y a quelque chose de très drôle aussi dans sa région, c’est que même avec 3 mois de portugais derrière moi, je ne comprends que 30% des phrases. Ils parlent très vite, avec beaucoup de mots coupés ou d’expressions. C’était assez effrayant quand son frère me demandait quelque chose et que je ne comprenais que le premier mot de la phrase ahaha. Après une soirée pizza, nous partons tous les 4, Brayan et moi, et Breno et Tami sa fiancée boire une petite bière entre jeunes. Son frère ressemble beaucoup à Brayan, drôle, intelligent et gentil. Il pratique sa passion à fond (la photographie et la vidéo) et en a fait son métier, et c’est une belle réussite dont il peut être fier ! Nous apprenons à faire connaissance, c’est assez étrange de rencontrer enfin des gens dont on entend parler depuis des mois, à qui on passait le bonjour sans jamais les avoir vus, ou qui nous connaissaient au travers des paroles d’une autre personne. C’est une expérience assez déroutante, mais sympa ! Le samedi, nous profitons du soleil pour aller faire un tour en ville et voir des amis que Brayan n’a pas vu depuis longtemps. Le froid est très présent, je ne pensais jamais pouvoir avoir si froid sur ce continent. Nous sommes en juillet, l’hiver commence. Les maisons ne sont pas forcément construites comme chez nous, et la plupart ne possèdent pas de radiateur ou de cheminée. J’en ferai la douloureuse expérience durant cette deuxième étape de voyage.
Après un tour en ville, Brayan m’amène au sommet d’un cerro encerclant sa ville. Nous arrivons pile pour le décollage de parapentistes. La vue est magnifique mais surtout très lointaine. On est tellement haut que l’on peut voir les autres villes, les rivières, deviner d’autres montagnes et parcourir les forêts du regard. Il me donne quelques points de repères, quelques noms de villes voisines ou de rivières. Après tout, il a grandit là, et il y a passé 17 ans de sa vie. Revenus en ville, nous faisons un petit tour dans un marché aux fleurs. J’ai une pensée pour ma grand-mère, ma maman et ma sœur aînée qui seraient aux anges. Pas que j’aimerai échanger ma place à ce moment, mais presque ahah. Les etales sont remplies de plantes que je n’ai jamais vu en France, dont les noms m’échappent. Il y a des cactus, des arbustes de pays secs, des citronniers, des orangers, et des fleurs colorées par dizaine. Mon regard sera hypnotisé par une orchidée bleue, magnifique. Je n’en avais jamais vu, et j’étais comme une enfant. Je suis restée plantée en face pendant 3 ou 4 minutes, juste à parcourir chaque millimètre de ses pétales d’un regard ébahi. Je ne l’achèterai pas bien évidemment, pour trois raisons, le prix très élevé, le fait que je n’ai pas de maison pour avoir des fleurs, dans le sac à dos c’est compliqué, et le fait que chaque plante que j’ai possédé dans ma vie soient mortes après environ une semaine, pour les plus résistantes. J’ai préféré la laisser vivre et ne pas lui imposer un destin tragic ahahah. Mon dévolu se jettera donc sur une plante orange, comme cadeau pour la maison de sa maman. Après cette balade florale, on rejoint son oncle et sa tante pour manger tous ensemble au restaurant près de la maison. Il y a un concours de poèmes dans le restaurant, on a donc le droit toute la soirée à des vieilles dames, lisant un poème de leur cru devant un auditoire plus passionné par la nourriture que par leurs œuvres. Les voix sont chevrotantes, monotones et il fait froid. J’ai eu l’impression d’être en immersion en maison de retraite. D’autant plus que j’ai rien compris puisque ce n’est pas ma langue natale. C’est vrai que niveau ambiance de samedi soir j’ai connu mieux, généralement un petit groupe de musique fait très bien l’affaire. Mais c’est une façon comme une autre pour le restaurant de se démarquer. En tous cas les réactions ont été plutôt divisées. Entre ceux qui les accompagnaient et écoutaient avec attention, ceux qui en avaient rien à faire et continuaient leur vie, et ceux comme moi, qui se sont dit pendant 10 minutes qu’il vaudrait peut être mieux se tirer une balle que de finir comme ça, on en a eu pour tous les goûts ahahah. Enfin bref, conseil avisé si jamais quelqu’un ouvrirait un restaurant : les concours de poèmes de seniors sont une très bonne idée si vous voulez faire fuir la clientèle. Même si la poésie est une forme d’art très belle, c’est pas compatible avec la vision de bénéfice d’un restaurant. Un groupe de musique ou juste de la musique, donnera envie aux gens de rester, donc de commander plus. Un groupe de vielles lisant des poèmes, toujours sur le même ton et avec la même lenteur que quand elles viennent jusqu’au micro en déambulateur, ça donne envie de terminer rapidement pour finir ce calvaire et partir. Heureusement la nourriture était très bonne et on s’est régalé ! C’est