Péripéties brésiliennes

Pour ce quatrième et dernier épisode sur le Brésil, je vais vous raconter tous les lieux que j’ai pu visiter grâce à Brayan ou seule avant mon passage de la frontière avec le Paraguay. Le premier lieu que j’ai découvert est un parc à quelques minutes de marche de l’appartement de Brayan. Le Parque da Vale est un joli havre de paix réunissant faune et flore locale. Je décide d’y aller une après midi pour sortir un peu de l’ambiance grosse ville, et me retrouver au milieu des arbres. C’est un joli parc où l’on peut se balader près de l’eau ou au milieu de ses fleurs. Après une petite balade, je décide de profiter du calme avec mon livre. C’est l’un de mes petits plaisirs en voyage, à la découverte de jolis endroits, j’ai toujours mon livre sur moi afin de pouvoir me poser au calme et m’évader. De loin, je repère un magnifique hamac fait tout de bois. J’adore les hamacs, on en trouve dans tous les hostels de tous les pays que j’ai traversé, afin de se reposer à l’air libre et profiter de la vue. Mais c’était bien la première fois que j’en voyais un fait de bois. Les lates étaient espacées d’environ 5 centimètres les unes des autres, afin que celui-ci épouse la forme du corps et ne fasse pas mal. Un peu comme un pont de singe qui bouge à chaque mouvement. Contente de ma trouvaille, je m’allonge afin de profiter au mieux de cette belle après midi ensoleillée.

C’était sans compter sur la présence des mes énemis numéros uns… Les moustiques !! J’étais pourtant bien contente d’être de retour en Amérique du Sud pour l’automne et l’hiver… pensant pouvoir leur échapper, mais apparemment, les seuls survivants s’étaient passés le mot de mon arrivée et se sont fait un plaisir de me gâcher la vie, une fois de plus. Après une bataille acharnée à taper dans le vent, j’ai décidé d’accepter mon sort.. Et après 20 bonnes minutes de piqûres sur tout le corps, ils se sont dit qu’ils avaient fait leur job et qu’ils pouvaient me laisser souffler. C’est donc avec mon lot de démangeaisons que j’ai essayé de profiter de mon livre et du hamac. Après deux bonnes heures de lecture et bataille interne pour ne pas m’arracher la peau, je me décide à rentrer afin d’appliquer quelque chose sur les piqûres. Au retour, je m’arrête quand même devant la beauté de cette rivière d’un calme olympien. C’est beau, l’eau bouge à peine, on entend les oiseaux et les arbres bordent la rivière et apportent de l’ombre bienfaisante au tableau. En regardant bien, je m’aperçois qu’un bout de bois flotte à la surface.. Quelle surprise quand j’ai vu ce bout de bois plonger et nager ! Mon cerveau a mis quelques minutes à comprendre, il faut dire qu’on est pas vraiment habitués à voir des crocodiles en liberté en France ! Et ce n’était pas un, mais bien trois qui me regardaient, avec seulement les yeux et le nez qui dépassaient. Ça fait vraiment tout drôle !

Quand nous étions allés voir ses amis Junior et Sara un soir de semaine, Brayan m’avait dit que c’était pas très recommandé d’aller au bord de la rivière qui s’écoulait près de chez eux. Surprise, j’avais demandé la raison de ce conseil.. pour les crocodiles, m’avait il répondu. J’ai toujours cru à une blague de sa part, jusqu’à ce que je me retrouve nez à nez avec eux ! C’est donc après cette sympathique rencontre que j’ai décidé tout naturellement d’abréger mon petit tour dans ce parc et de rentrer me cloîtrer à l’appartement. Entre tous ces moustiques et ces trois paires d’eux brillants, j’avais mon compte pour la journée ! Vive le dépaysement ahaha. Le week-end d’après, Sara et Junior nous ont amenés en voiture jusqu’au début du sentier qui mène au convento da penha, perché au sommet d’un des cerros entourant Vitória. Après une petite marche d’une trentaine de minutes en montée et à l’abri des arbres bordant l’allée, nous arrivons au top du cerro. Le couvent est un bâtiment blanc, assez petit. Un immense chapelet est pendu entre deux palmiers.

Des chapelets d’ailleurs il y en a à la pelle, tous réunis dans un magasin à l’entrée du sentier. Ils sont de toutes les tailles et de toutes les couleurs. Les chapelets de couleurs flashies m’ont impressionnée, moi qui pensais que dans la religion, le discret était un des maîtres mots, ou en tous cas l’absence de tape à l’œil. Je vous avouerai qu’avec un chapelet rose barbie ou jaune Pikachu, on est de suite moins discret. À l’entrée du couvent étaient aussi alignées des bougies avec un effet assez déstabilisant.. Des panneaux marqués <<Interdit d’arroser>> les surplombaient. J’ai d’abord cru que c’était pour respecter les gens qui les allumaient et les prières qui allaient avec.. au final c’etait parce que les bougies sont faites avec un composant qui prend feu quand elles reçoivent de l’eau sur elles. Assez étonnant dans la conception du rôle de l’eau sur le feu. J’ai bien eu envie d’essayer mais à voir les yeux de Brayan, je pense que j’aurai foutu le feu au couvent.. du coup je peux pas vous dire le résultat d’une goutelette sur l’une d’elle, mais je vous avoue que ça me torture encore de pas savoir ahaha. Après un petit tour rapide à l’intérieur du couvent, on se précipite surtout à l’extérieur afin de voir le magnifique panorama que nous offre ce sommet.

La vue est très belle et on surplombe une bonne partie de la ville. L’eau de l’océan est bleue claire, les buildings ressemblent à des allumettes et le trafic incessant des voitures s’écoule sans les désavantages de son bruit. On a aussi une jolie vue sur le pont qui rellie deux parties de la ville. Après quelques photos souvenirs, on se motive pour la descente, pas parce qu’on en a marre, mais parce qu’on a faim ! Brayan décide donc de me montrer le centre ville « historique » de Vitória, avec des constructions plus âgées et des rues plus étroites. Les maisons sont d’un style colonial, pleines de couleurs et les toits plats.

Le centre m’enchante, je suis juste un peu désillusionée de voir que la plupart des bâtiments s’écroulent ou ne sont pas entretenus, et que ça n’a pas l’air d’être la priorité de la mairie ou des propriétaires. Je suis toujours triste quand je vois des buildings de 20 étages pousser comme des champignons alors que les biens qui portent une histoire et ont vus les années passées sont laissés à l’abandon. Nous passons dans des rues avec les yeux qui pétillent à chaque maison de nouvelle couleur pour ma part. Puis nous passons dans une rue animée par des bars et de la musique et décidons de nous arrêter pour manger un bout. La nourriture de rue a un nom, est connue pour ne pas être faite de produit de qualités mais pour être très bonne au goût. Je décide donc de m’initier à la vie brésilienne un peu plus et commande un burger complet, un panier de frites pour nous deux et un litre de bière pour commencer. En plus d’être bon marché (je paierai 100 reais/ 25 € pour 2 burgers, des frites, 3 litres de bières et un paquet de cigarettes ) , c’est une tuerie gustative. Rien que de l’écrire j’en ai l’eau à la bouche ! Le burger a tout ce qu’il faut, salade, tomate, oignon rouge, sauce, steak, bacon, œuf.. Et la mayonnaise qui accompagne les frites deviendra mon péché mignon.. je ne suis pourtant pas du genre mayonnaise mais s’il y a une chose qui me manquera du Brésil au niveau gustatif, c’est bien cette mayonnaise verte qui accompagne tous les burgers ! Je n’ai pas réussi vraiment à savoir ce qu’il y avait dedans, des herbes, de l’ail et autre chose qui donne un goût inoubliable. Moi qui ne suis pas fan des burgers, j’en ai mangé au Brésil, essentiellement pour la mayonnaise.

Au moins ça relève un peu le niveau des bières parce que faut dire que c’est vraiment pas leur fort. Déjà ils n’ont quasiment que de la blonde, avec aucun goût on dirait de l’eau, et en plus de ça ils la boivent gelée comme ça le seul espoir de sentir un goût s’en va avec le seau de glace.. même après trois mois j’ai jamais pu m’habituer. Moi qui aime la bière forte et découvrir de nouveaux goûts, j’ai juste abandonné l’idée de boire de la bière au Brésil. Tandis que nous nous remplissons les estomacs, nous sommes sans cesse alpagués à table par des inconnus. Je vous dis tout de suite qu’en venant d’Europe, même avec un esprit ouvert, on a du mal à s’y faire. C’est quelque chose qu’il vaut mieux savoir avant de partir en Amérique Latine car ça peut vite gâcher un voyage pour certaines personnes. C’est vrai quoi, nous on est bien « tranquils », quelques pauvres personnes qui demandent de l’argent ou jouent de la guitare dans le métro. Au Brésil on se sent harcelés de tous les côtés. Toutes les soirées ou après midi que j’ai passé à l’extérieur en bar, j’ai vu passer un minimum de 10 personnes en deux heures. Entre les enfants qui vendent des bonbons, les gens qui vendent des chocolats, ceux qui vendent des cacahouètes, ceux qui vendent des paquets de mouchoirs, ceux qui vendent des chaussettes, ceux qui vendent des chargeur de téléphones, ceux qui sont éméchés et demandent une cigarette, ceux qui sont drogués et demandent de l’argent, on a vite fait de se sentir mal à l’aise. C’est triste parce que ces gens n’ont pas grand chose, je donne toujours une cigarette à qui demande, mais j’avoue que quand c’est la 5 ème ou 6 ème de la soirée, ça peut devenir pénible. Je me rappelle d’un fois au bar avec Brayan et Sara, on pouvait même pas parler, on aurait dit que les gens faisaient la queue avec chacun quelque chose à vendre ou demander, ce qui fait que dès qu’une personne quittait notre table, une autre arrivait maximum 5minutes après. C’est quelques chose de très différent à l’Europe, voilà pourquoi je me permets d’en parler. Entre ceux qui vivent dans la rue et ceux qui envoient les enfants de 7-8 ans vendre des bonbons à 23h pour ramener un peu d’argent, ya de quoi se poser des questions sur le niveau de vie au Brésil. Nous restons quelques heures assis à ce bar, à juste fumer, faire connaissance toujours un peu plus chaque jour, boire et manger. Les gens me regardent comme si j’avais pas les yeux au milieu de la figure, et sont honorés comme s’ils recevaient une célébrité quand je leur dis que je suis française. Au début du voyage c’était marrant de voir leur tête, maintenant après 7 mois en Amérique du Sud, j’avoue que je commence à me lasser. Je suis regardée comme une bête de foire dans tous les lieux où je vais. Les gens ne ferment même pas leur bouche ouverte par l’étonnement quand je les croise dans la rue. C’est sûr que ma peau blanche n’aide pas, mais ce qui fait qu’on me dévisage est surtout la couleur de mes yeux. Pour en avoir parlé avec pas mal de locaux, les yeux bleus, c’est quasi inexistant sur cette partie du continent. Du coup on me regarde sûrement comme les aborigènes originaires de ces pays ont regardé les colons dans le passé. C’est assez déstabilisant je dois dire. Et plusieurs fois je me suis mise dans la peau d’une personne qui ne rentre pas dans un stéréotype du pays dans lequel elle vit, qu’elle soit noire, brûlée au visage, handicapée.. Ces gens sont regardés comme des bêtes de foire chaque jour de leur vie, moi ça fait 7 mois et j’en ai déjà marre. Le voyage m’apporte toujours plus, chaque jour. Je suis partie pour cela, pour être déstabilisée, perdue, pour me mettre un coup de pied au fesses à chaque difficultés, pour voir le monde au travers d’autres yeux que seulement celle d’une Européenne. Et je dois dire que je ne suis pas déçue jusque maintenant, j’ai même reçu plus que ce que je n’aurai pu imaginer.

Après cette sympathique journée à l’extérieur, nous décidons de rentrer quand le soleil se couche. Les rues du centre ville ne sont pas sûres, selon Brayan, et il vaut mieux éviter de traîner là où les gens désespérés ou drogués pourraient nous voler.

Quelques week-end après, Brayan souhaite me faire découvrir un autre cerro de Vitória, nommé Morro de Moreno. A l’opposé du couvent, il offre lui aussi une vue parfaite sur la ville. Nous partons en uber avec son amie Sara en début d’après midi un dimanche. Il fait chaud, et la montée est difficile. C’est marrant parce qu’à chaque fois dans mon voyage où j’ai fait des montées ou treks de longues distances, et où j’ai souffert, j’ai toujours eu la même révélation = il faut que j’arrête de fumer. Heureusement, quasiment tout le chemin était à l’ombre, et plus on montait et plus le paysage se découvrait. Entre montagnes rocheuses et océan en contre bas, la vue était saisissante !

Nous avons grimpé une bonne quarantaine de minutes, dues à mes arrêts répétés afin de pas mourir au milieu du chemin. Mais comme à chaque moment où je grimpe et que j’en chie, la conclusion est la même au final = ça en valait la peine. Au sommet il y avait une petite maison solitaire, le jardin rempli d’ânes, poules, canards et chevaux. Il y avait même des poules en liberté se baladant allègrement devant nos pieds. On est restés au sommet, profitant de la vue et du silence en fumant une cigarette.. Et oui, si l’un de mes plaisirs est de lire dans des endroits extraordinaires, le deuxième est de fumer dans ces mêmes endroits. À chaque fois que je prend de la hauteur et que j’ai une vue inoubliable, je la grave, une cigarette à la main.

Le seul point négatif à ce petit paradis était un groupe de trois jeunes filles, musique à fond, ne se préoccupant pas des autres personnes présentes, et tentant de faire une vidéo de danse avec la vue en fond d’écran. Sûrement afin de poster sur les réseaux sociaux pour la course aux likes. Le problème est qu’elle était plutôt nulle, et qu’elles ont relancé la même musique une dizaine de fois.. Cette histoire aurait pu finir en fait divers <<une jeune fille poussée dans le vide par une touriste >>, mais je me suis retenue..bien difficilement. C’est fou comme maintenant avec l’aire des réseaux sociaux, les gens ont la manie de vous gâcher vos instants. J’en avais déjà fait part dans mon article sur les chutes d’Iguacu et cette course effrénée aux selfies plutôt que d’admirer seulement le paysage, et bien là c’était la même chose. Passionnante vie ! Du coup au moment où on a commencé à connaître les paroles de la chanson, on s’est dit qu’il était temps de redescendre ahahah. Nous sommes passés par une petite plage remplie de bateaux de pêche, puis la faim au ventre, nous avons marcher jusqu’à un bar en bord de mer. Les pieds dans le sable, nous avons bu quelques bières, fumé quelques cigarettes et mangé du poisson frit avec des frites (encore et toujours cette apologie de la friture au Brésil).

Les semaines ont passés, puis nous avons décidé un week-end de retourner gravir un cerro, cette fois un peu plus loin, le cerro Mestre Alvarez dans le quartier de Serra. Nous avons emprunté la voiture de Junior pour y aller, Brayan étant plus ou moins rassuré de la laisser dans les rues de Serra. Après quelques interrogations à des locaux, nous avons enfin trouvé le début du sentier, caché derrière des habitations, au fond d’un jardin. À peine 3 minutes plus tard, j’ai su que cette journée allait être difficile. Chevauchant un petit ruisseau pour commencer le sentier, j’ai commencé à sentir les piqûres de moustiques. Le plus impressionnant était le nuage qui nous encerclait à chaque pas. En 5 minutes de temps, Brayan avait plus de 30 piqûres sur le visage et les bras. Malgré l’anti moustique, on était littéralement attaqués. Les douleurs des démangeaisons mêlées à la chaleur nous paraissaient insurmontables. On ne pouvait même pas s’arrêter pour boire, car le nuage se reformait automatiquement autour de nous. Ça a été un début difficile, et on a pu être tranquille seulement en atteignant une certaine altitude. Le but de ce trek était d’atteindre le sommet de la montagne. Après une trentaine de minutes en forêt, nous avons débarqué en plein champ complètement laissé à l’abandon. Le soleil tapait avec force, et les herbes arrivaient au niveau de mon ventre. Nous avons dû ralentir la cadence afin de ne pas tomber, ne voyant même pas nos pieds! Arrivés sur une pierre dominant les herbes, nous faisons une pause pour admirer le paysage. Seuls au monde, seul le bruit des oiseaux et du vent dans les herbes nous parvient. Le soleil chauffe notre peau, et nous profitons à fond de cette pause bien méritée. Puis nous continuons, toujours plus haut, toujours plus perdus dans ces hautes herbes. Elles coupent les chevilles et piquent le corps, c’est assez dérangeant. Brayan avance d’un pas rapide mais avec mes petites jambes, j’ai bien du mal à le suivre. Nous arrivons sur un autre rocher où se trouvent quelques tentes. Endroit étrange pour camper.. Après un aller retour sans succès pour trouver un chemin, nous faisons demi tour vers le campement afin de demander des informations aux deux femmes qui l’habitent. Nous voulons monter au sommet, leur dit-on. Elles nous répondent qu’on est fous. Les champs de grandes herbes sont pleins cascavél, des serpents à la morsure mortelle, et au delà du campement, il en y en encore plus car aucune présence humaine ne les dérange. Personne ne vient ici, à part pour prier. Ce campement est une sorte de chemin religieux et les gens grimpent cette montagne afin d’y prier. Les dames nous conseillent de faire demi tour, le risque de morsure est trop élevé. C’est à ce moment là que la panique s’installe dans l’esprit de Brayan. Il veut marcher vite, et a peur de tomber sur un serpent. Je propose de couper la descente en deux, et de nous arrêter à la première pierre que nous avons vu pour pique niquer. Nous profitons de cette pierre pour reprendre notre souffle et notre esprit. La descente été dangereuse dûe à la vitesse et à la pente.