donc après cette soirée mouvementée qu’on part se coucher, pour ma dernière nuit ici avant de nouvelles aventures ! Le lendemain, nous décidons de planter ma fleur dans le jardin, quasiment sans outils. Brayan creusera donc le sol dur comme du béton avec de l’eau ajoutée à la terre et une cuillère, ou les doigts selon les moments ahah. Après une lutte acharnée pour faire un petit trou, nous posons cette jolie plante orange dans son nouvel habitat ! Nous passons le déjeuner ensemble dans un restaurant, tous les 5, avant le départ de mon bus pour Belo Horizonte à 14 heures. Le stress commence à se faire sentir, mais il y a une chose de plus au tableau que la dernière fois qu’on s’est séparés à Buenos Aires : des certitudes. Je reviendrai dans 3 mois, pour passer de nouveau 2 mois à Vitória avant de rentrer en France. Ça rassure plus que juste se séparer sans savoir et laisser les choses faire. Nous attendons que le bus arrive, souriant pour ne pas laisser sortir l’appréhension et la tristesse. On fait comme si, pour ne pas montrer qu’on est pas si sûrs que ça de nous. On discute de choses et d’autres, comme si ça allait nous faire oublier que j’allais monter dans un bus dans 20 minutes sans revenir tout de suite. La vérité est que c’est difficile à concevoir, puisque même si on en parlait tous les jours, notre esprit fait toujours tout pour enrôler la vérité. Notre esprit savait depuis le début qu’il y aurait un moment où je partirai, mais plus que ça, notre esprit a préféré s’habituer à la présence de l’autre et masquer l’inquiétude qui pourrait arriver avec le temps qui s’écoule. Partir ne me fait pas peur, surtout quand partir signifie voyager. J’aime voyager seule et je suis impatiente de recommencer. Ce qui est toujours difficile c’est de quitter une chose stable. Ça me le fait à chaque fois, quand j’ai pris l’avion pour la première fois, quand j’ai pris l’avion pour la seconde fois après deux mois en France, et maintenant après 3 mois au Brésil. Les habitudes que nous prenons sont toujours difficiles à quitter, parce qu’on quitte une certaine sécurité qu’on se créé soi-même. C’est toujours difficile, de se dire qu’il faut recommencer. Qu’il faut sortir de sa carapace pour faire de nouvelles rencontres, qu’il faut rechanger de langues. Notre esprit est conçu pour se sentir en sécurité dans une routine et une habitude. Notre esprit est donc en panique lorsqu’on s’apprête à sortir de cette zone de confort. Je pense que même dans 5 ans, ça me le fera encore. Et c’est plus difficile quand la routine est présente depuis plus longtemps. C’est pour cela que certaines personnes ne sautent jamais le pas, à cause de cette petite voix qui nous alerte de tout ce qu’on pourrait perdre si on part sans savoir où on va. Mais ce qu’il y a de beau la dedans, c’est que quand on arrête d’écouter cette petite voix, et qu’on fait le pas en dehors de cette zone, on se rend compte qu’on gagne plus que tout ce qu’on aurait pu perdre. Et cela s’applique à la vie en général. Sortir de sa zone de confort ne veut pas forcément dire se mettre en danger. Les seules choses qu’on met en danger sont nos convictions bien installées et non idées préconçues. Et ça, de remettre en question toute notre facon de voir ou de penser, c’est une adrénaline qui fait planer plus fort que toutes les drogues réunies, parce qu’elle nous fait planer directement dans le bonheur.
En plus de cette petite apprehension de quitter Brayan et ma routine brésilienne, une autre est présente en moi en même temps. Une heure avant de partir au restaurant j’ai reçu un message disant que ma sœur était à la maternité et que le travail pour accueillir leur rayon de soleil avait commencé. J’ai quitté la maison et la WiFi et je n’ai donc pas de nouvelles. J’envoie des messages avec le téléphone de Brayan mais pour le moment mon neveu ne donne pas l’impression de vouloir sortir. Je suis donc quasiment sûre qu’il fera son apparition pendant mon voyage en bus et que je recevrai l’information en arrivant à Belo Horizonte et en me connectant à la WiFi. Mon bus arrive, c’est réellement l’heure de se quitter. Les nœuds à l’estomac se renforcent avec la matérialisation de ce qui va me faire quitter ce dernier instant. J’installe mon sac en soute, et après un au revoir pour sa maman et son frère, c’est au tour du plus difficile. Malgré mon envie d’étirer le moment, je sais que cela ne sert à rien puisque la finalité est la même. Je décide donc d’abréger et de monter à bord après un dernier regard et sourire. Et en plus les au revoir, je n’aime pas ça. Mon destin pour ces trois prochains mois est droit devant. La porte est grande ouverte sur ce chemin de nouveautés et d’aventures, y’a plus qu’à foncer. Direction Belo Horizonte pour ma dernière semaine au pays de la samba et de la caipirinha!