Aucun chemin n’est tracé, et les chevilles ont vite fait de se tordre. J’essaie de rassurer Brayan, si on fait du bruit, les serpents ne nous approcheront pas. Aucun animal n’est dangereux s’il ne se sent pas en danger. Face à un individu de taille humaine, en sentant nos pas, il s’avisera bien vite de faire demi tour. Il n’y a que si on marche dessus, qu’on a un risque de se faire mordre. Malgré tous mes efforts, Brayan se transforme en psychose ambulante. Après un rapide pique nique, nous décidons de continuer jusqu’à la forêt. Il n’y a pas beaucoup, à peine 600 mètres de hautes herbes. Au moment de nous lever, nous entendons un bruit dans les herbes, puis nous les voyons bouger sans savoir pourquoi. Malgré toutes mes bonnes paroles, rien n’a réussi à rassurer Brayan, et en 2 secondes, il s’est transformé en enfant de 5 ans terrassé par la peur. Il s’est levé et a commencé à courir. Puis bien évidemment en courant sans savoir où poser les pieds, il s’est tordu la cheville. J’ai tellement rigolé ! J’en rigole encore quand je l’écrit La seule chose qui manquait au tableau de la psychose était un cri aigu pendant la course ahahah. Du coup après il était un peu ronchon, il boitait et on devait redescendre.. Et une chose qu’on avait oublié nous attendait en forêt.. les moustiques ! On a donc eu droit à une double dose de piqûres en descente, déjà énervés par la présence des serpents et amoché pour lui à la cheville droite. Quelle aventure ! Du coup j’ai pas vu le sommet de la montagne, mais j’ai eu une belle tranche de rigolade. Si j’avais filmé la scène, j’aurai pu en faire un GIF super connus dans le monde ahaha. Après quelques semaines de découvertes autour de Vitória, nous avons décidé de passer quelques moments un peu plus loin. La première sortie était une rencontre familiale pour ma part. Nous sommes allés dans le village de Santa Cruz pour voir ses grands parents paternels. En effet sa grand mère devait se faire opérer de la jambe et Brayan voulait la voir avant son entrée à l’hôpital. Nous sommes arrivés dans une petite maison appartenant au frère et à la femme de sa grand-mère. Première rencontre pour moi, j’avais un peu la trouille. Déjà pour la barrière de la langue, et puis pour la différence de vie ou de façon de penser. Mais il faut bien avouer que ça s’est plutôt bien passé. Nous avons passé un petit temps avec eux. Son grand père est un petit bonhomme bien portant, qui me parlait avec lenteur et gentillesse et je voyais bien qu’il avait envie de m’inclure dans la conversation. Sa grand-mère est une petite femme avec une gentillesse aussi grande qu’elle. Nous avons déjeuné avec eux, d’un repas préparé par la tante et qui était excellent. Première fois pour moi que je goutais du magnoc revenu à la poêle, un délice ! Après une petite promenade digestive au bord de l’eau et quelques câlins et bisous nous sommes repartis en direction de Vitória. « Tu as le permis ? » me demande Brayan. Je réponds que oui, mais que je ne veux pas conduire ici. À sa question du pourquoi, j’explique que c’est parce que je n’ai pas emporté le précieux papier rose avec moi de peur de le perdre ou de me le faire voler, et que je n’ai pas fait de demande de permis international. Il est donc interdit de conduire dans un autre pays. Tout en parlant de cela, nous arrivons à un rond point où Brayan est obligé de freiner brusquement car un homme en voiture arrivait en face de nous. Ne voulant pas faire tout le tour, il avait simplement pris le rond point dans l’autre sens. « Et aussi parce qu’au Brésil, vous savez pas rouler et que je veux pas avoir d’accident », sera ma phrase suivante ahahah. C’est incroyable la différence qu’on peut voir quand on vient d’un autre pays. Mais cette façon dangereuse de rouler ne s’apparente pas seulement au Brésil, mais bien à tous les pays que j’ai traversé. Ils transforment une deux voies en une quatre voies. Ils ne s’arrêtent pas au stop. Ils grillent les feux rouges, uber ou taxi compris. Ils doublent en montée ou en virage. Ils prennent les rond points en sens inverse. Et surtout ils n’en ont rien à faire des piétons. Plus d’une fois j’ai failli me faire renverser, plus d’une fois la voiture est passée à quelques centimètres des mes jambes. Une fois en Argentine, la voiture était loin, je décide de traverser, nous étions en ville. L’homme a accéléré au lieu de ralentir, a klaxonné et a roulé à 5 centimètres à côté de mes tongs. J’ai frôlé la carrosserie. Il n’a ni ralenti, ni klaxonné pour la sécurité. Il a klaxonné pour me faire comprendre qu’il avait accéléré et qu’il ne s’arrêterait pas. De plus en ville il y a peu de stop ou de feux tricolores, plutôt des cédez le passage étranges où tout le monde s’arrête et chacun passe comme il veut. Des fois il n’y a donc pas de feux pour piétons, bah je peux vous dire qu’on peut attendre un bout de temps avant de traverser parce qu’aucun automobiliste ne s’arrête pour nous laisser passer. J’ai demandé si le fait de renverser un piéton était puni par la loi ici, parce que même si la réponse a été oui, leur comportement montre exactement le contraire ! Incroyable ce manque de savoir vivre. Et il se ressent aussi dans les grosses villes, surtout en Argentine, où les gens pourraient te déboîter l’épaule dans la rue pour passer. C’est universel, l’égoïsme des gens maintenant, c’est aussi le cas en France où les gens marchent le nez dans le téléphone ou ne s’écartent pas quand tu arrives en face. Ça m’énerve aussi en France, mais en Argentine c’est fois 3 par rapport à la France. Le nombre de fois où je me suis faite pousser tellement fort que j’ai dévié de 10 centimètres… Le nombre de fois où ils m’ont vue arriver avec mon gros backpack, et qu’ils étaient entrain d’attendre un bus, et qu’ils ne se sont pas écartés d’un seul pas..le nombre de fois où je me suis raflé le bras contre le mur pour leur laisser de la place.. Incroyable.

Pour revenir à l’histoire dans l’ordre, j’ai donc eu cet argument de leur conduite pour expliquer pourquoi je ne voulais pas rouler au Brésil ahaha. Après cette petite escapade familiale, nous décidons d’aller encore plus loin pour le week-end de mon anniversaire. Mon anniversaire tombant le samedi 22, nous avions une chance inouïe de passer quelques jours en dehors de la ville, car le 20 juin était férié. SECRI était donc fermé le jeudi 20 et vendredi 21. Et Brayan ne travaillait pas le jeudi. Malheureusement pour nous, il n’a pas pu prendre son vendredi et nous avons donc dû partir le vendredi soir. Le vendredi matin, je suis allée de bonne heure dans la maison de mon amie Sara, qui travaille avec moi, pour changer mes cheveux. Ça faisait un moment que je louchais sur ses tresses et je lui ai demandé de m’en faire aussi. J’ai passé un excellent moment de douleur ahaha. J’ai été reçue comme dans ma propre famille, étant entourée de Sara, ses sœurs et sa maman pour tresser toute ma tête. Ça leur a pris 3 heures, 3 heures de cheveux tirés, de discussion et de rigolade. Au moment de laver les tresses à l’eau bouillante pour fermer les bouts, je n’ai pas pu relever ma tête du bac à shampooing. J’étais passée en trois heures à des cheveux coupés à la garçonne, à des tresses longues jusqu’à mes hanches. Celles-ci gorgées d’eau, j’ai cru que j’allais me faire un torticoli ! C’est marrant le changement de culture, en France tout le monde me donnait plus que mon âge avec les cheveux courts, au Brésil c’était l’inverse. Les femmes ont bien souvent les cheveux longs. Les tresses ont été difficiles à accepter pour moi, je trouvais que ça me tirait les traits du visage, et le poids et la longueur enlevait le volume créé par les cheveux courts. Je me voyais comme malade ou simplement moche ahaha. Mais tous les brésiliens qui m’ont connu avant et après ont préféré après. Les enfants, et même les éducateurs, de Secri m’ont dit que je faisais plus mon âge avec les cheveux longs que courts. Que je paraissais plus femme que jeune fille. Comme quoi d’un continent à l’autre, le regard et la notion de beauté est différente ! Après ces trois heures de travail, je suis conviée à leur table afin de partager le repas. Et après ce bon temps, je suis récupérée par un ami de Brayan, chauffeur de Uber. Ensemble nous allons récupérer ce dernier à son travail et partons pour Guarapari, ville côtière à environ une heure de Vitória.

Le bon côté est que nous logerons dans un appartement prêté à Brayan par une de ses clientes. Elle lui a simplement donné les clés et nous nous y sommes installés pour le week-end. Arrivés à l’appartement, nous décidons de partir en ville à la recherche d’un lieu d’où se donnait une conférence. Eduardo Marino est un brésilien que m’a fait découvrir Brayan au travers d’un film parlant de lui. C’est un homme d’environ 55 ans, qui refuse tout simplement les obligations ou les pressions sociales, politiques, religieuses et générationnelles. Il a donc décidé de vivre une vie en marge de la société, vendant dans la rue ses dessins. C’est un homme très très intelligent et cultivé, qui aime par dessus tout parler aux gens dans la rue. Nous avons donc assisté à une projection d’un documentaire sur lui puis après la projection, d’une petite conférence de sa part pour parler des choix qui l’avaient menés à vivre de cette façon et de sa vision de la vie. C’est une personne que je respecte pour son courage, sa façon de s’opposer à la société et surtout la mise en pratique de cette opposition. Il y a beaucoup de gens dans ce monde qui critiquent, qui se plaignent, qui voudraient changer les choses. Oui il y en a beaucoup qui parlent, mais sur tous ceux qui parlent, il doit y avoir 20 % qui mettent ces paroles en pratique.. J’ai ma conception personnelle de cette société et de ma place dans celle-ci, des actions que je mets ou voudrais mettre en place pour vivre en harmonie avec ma façon de penser. Et je suis admirative de cet homme qui reflète en beaucoup de points ma vision des choses. Qui se positionne contre nos sociétés actuelles capitalistes. Qui se positionne contre le pouvoir de l’argent en nouant des liens avec des mots et des idées plutôt qu’avec des chèques. Qui a comprit que les banques sont le cancer de notre génération et que l’argent dirige ce monde, au détriment même de vies humaines. Qui se positionne contre notre société de consommation de masse en n’achetant que le strict nécessaire, en ayant pour maison un sac à dos et un van et en n’ayant sûrement pas mis les pieds dans un centre commercial depuis 20 ans. Cet homme cherche juste une vie simple, avec de la nourriture simple, et des plaisirs simples. Notre avancée toujours plus grande de plaisirs et de recherche de bonheur a conduit notre humanité à faire un lien très laid, le lien que bonheur rime avec argent. Qu’on est heureux quand on achète une nouvelle chose à laquelle on pense depuis quelques semaines. Qu’on est heureux quand on se fait un resto suivi d’un ciné ou d’un bar puis d’une boire de nuit à 50 euros la bouteille. Qu’on est heureux quand on attend les buts tous tracés du CDI, crédit pour une maison,et famille, attendant avec impatience les 2 semaines de congés payés pour « vivre », ou les vendredis soirs pour respirer comme si on était en apnée le reste de la semaine. Toutes ces visions sont dans nos esprits, on grandit avec, elles font partie de nos mœurs sans même savoir pourquoi. On les suit sans se poser la question de ce qui est vraiment nécessaire pour soi, parce que oui chacun est différent bien heureusement, et donc un exemple unique à suivre ne peut pas aller pour une humanité entière. Cet homme est donc une source bénie pour moi, d’idées mais surtout de remise en question. Je pense que notre monde évolue tout le temps, et qu’il peut évoluer positivement quand les gens sont capables de se remettre en question tout au long de leur vie. Les mentalités et les positions sociales changent avec les années, et la capacité de remettre constamment en question sa vie, son utilité, et aussi ses choix, est une preuve d’intelligence.

Se juger soi même est difficile et parfois douleureux. Bon nombre malheureusement de personnes préfèrent vivre dans le mensonge, se voiler la face, et continuer leur chemin plutôt que de s’infliger un coup de fouet mental, cibler les problèmes et les attaquer de front afin de prendre un virage personnel, qui est aussi d’utilité commune, puisque qu’on est amenés à cohabiter tous ensemble. Cette soirée fût l’une des plus sympathiques que j’ai vécue, puisque rencontrer une personne qui pense comme cela, et l’écouter parler, nous donne ensuite la possibilité de songer à ces paroles et à nos propres actes dans nos vies. C’est un sujet très vaste qu’on adore aborder avec Brayan puisque lui comme moi, sommes de ce type à toujours tout remettre en question afin de trouver le meilleur chemin. Le lendemain matin, je me réveille doucement, et en ouvrant les yeux je vois Brayan venir de la cuisine. Cette année de voyage a aussi permis de bousculer mes habitudes. C’était le premier nouvel an de ma vie que je passais en dehors de la France et même en dehors de Lorraine. Et ce fût mon premier anniversaire en dehors de mon pays aussi. Un anniversaire à la plage, avec dès le matin un brownie surplombé d’une bougie pour mon 26ème printemps. Nous avons passé la journée en ville, puis le soir nous sommes allés acheter une bouteille de vin. Nous sommes restés près de la plage, et avons marchés 3 ou 4 kilomètres de nuit, buvant le vin au goulot, et profitant d’être ailleurs tout simplement. Tout en marchant, nous sommes arrivés sur des petites plages privées, d’où les maisons avaient un portillon direct de leur jardin jusqu’au sable. Quelle belle vie . Puis nous sommes passés près d’un cimetière où nous n’avons pas traînés, avant de reprendre des ruelles plus éclairées pour rentrer dormir. Le dimanche nous avons passés la matinée à la plage à jouer au frescoball, ce petit jeu de raquette. Je peux vous dire que nous sommes tous les deux nuls ahahah et que du coup on a pas joué longtemps parce qu’on passait plus de temps à aller ramasser la balle qu’à se la lancer. Pour la fin d’après midi, nous décidons de trouver un lieu d’où se diffuse le match de foot France-Brésil.

Ce qu’il y a de marrant est qu’au Brésil la culture du football est beaucoup plus forte, et du coup on trouve le match dans quasiment tous les endroits, boulangeries comprises ! On s’arrête donc pour boire une bière et manger un sandwich chaud dans une boulangerie, avec la télé en face de nous, et mon père qui envoyait des messages quand les actions françaises étaient belles. Faut dire que étant un joli mix franco brésilien, on ne pouvait pas louper ce match et on ne pouvait pas s’empêcher de se faire des petites blagues quand une des deux équipes menait le jeu. Puis après une victoire française, nous reprenons la route pour Vitória, et le réveil du lundi matin. Brayan reprendra son travail et pour ma part, en même temps que mon volontariat à SECRI, je prépare mon départ pour le Brésil. Effectivement mes 3 mois d’autorisation sur le sol brésilien s’arrêtent le 27 juillet, et étant donné que c’est un grand pays, je dois m’y prendre à l’avance pour atteindre une frontière et ne pas payer un vol au dernier moment. Je compose donc mon prochain itinéraire pour 3 mois, qui se déroulera au Paraguay, nord de l’Argentine, Bolivie, Chili, centre de l’Argentine et Uruguay avant de revenir au Brésil.

Après ce week-end à la plage, nous décidons pour le prochain de changer de décors et d’aller à la montagne. Notre dévolu se jettera sur le village de Domingos Martins, enclavé dans les montagnes.