Pendant qu’elle m’explique les rouages de l’association, mon cerveau commence déjà à m’imaginer dans ces locaux avec tous ces enfants et ces enseignants. Nous abordons ensuite mon parcours professionnel, personnel et mon voyage. J’explique mon envie de donner un coup de main aux communautés locales sans restriction de temps ou de compétences. Même en étant coiffeuse, j’aimerai aussi pouvoir aider en cuisine, au ménage s’il le faut, et être au plus près des enfants durant l’éducation. Les deux jeunes femmes sont impressionnées par mon voyage, par mon courage de le faire seule et par mon choix de donner de mon temps là où je peux. J’explique alors ce bonheur de voyager seule, de découvrir, de s’ouvrir aux autres et de surpasser la peur, quand le téléphone sonne.. premier fou rire entre nous quand après avoir raccroché elle m’explique que c’est Brayan qui appelait car je ne donnais pas de nouvelles et qu’il s’inquiétait ahaha. La directrice m’explique donc que c’est avec plaisir qu’ils m’accueilleront, à la seule condition que je fasse partie intégrante du projet et que je propose mes propres classes. Pour le début, j’accompagnerai les enseignants afin de me familiariser avec les méthodes de travail, les enfants et le portugais, le but étant de diriger mes propres classes pour le mois de juillet. La joie est à peine contenue sur mon visage, ainsi que l’étonnement. Je ne m’attendais pas à voir autant de méthodologie dans une association et d’être inclue dans un groupe avec autant de facilitées. C’est donc après plus de deux heures d’entretien que je rentre le sourire aux lèvres avec cette énorme envie d’être à mon premier jour 😊
Le premier jour ne se fait pas attendre, je leur avais dit devoir retourner à CAOCA le lundi, et pouvoir être là les mardi, mercredi, jeudi qui venaient. La première semaine a été assez riche en émotions et en changement. J’avais carte libre pour suivre les cours que je souhaitais, je prenais donc plaisir à changer de classe toutes les heures, et de professeur, afin de me faire connaître des enseignants et des petits protégés. Leur intérêt pour moi était tellement grand que je perturbais toutes les classes dès mon entrée et ce pendant une dizaine de minutes. Les enfants se concentraient sur cette nouvelle venue aux cheveux rouges et courts, qui ne parlait pas leur langue. La principale question que l’on m’a posé au cours de ces 2mois a été « comment se dit mon prénom en France? » J’étais littéralement écroulée sous les demandes, tous voulaient savoir, et quand je leur disais qu’en France, ce prénom n’existait pas, la réaction en chaîne de « wahouuuu » et « ohhhhh » ne se faisait pas attendre. J’ai été surprise aussi de leur attachement rapide. Je pensais qu’ils mettraient une distance naturelle pendant quelques temps étant donné que j’étais une parfaite inconnue qui arrivait dans leur communauté, mais au final je m’écroulais littéralement sous les bisous et les câlins. Je peux vous dire que 300enfants en manque de câlins, ça se ressent.
Tous voulaient toucher ma peau, mes cheveux, mes bras, mon téléphone. Nous avons regardé les photos de ma famille, des mes animaux, de la France des millions de fois. J’ai sorti de ma coque de téléphone mon billet Uruguayen des milliards de fois aussi. J’ai parlé portugais avec eux, j’ai ri avec eux, j’ai mangé avec eux mais surtout, j’ai évolué avec eux.


Je ne suis certainement pas objective car j’ai passé du temps avec eux, mais je préfère ne pas être objective du côté de ces gens là. Voilà pourquoi je vous dis que ces 2mois à SECRI m’ont changée aussi. Les débuts étaient un travail basique pour moi, mais ces enfants ont su mettre à plat toutes mes barrières à tel point qu’à la fin, je pleurais souvent le soir. Attention je n’ai pas pleuré que de tristesse ! Il y a eu énormément de larmes de bonheur aussi. Mais je me suis rendue compte en versant ces larmes que je m’étais investie plus que ce que j’aurai pu penser, et que cela commençait à me toucher personnellement. Peut-on travailler impartialement pour leur bien quand on s’investit trop ? Je me pose encore aujourd’hui la question et les limites à m’imposer..