Grâce au collègue de Brayan, nous disposons d’un appartement habituellement loué sur Airbnb pour le week-end. Nous arrivons le samedi matin en voiture. Il me tarde toujours plus de sortir et d’aller découvrir de nouveaux endroits, la routine de Vitória commençant à me peser. Je suis donc heureuse de voir ce village, d’autant plus qu’il est en montagne et que ce sont mes paysages préférés ! Ce petit village est le rendez-vous des brésiliens qui ont de l’argent.. Comme nos stations de ski françaises où certains n’iront jamais car cela reste cher, on était pas vraiment accordé avec la communauté de ce village. Encore plus drôle, ce village avait tout d’un village alsacien ou allemand, avec ses maisons en colombage, les vêtements typiques allemands sur les devantures et les repas proposés. J’ai donc fait un voyage express près de chez moi sans changer de langue. Les deux différences avec nos villages alsaciens étaient qu’il n’y avait pas de bonne bière, et qu’il n’y avait pas de fromage 😒

On évoluait dans les rues avec des gens à qui on aurait jamais parlé, c’était comme si deux campeurs se retrouvaient dans un défilé de mode. Les brésiliens avaient sortis leurs vêtements d’hiver pour parader : bottes de cuir à la somme vertigineuse, mouffles, manteaux de fourrures, bonnets ou encore lunettes de soleil de marque. Un vrai défilé comme on en voit en station de ski le soir, où l’important est plutôt le look avec les accessoires plutôt que le confort ahaha. Les petits caches oreilles posés sur des cheveux parfaitement lissés, le verre de rosé porté à des lèvres rouges, les ongles de couleurs sortant de mitaines. Et puis il y avait moi, et mes éternelles baskets de voyage, mon éternel legging noir et mon t shirt de sport. Surtout qu’il faut savoir qu’ils étaient tous parés pour une température de 0 à 2 degrés alors qu’il en faisait 20. En bonne française du nord que je suis, qui profite du moindre rayon que le soleil veut bien nous donner, je me baladais en t-shirt dans une forêt de doudounes rembourrées ! Ahah Ce décalage d’univers ne nous a pas empêchés de profiter, nous avons visité les rues pavées, un petit marché artisanal et même un musée sur la colonisation allemande ici. On nous a expliqué qu’il y avait même une langue parlée par les habitants de ce village, qui était un mélange de l’allemand et du portugais. Nous en avons appris beaucoup sur la colonisation allemande et ses premiers habitants. Plus le temps passe dans ce voyage et plus je me rend compte de la différence énorme qu’il y a entre notre continent et celui-ci. Entre notre pays, la France, qui est un vieux pays, et les pays d’Amérique du Sud qui n’existent que depuis quelques centaines d’années. Il y a peu ou presque plus de natifs sur ces terres, mais seulement les decendants des colons ou des esclaves. C’est pour cela qu’au Brésil il n’y a pas vraiment de types de peau ou de couleur de cheveux qui déterminent un brésilien, comme en Argentine d’ailleurs. Si je n’ouvre pas la bouche pour faire entendre mon accent français , je pourrai presque me fondre dans la masse au Brésil. Dans ces pays, il y a eu des colonies espagnoles, françaises, allemandes, portugaises, italiennes, Suisses.. Et des esclaves africains. C’est donc vraiment une mixité absolue. Et malheureusement les natifs de ces terres (Guarranis pour paraguay, Uruguay, les maipuches pour le Chili ou autres noms pour le Brésil) ont vécu des génocides parce que les colons voulaient les faire disparaître. C’est donc très rare d’en croiser. Je sais qu’au Brésil les anciens peuples vivent à l’écart pour essayer de se protéger et qu’il est donc difficile de rentrer dans leur cercle. Et je pense que c’est une généralité, que ce qu’ils ont subi les ont fait fuir afin de protéger le peu qu’il leur restait.. Et en plus du fait que les habitants actuels ne sont pas des originaires de ces terres, il y a aussi cette différence au niveau de la gestion des pays. La France a une histoire incroyablement riche et longue, de Clovis jusqu’à la république, en passant par les royaumes, les rois de France et la révolution. Le peuple français a donc eu le temps de faire ses erreurs, de changer les choses et d’en faire respecter des nouvelles. Dans ces pays les démocraties appartiennent au 20 ème siècle. Les pays sont indépendants depuis la fin du 19ème. Il y a 30 ans au Chili, il y avait Pinochet et sa dictature. En 1975 en Argentine, il y a eu la dictature pendant 2 ans. Le plan condor a fait plus de 50 000 assassinats et 35 000 personnes toujours disparues à l’heure actuelle. C’est assez récent pour ces pays, les gouvernements democratiques, et c’est aussi pour cela je le pense, que la politique d’Amérique du sud est très différente de celle d’Europe. Qu’il y a énormément de cas de corruption, des détournements de pouvoir, de tortures ou de retour de la dictature.. Ces pays sont jeunes par rapport au nôtre, il ne faut pas oublier que notre révolution française date de 1789, nous avons eu plus de 200 ans pour nous perfectionner.

Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à Domingos Martins, après cette petite parenthèse ahah. Après une journée dans le village à arpenter ses rues, nous décidons le lendemain d’aller faire une petite balade en pleine nature avant de rentrer à Vitória.

Nous avons de la chance, le soleil est avec nous. Brayan m’emmène en hauteur, la route est sublime, le paysage est découpé par des forêts d’un vert profond ou par des montagnes rocheuses. Nous nous garons au pied d’une ÉNORME roche, d’où son gris ressort merveilleusement grâce au bleu du ciel. On dirait un caillou, sauf qu’il est gros le caillou. Le parc qui l’entoure est immense, rempli de faunes et flores du coin. Nous faisons une petite balade jusqu’à la cabane du garde chasse pour voir de plus près la carte du site et les potentiels chemins de trek. Malheureusement nous ne sommes pas en été et ils sont fermés. C’est bien dommage car les chemins nous menaient au sommet de ce gros caillou, tout en nous faisant passer par des lagunes d’où on aurait pu se baigner. J’espère avoir l’occasion d’y retourner un jour.

Malgré la principale attraction fermée, nous profitons des environs, du calme et d’un petit parc en contre bas de la pierre rempli de cerisiers. Un seul est en fleur malheureusement, mais c’est déjà très beau à voir. Je me sens bien dans cet endroit, moi qui aime tant la montagne et la nature, ces petits jours loin de la ville et de la mer m’ont fait le plus grand bien

Notre dernier week-end ensemble se fera dans sa ville natale, afin de rencontrer sa maman et son frère qui y habitent toujours. Pour ce voyage beaucoup plus long (environ 5h de route), brayan prend son vendredi afin d’avoir un week-end à rallonge. Nous partons avec le même chauffeur qui nous avait amené à Guarapari, mais le temps ne passe pas si vite. M’ennuyant et étant malade en voiture, je décide de dormir pendant que les deux garçons discutent et se passent le volant. Après une petite pause repas et café, nous reprenons la route et arrivons à destination vers 1h du matin. Nous sommes accueillis par sa maman, Elenice, son frère Breno ainsi que la petite chienne, Belinha. La petite chienne blanche arbore fièrement des pinces papillons entre les deux oreilles, et je décide de me focaliser sur elle tandis que Brayan est littéralement couvert de bisous par sa maman ahah. Sa famille a l’air très gentille, malgré la différence de langue, et le fait qu’ils parlent vite ahah. La maison est grande, et remplie d’objets de décoration en tous genres. Effectivement sa maman travaille dans l’organisation d’événements, elle a donc toute la panoplie pour un mariage ou un anniversaire réussi, fleurs fraîches comprises ! Des bougeoirs, des paravents, des coussins, des cadres, des paillettes, des chaises.. C’est un incroyable rendez vous de toutes les belles choses pour décorer ! Je rencontre aussi son oncle le même soir, passé dire bonjour à sa sœur, ainsi que la fiancée du frère de Brayan. Nous ne nous éternisons pas et décidons d’aller dormir. Le vendredi, nous passons dire bonjour aux grands parents maternels de Brayan, qui sont aussi les gardiens de sa chienne, Emy, une magnifique pittbull pleine de vie ! Je suis très bien accueillie par toute la famille, qui sont tous très gentils et très contents de faire ma connaissance. Je suis d’autant plus contente d’avoir attendu ces 3 mois pour les rencontrer, afin de pouvoir échanger avec eux grâce à mon apprentissage de la langue ! Nous restons 2 bonnes heures chez ses grands parents, à parler de famille, de voyage, et à partager des pão de queijo et du café. Nous revoyons son oncle et je fais aussi la connaissance de sa tante, le portrait craché de la maman de Brayan ! Après une chouette après midi qui a fait plaisir à tout le monde, nous revenons afin de partager un peu de temps avec sa maman et son frère. Sa maman me fait rire, parce qu’en trois mois, j’ai eu le temps de voir comment elle était avec son fils, très attachée, très présente et très bavarde. Mais je pense l’impressionner, car elle n’ose pas trop me parler ahahah. Elle m’a dit que je ressemblais à Lady Diana (sûrement la coupe de cheveux), et qu’elle était contente de me voir enfin. C’est réciproque, je suis contente de voir une autre facette de la vie de Brayan. Il y a quelque chose de très drôle aussi dans sa région, c’est que même avec 3 mois de portugais derrière moi, je ne comprends que 30% des phrases. Ils parlent très vite, avec beaucoup de mots coupés ou d’expressions. C’était assez effrayant quand son frère me demandait quelque chose et que je ne comprenais que le premier mot de la phrase ahaha. Après une soirée pizza, nous partons tous les 4, Brayan et moi, et Breno et Tami sa fiancée boire une petite bière entre jeunes. Son frère ressemble beaucoup à Brayan, drôle, intelligent et gentil. Il pratique sa passion à fond (la photographie et la vidéo) et en a fait son métier, et c’est une belle réussite dont il peut être fier ! Nous apprenons à faire connaissance, c’est assez étrange de rencontrer enfin des gens dont on entend parler depuis des mois, à qui on passait le bonjour sans jamais les avoir vus, ou qui nous connaissaient au travers des paroles d’une autre personne. C’est une expérience assez déroutante, mais sympa ! Le samedi, nous profitons du soleil pour aller faire un tour en ville et voir des amis que Brayan n’a pas vu depuis longtemps. Le froid est très présent, je ne pensais jamais pouvoir avoir si froid sur ce continent. Nous sommes en juillet, l’hiver commence. Les maisons ne sont pas forcément construites comme chez nous, et la plupart ne possèdent pas de radiateur ou de cheminée. J’en ferai la douloureuse expérience durant cette deuxième étape de voyage.