Ce volontariat a apporté un tournant majeur à mon voyage et à ma vision de l’avenir. Si j’avais des doutes quand à me pencher sur une vie professionnelle tournée vers l’autre, les doutes ne sont plus permis après ces expériences en Amérique du Sud. Voilà pourquoi on voyage. On rencontre l’autre, et on se rencontre soi même encore plus. J’ai toujours senti que ma place était là, à aider les autres de n’importe quel moyen, j’ai jamais regretté d’avoir écouté mon instinct. Il n’est jamais trop tard pour faire vivre ses rêves et combler son âme d’un bonheur profond et durable. J’ai toujours su où je devais aller et quoi faire pour être heureuse. Il était temps que j’accorde à cet instinct une place plus grande que seulement une réflexion.









C’est donc le cœur léger, que je me suis remise en quête d’une autre association en ville à qui je pourrai offrir mon temps et mes services. Dans une ville comme Vitoria, les associations pour aider les communautés en précarité ne sont pas en manque, malheureusement. Et le destin a fait que Brayan a trouvé SECRI, l’association qui m’a apporté bien plus que tout ce que j’ai pu leur apporter. Comme si elle me complétait, et inversement. Ce genre d’endroit sur terre qui te fait sentir à ta place. Comme si ton âme avait toujours chercher où être le mieux, et qu’un jour, comme la bonne clé dans une serrure, tout s’ouvre en toi, toi s’illumine, comme si ton intérieur te criait que c’était LÀ, et pas ailleurs..
Une bonne partie de cette peur venait bien évidemment de l’ennui. Cet ennui a été une énorme compagnie .. et oui , Brayan travaillant, moi ne parlant pas la langue, je restais très souvent dans l’appartement toute la journée, attendant avec impatience son retour, comme un chien celle de son maître.. J’ai donc décidé de combattre cette envie de partir, et pour cela il fallait combattre l’ennui qui s’installait en moi..
Restons dans les choses qui apportent de la colère, c’est la très chère sécurité à l’emploi et les aides gouvernementales.


















Quelle surprise pour moi quand je vois les heures défiler.. je bats mon propre record de 3h qui datait de ma première expérience en stop, puisque nous attendrons en tout plus de 6heures au même endroit! Record de lenteur battu! À partir de 18h , nous avons décidé d’aller faire un tour dans le village pour trouver de l’ombre et faire un peu fonctionner les jambes. C’était un village plutôt pauvre, avec pas grand monde dans les rues. Nous étions donc facilement repérables avec nos gros sacs à dos et notre peau aussi rouge que celle d’une écrevisse. Un homme, qui travaillait dans sa petite cour, nous repère, et commence à discuter. Je ne comprends pas tout, mais je comprends qu’il veut savoir d’où l’on vient. Il s’approche de nous, traversant le dépotoir qui lui sert de jardin. Grand et maigre, torse nu, il chauffe et travaille du bambou pour en faire des bibelots ou des accessoires de cuisine. Le toit de sa maison est fait de taule, son jardin est encerclé d’un mur sommaire en brique. Il nous invite à le suivre dans sa cour improvisée. Brayan n’est pas du tout partant, et me demande de continuer notre chemin. Je décide donc de suivre l’homme, qui tenait une machette dans sa main droite. Ma conscience ne m’a pas alerté, et pour cette aventure, j’ai une totale confiance en moi même. Il nous retourne un seau pour qu’on puisse s’asseoir et appelle sa femme. La seule chose que cet homme osera nous demander, c’est si nous voulons de l’eau fraiche. Une demande que j’accepte avec joie. La jeune femme nous amène leur bouteille d’eau, sortie du frigo. Ils sont si heureux d’avoir des étrangers chez eux. Je ne pense pas qu’ils croisent des backpackers tous les jours. Après quelques mots d’espagnol nous reprenons la route, cette route qui personnellement me surprend un peu plus chaque jour. Loin des nôtres et de notre sécurité, nous donnons notre confiance beaucoup plus facilement. Le voyage ouvre des portes, émotionnelles et personnelles. Nous traversons le village et discutons de nos possibilités:
C’est avec trois chauffeurs différents et après seulement 4 heures, que j’arrive dans la capitale uruguayenne, Montevideo. Pour la deuxième fois seulement, j’avais réservé à l’avance mon hostel dans une ville. Effectivement, en discutant avec Ana à La Paloma, j’avais découvert avec enthousiasme que mon avancée me permettrait d’arriver à la capitale au moment des Las llamadas. Et ne voulant pas me retrouver à la rue, ou dans des endroits chers, j’avais préféré anticiper. J’arrive donc au Blanes hostel pour quatre nuits.. et une tonne de surprises.