Après un tour en ville, Brayan m’amène au sommet d’un cerro encerclant sa ville. Nous arrivons pile pour le décollage de parapentistes. La vue est magnifique mais surtout très lointaine. On est tellement haut que l’on peut voir les autres villes, les rivières, deviner d’autres montagnes et parcourir les forêts du regard. Il me donne quelques points de repères, quelques noms de villes voisines ou de rivières. Après tout, il a grandit là, et il y a passé 17 ans de sa vie. Revenus en ville, nous faisons un petit tour dans un marché aux fleurs. J’ai une pensée pour ma grand-mère, ma maman et ma sœur aînée qui seraient aux anges. Pas que j’aimerai échanger ma place à ce moment, mais presque ahah. Les etales sont remplies de plantes que je n’ai jamais vu en France, dont les noms m’échappent. Il y a des cactus, des arbustes de pays secs, des citronniers, des orangers, et des fleurs colorées par dizaine. Mon regard sera hypnotisé par une orchidée bleue, magnifique. Je n’en avais jamais vu, et j’étais comme une enfant. Je suis restée plantée en face pendant 3 ou 4 minutes, juste à parcourir chaque millimètre de ses pétales d’un regard ébahi. Je ne l’achèterai pas bien évidemment, pour trois raisons, le prix très élevé, le fait que je n’ai pas de maison pour avoir des fleurs, dans le sac à dos c’est compliqué, et le fait que chaque plante que j’ai possédé dans ma vie soient mortes après environ une semaine, pour les plus résistantes. J’ai préféré la laisser vivre et ne pas lui imposer un destin tragic ahahah. Mon dévolu se jettera donc sur une plante orange, comme cadeau pour la maison de sa maman. Après cette balade florale, on rejoint son oncle et sa tante pour manger tous ensemble au restaurant près de la maison. Il y a un concours de poèmes dans le restaurant, on a donc le droit toute la soirée à des vieilles dames, lisant un poème de leur cru devant un auditoire plus passionné par la nourriture que par leurs œuvres. Les voix sont chevrotantes, monotones et il fait froid. J’ai eu l’impression d’être en immersion en maison de retraite. D’autant plus que j’ai rien compris puisque ce n’est pas ma langue natale. C’est vrai que niveau ambiance de samedi soir j’ai connu mieux, généralement un petit groupe de musique fait très bien l’affaire. Mais c’est une façon comme une autre pour le restaurant de se démarquer. En tous cas les réactions ont été plutôt divisées. Entre ceux qui les accompagnaient et écoutaient avec attention, ceux qui en avaient rien à faire et continuaient leur vie, et ceux comme moi, qui se sont dit pendant 10 minutes qu’il vaudrait peut être mieux se tirer une balle que de finir comme ça, on en a eu pour tous les goûts ahahah. Enfin bref, conseil avisé si jamais quelqu’un ouvrirait un restaurant : les concours de poèmes de seniors sont une très bonne idée si vous voulez faire fuir la clientèle. Même si la poésie est une forme d’art très belle, c’est pas compatible avec la vision de bénéfice d’un restaurant. Un groupe de musique ou juste de la musique, donnera envie aux gens de rester, donc de commander plus. Un groupe de vielles lisant des poèmes, toujours sur le même ton et avec la même lenteur que quand elles viennent jusqu’au micro en déambulateur, ça donne envie de terminer rapidement pour finir ce calvaire et partir. Heureusement la nourriture était très bonne et on s’est régalé ! C’est donc après cette soirée mouvementée qu’on part se coucher, pour ma dernière nuit ici avant de nouvelles aventures ! Le lendemain, nous décidons de planter ma fleur dans le jardin, quasiment sans outils. Brayan creusera donc le sol dur comme du béton avec de l’eau ajoutée à la terre et une cuillère, ou les doigts selon les moments ahah. Après une lutte acharnée pour faire un petit trou, nous posons cette jolie plante orange dans son nouvel habitat ! Nous passons le déjeuner ensemble dans un restaurant, tous les 5, avant le départ de mon bus pour Belo Horizonte à 14 heures. Le stress commence à se faire sentir, mais il y a une chose de plus au tableau que la dernière fois qu’on s’est séparés à Buenos Aires : des certitudes. Je reviendrai dans 3 mois, pour passer de nouveau 2 mois à Vitória avant de rentrer en France. Ça rassure plus que juste se séparer sans savoir et laisser les choses faire. Nous attendons que le bus arrive, souriant pour ne pas laisser sortir l’appréhension et la tristesse. On fait comme si, pour ne pas montrer qu’on est pas si sûrs que ça de nous. On discute de choses et d’autres, comme si ça allait nous faire oublier que j’allais monter dans un bus dans 20 minutes sans revenir tout de suite. La vérité est que c’est difficile à concevoir, puisque même si on en parlait tous les jours, notre esprit fait toujours tout pour enrôler la vérité. Notre esprit savait depuis le début qu’il y aurait un moment où je partirai, mais plus que ça, notre esprit a préféré s’habituer à la présence de l’autre et masquer l’inquiétude qui pourrait arriver avec le temps qui s’écoule. Partir ne me fait pas peur, surtout quand partir signifie voyager. J’aime voyager seule et je suis impatiente de recommencer. Ce qui est toujours difficile c’est de quitter une chose stable. Ça me le fait à chaque fois, quand j’ai pris l’avion pour la première fois, quand j’ai pris l’avion pour la seconde fois après deux mois en France, et maintenant après 3 mois au Brésil. Les habitudes que nous prenons sont toujours difficiles à quitter, parce qu’on quitte une certaine sécurité qu’on se créé soi-même. C’est toujours difficile, de se dire qu’il faut recommencer. Qu’il faut sortir de sa carapace pour faire de nouvelles rencontres, qu’il faut rechanger de langues. Notre esprit est conçu pour se sentir en sécurité dans une routine et une habitude. Notre esprit est donc en panique lorsqu’on s’apprête à sortir de cette zone de confort. Je pense que même dans 5 ans, ça me le fera encore. Et c’est plus difficile quand la routine est présente depuis plus longtemps. C’est pour cela que certaines personnes ne sautent jamais le pas, à cause de cette petite voix qui nous alerte de tout ce qu’on pourrait perdre si on part sans savoir où on va. Mais ce qu’il y a de beau la dedans, c’est que quand on arrête d’écouter cette petite voix, et qu’on fait le pas en dehors de cette zone, on se rend compte qu’on gagne plus que tout ce qu’on aurait pu perdre. Et cela s’applique à la vie en général. Sortir de sa zone de confort ne veut pas forcément dire se mettre en danger. Les seules choses qu’on met en danger sont nos convictions bien installées et non idées préconçues. Et ça, de remettre en question toute notre facon de voir ou de penser, c’est une adrénaline qui fait planer plus fort que toutes les drogues réunies, parce qu’elle nous fait planer directement dans le bonheur.

En plus de cette petite apprehension de quitter Brayan et ma routine brésilienne, une autre est présente en moi en même temps. Une heure avant de partir au restaurant j’ai reçu un message disant que ma sœur était à la maternité et que le travail pour accueillir leur rayon de soleil avait commencé. J’ai quitté la maison et la WiFi et je n’ai donc pas de nouvelles. J’envoie des messages avec le téléphone de Brayan mais pour le moment mon neveu ne donne pas l’impression de vouloir sortir. Je suis donc quasiment sûre qu’il fera son apparition pendant mon voyage en bus et que je recevrai l’information en arrivant à Belo Horizonte et en me connectant à la WiFi. Mon bus arrive, c’est réellement l’heure de se quitter. Les nœuds à l’estomac se renforcent avec la matérialisation de ce qui va me faire quitter ce dernier instant. J’installe mon sac en soute, et après un au revoir pour sa maman et son frère, c’est au tour du plus difficile. Malgré mon envie d’étirer le moment, je sais que cela ne sert à rien puisque la finalité est la même. Je décide donc d’abréger et de monter à bord après un dernier regard et sourire. Et en plus les au revoir, je n’aime pas ça. Mon destin pour ces trois prochains mois est droit devant. La porte est grande ouverte sur ce chemin de nouveautés et d’aventures, y’a plus qu’à foncer. Direction Belo Horizonte pour ma dernière semaine au pays de la samba et de la caipirinha!

Secri, un autre mot pour définir le bonheur.

Me voilà donc de retour à l’appartement après cette mission auprès de l’association CAOCA. Comme dis dans l’article précédent, je n’aurai pas attendu longtemps avant de trouver un autre endroit où aider. A la mi juin, je décroche un rendez-vous avec la responsable de l’association SECRI, située dans la communauté de Sao Benedito. C’est un uber qui m’y amènera, pas vraiment rassuré par la route à prendre. Il faut dire que je m’enfonce dans une des favelas de Vitoria, avec mention spéciale « endroit dangereux » sur les applications Uber et Pop.. Après des tournants très secs et des montées tellement impressionnantes que la voiture était à la limite de caler toutes les deux minutes, le chauffeur me déposera devant l’entrée de ce grand bâtiment blanc carré, ressemblant un peu à un gymnase. J’y entre et suis accueillie directement à l’entrée par une jeune femme qui surveille justement les allées et venues. Elle m’indiquera le bureau où travaillent la sous directrice et une autre jeune femme, sur les emplois du temps, la direction des projets et l’équipe d’animateurs. L’accueil me met a l’aise tout de suite, on me propose un café et nous discutons de choses et d’autres. Malgré mes premiers pas en portugais, j’arrive à leur expliquer pourquoi je suis là, et ce que j’aimerai faire de mon temps libre. S’en suit ensuite une visite très professionnelle des lieux. Elle me montrera chaque classe de cours, et demandera à chaque animateur de m’expliquer son travail au sein de l’association. Je rencontrerai donc Everson : le professeur de danse, Cris : l’enseignante de littérature, Sara : l’animatrice sur les sujets de vie et de réflexion, deux soeurs, une professeure de chants, l’autre de flûte, Ariel : le professeur de dessin et Lino le professeur de musique, batterie comme guitare. Tous m’ont accordé une dizaine de minutes pour m’expliquer leurs rôles, leurs projets avec les classes, leurs parcours professionnels. Ce petit temps mis à contribution pour moi m’avait beaucoup touché. Je visite ensuite les cuisines et toutes les autres salles de l’association. Le retour au bureau est détendu, je me sens à l’aise et prise au sérieux. Les enfants sont en classe, personne ne cours dans les couloirs ou joue dehors. Le cadre et la façon de diriger me plait énormément. Elle me parle ensuite de la mission première de SECRI, essayer d’apporter du changement dans le futur de ces enfants grâce à l’art. Effectivement quand on vit dans ces communautés, les enfants vont à l’école publique, l’enseignement n’est donc pas exceptionnel, et les portes des grandes études se ferment bien avant qu’ils n’y songent. L’éducation étant payante, il est difficile de se sortir de ce milieu. Certaines personnes ne sortiront même jamais de la favelas. SECRI est donc là pour essayer d’apporter un autre avenir grâce à l’art.

Leur apprendre quelque chose de plus que l’école publique afin de peut-être décrocher une bourse d’aide pour les études en université. Les enfants apprennent donc la danse, le dessin, la littérature, le chant et à jouer d’un instrument de musique. De plus ils ont des ateliers de vie afin de parler de rêves, de possibilités, de respect, d’environnement ou encore de problèmes personnels ou familiaux. Mais Secri n’est pas qu’un enseignement, c’est aussi un antre d’amour et de confiance. Les enfants réclament beaucoup de câlins et de présence pour discuter. Et bien sûr la dernière chose mais l’une des plus importantes, cette association apporte aussi de la nourriture à ces enfants.
300 enfants par jour, coupés en deux groupes divisés le matin et l’après midi. Puis dans ces deux groupes de 150 enfants on trouve 6 classes triées par âge. Ils ont donc un emploi du temps qui me fait penser à nos collèges ou lycées en France. Chaque groupe a une heure de cours avant de changer de professeur. Le tout est très bien organisé pour que tous passent plusieurs fois par semaine dans chaque atelier. Et cela se répète avec le groupe de l’après midi. Les enfants du matin sont là vers 7heures.. afin de pouvoir manger quelque chose avant les leçons de 8h à midi. Puis ils seront nourris avec un repas chaud à midi avant de quitter le centre. Les enfants de l’après midi arrivent vers 12h30 , afin d’avoir une collation avant d’entamer les classes de 13h à 16h. À 16h30 ils recevront un repas chaud avant de rentrer chez eux pour la nuit.

Pendant qu’elle m’explique les rouages de l’association, mon cerveau commence déjà à m’imaginer dans ces locaux avec tous ces enfants et ces enseignants. Nous abordons ensuite mon parcours professionnel, personnel et mon voyage. J’explique mon envie de donner un coup de main aux communautés locales sans restriction de temps ou de compétences. Même en étant coiffeuse, j’aimerai aussi pouvoir aider en cuisine, au ménage s’il le faut, et être au plus près des enfants durant l’éducation. Les deux jeunes femmes sont impressionnées par mon voyage, par mon courage de le faire seule et par mon choix de donner de mon temps là où je peux. J’explique alors ce bonheur de voyager seule, de découvrir, de s’ouvrir aux autres et de surpasser la peur, quand le téléphone sonne.. premier fou rire entre nous quand après avoir raccroché elle m’explique que c’est Brayan qui appelait car je ne donnais pas de nouvelles et qu’il s’inquiétait ahaha. La directrice m’explique donc que c’est avec plaisir qu’ils m’accueilleront, à la seule condition que je fasse partie intégrante du projet et que je propose mes propres classes. Pour le début, j’accompagnerai les enseignants afin de me familiariser avec les méthodes de travail, les enfants et le portugais, le but étant de diriger mes propres classes pour le mois de juillet. La joie est à peine contenue sur mon visage, ainsi que l’étonnement. Je ne m’attendais pas à voir autant de méthodologie dans une association et d’être inclue dans un groupe avec autant de facilitées. C’est donc après plus de deux heures d’entretien que je rentre le sourire aux lèvres avec cette énorme envie d’être à mon premier jour 😊

Le premier jour ne se fait pas attendre, je leur avais dit devoir retourner à CAOCA le lundi, et pouvoir être là les mardi, mercredi, jeudi qui venaient. La première semaine a été assez riche en émotions et en changement. J’avais carte libre pour suivre les cours que je souhaitais, je prenais donc plaisir à changer de classe toutes les heures, et de professeur, afin de me faire connaître des enseignants et des petits protégés. Leur intérêt pour moi était tellement grand que je perturbais toutes les classes dès mon entrée et ce pendant une dizaine de minutes. Les enfants se concentraient sur cette nouvelle venue aux cheveux rouges et courts, qui ne parlait pas leur langue. La principale question que l’on m’a posé au cours de ces 2mois a été « comment se dit mon prénom en France? » J’étais littéralement écroulée sous les demandes, tous voulaient savoir, et quand je leur disais qu’en France, ce prénom n’existait pas, la réaction en chaîne de « wahouuuu » et « ohhhhh » ne se faisait pas attendre. J’ai été surprise aussi de leur attachement rapide. Je pensais qu’ils mettraient une distance naturelle pendant quelques temps étant donné que j’étais une parfaite inconnue qui arrivait dans leur communauté, mais au final je m’écroulais littéralement sous les bisous et les câlins. Je peux vous dire que 300enfants en manque de câlins, ça se ressent.

Tous voulaient toucher ma peau, mes cheveux, mes bras, mon téléphone. Nous avons regardé les photos de ma famille, des mes animaux, de la France des millions de fois. J’ai sorti de ma coque de téléphone mon billet Uruguayen des milliards de fois aussi. J’ai parlé portugais avec eux, j’ai ri avec eux, j’ai mangé avec eux mais surtout, j’ai évolué avec eux.
Au début, les classes de danse me fascinaient. Je voyais ces petits bouts de choux apprendre la samba ou la capoeira et cela me captivait. Puis je suis allée en dessin, où le rire communcatif d’Ariel me manquait dès que je passais la porte. Les classes de littérature m’appelaient aussi, j’aimais les voir prendre un livre pour le quart d’heure silence, et ensuite dessiner ce qu’ils avaient compris. J’adorais m’asseoir en classe de chant et écouter cette petite chorale chanter avec enthousiasme. Je faisais toujours le même tour, puis Sara m’a approché. Sara est une jeune mère de famille, éducatrice depuis une dizaine d’années. Elle est habituée à travailler auprès des adolescents et a donc tout mon respect. Dans ses classes, les jeunes l’écoutent et parlent librement.

C’est difficile, à l’orée de l’âge adulte, d’avoir leur respect et leur silence. Et pourtant, elle a développée un lien qui fait qu’elle peut parler sexualité, politique, respect ou environnement avec un bel impact sur eux. Elle adore les travaux manuels, et n’hésite pas à donner de son temps et argent pour qu’ils puissent mener à bien des projets de plus grande ampleur. Au début je boudais cette classe, car c’est moins scolaire, tous sont debout, rigolent et parlent quand bon leur semble. Et puis j’avais peur de ne pas comprendre les sujets importants, à cause de mon portugais encore fragile, ou de gêner avec ma présence dans des moments plus intimistes. Mais elle a su me faire changer d’avis, et ces jeunes aussi. Habituellement, je répète à qui veut l’entendre que je ne supporte pas les adolescents, qu’en ayant été monitrice en centre aéré, j’avais vraiment du mal avec ce passage à l’âge adulte et leur comportement.
Alors même s’il y a des adolescents tout autour du monde, je peux vous dire que ces jeunes m’ont réconciliée avec ce genre. Il faut croire que nos sociétés de pays riches, et l’argent, change aussi le comportement de nos enfants. En deux mois, je n’ai jamais eu un seul regard de travers, une seule moquerie ou une seule mise à l’écart. Ces jeunes me faisaient des câlins, m’invitaient à leur table ou m’ouvraient leur cœur. J’avais tellement peur au début qu’ils me rejettent. C’est vrai quoi, ils sont en plein changement, et vivent dans un endroit dangereux, sale, où l’avenir s’arrête au bout de la rue. En quoi je pouvais être acceptée moi, petite française gâtée par la vie, qui a de l’argent pour voyager, qui ne vit pas au milieu des dealers et des armes à feux, et qui n’a jamais connu la faim ? En France j’entendais assez « Non mais de toute façon tu comprends pas, ma vie est foutue, j’ai des problèmes, je veux pas te parler, t’es nulle…  »
Je ne minimise pas les crises que peuvent traverser les adolescents européens, mais je suis tout de même interloquée par leur façon de les gérer. En vivant dans des milieux dangereux, n’étant jamais partis en vacances, n’ayant pas de vêtements neufs ou de marques, ne sortant pas entre amis au ciné ou au mc do et n’ayant aucune ouverture pour faire des études et avoir un travail, ces adolescents m’ont redonné foi. Je n’ai jamais vu des jeunes réussir si bien à endurer leurs conditions, sans violence, sans insultes, et sans manque de respect. Il faut savoir que SECRI n’est pas une école, les enfants sont libres de venir ou pas. Et bien même à l’âge où en France on préférerait se vautrer devant la télé, avec un iphone en main, ou sortir dans la rue, ces enfants là choisissent d’eux même de venir. Justement parce qu’ils savent que trainer dans la rue pour eux serait le début de la fin.. l’approche avec les dealers, la drogue, la sexualité non protégée, le danger des guerres de gangs.. imaginez leur force intérieure pour se comporter comme cela, avec un environnement si instable tout autour d’eux. Parlons en d’ailleurs de cet environnement instable. Je n’ai jamais eu peur d’y mettre les pieds, et pourtant je peux vous dire que c’est l’opposé d’un dessin animé. Les poubelles s’entassent dans les rues. Les « maisons » sont les unes sur les autres, avec le minimum pour survivre. Attention j’emplois survivre car aucun Être Humain ne devrait vivre dans ces conditions, et pourtant ils en sont là. Ces rues sentent le pourris et la pisse 24h/24h. Et le pire, c’est qu’on s’habitue. Je ne supportais pas cette odeur les premiers jours, et puis après elle ne me faisait plus rien, comme si l’odeur faisait partie intégrante du cliché et que sa présence était obligatoire. Les chats et les chiens trainent et ouvrent les poubelles pour manger. Les dealers se promènent arme à la ceinture. Je peux vous dire que la première fois que j’ai dû passer entre eux, j’ai pas fait la maline. J’avais accompagné Sara à un magasin de bonbons, et un groupe de jeunes faisait le gué à la fin de notre route. Talkie-walkie à fond, ils se donnaient par radio le positionnement de la police. Ils avaient placé des bouts de bois en travers de la route pour empêcher les forces de l’ordre de passer, et attendaient assis sur le capot, armes à la ceinture. Heureusement, ils connaissent tous Sara, ils sont tous passés dans ses classes plus jeunes et malgré la menace, nous sommes intouchables car on travaille pour la communauté, moi y compris. Dès le début, j’ai été acceptée par tous. Cela s’est vite su qu’une française était dans les parages, il y avait même des enfants qui n’étaient pas au centre qui me repéraient de loin dans la rue et venaient me dire bonjour. Avec mon tshirt au nom de l’association, et mon activité au sein de leur communauté, je n’ai jamais été en danger. Les gens discutaient avec moi dans la rue. Ce qui m’a le plus aidé est que je ne me suis pas cloîtrée derrière les murs de Secri. Tous les midis je mangeais dehors avec Everson et Sara.

Les gens me voyaient, je me suis même permise d’arrêter les uber après deux semaines et de prendre le bus ou de descendre toute la favelas à pied. Il faut dire que les uber eux n’étaient pas rassurés et parfois je devais attendre une heure après la fin de mon travail pour rentrer car tous se désistaient.. tout cela pour vous dire que c’est, je pense, l’environnement le plus dangereux de mon voyage, où j’y allais avec le sourire . Malgré ses défauts, je suis tombée amoureuse de cette favelas et de sa communauté. Je suis tombée amoureuse de ses maisons colorées à flanc de montagne même si elles étaient délabrées, je suis tombée amoureuse de ces enfants. Je suis tombée amoureuse du sommet de la montagne d’où est posée la favelas, car la vue sur la ville est de 360 degrés, même si cette montagne est fuie par les habitants car c’est l’endroit d’exécution et d’enterrement des corps quand il y a guerre de gangs.. oui ça fait froid dans le dos.

Ici c’est la loi du plus fort, tout le monde le sait, et tout le monde se tait. La police n’a généralement pas accès à l’intérieur de la favelas, et attend gentillement qu’un membre de gang sorte de ses rues pour l’abattre. Le jeu du chat et de la souris.. C’est d’ailleurs pour cela que la majorité de ses habitants de quitteront jamais la favelas. Mais malgré ce qu’on puisse en dire, en voir à la télé, je ne saurai dire qui est le chat de la souris. Il faut savoir que les « pauvres » d’Amérique du Sud ne sont pas les « pauvres » de France. Je vous ai déjà parlé de cela précédemment, de la non existance des aides gouvernementales. N’oublions pas aussi que les gouvernements d’Amérique, Sud et Centrale sont corrompus, tous à un certains degrés. Les pauvres n’ont donc qu’eux même pour survivre. Attention je n’excuse pas les actes de vols ou braquages ou autre, mais la meilleure façon d’avoir un avis c’est d’aller voir par soi même. J’ai regardé quelques documentaires sur le Brésil aussi, sur les polices des favelas qui abattent aussi froidement les gens ou les tortures , sous couvert du gouvernement. Sur l’économie brésilienne et je peux vous dire que le Brésil n’est pas à juger avec nos médias français ou nos clichés. Quand tu nés, grandis et vis en favelas, c’est comme si personne ne se souciait de toi. Pas d’aide pour vivre, pas de travail, pas de moyens de locomotion, effectivement la drogue et la violence est bien un moyen comme un autre pour survivre.. Plus j’avance dans mon voyage, et moins j’aime les différences énormes entre riches
et pauvres qui doivent survivre. La pire image que j’avais était sous mon nez tous les jours et me révoltait. Tous les matins nous partions en vélo de la maison jusqu’au travail de Brayan qui était dans une rue au pied de la communauté où je travaillais. Je prenais ensuite le bus jusqu’au précieux sésame. Le petit détail est que la rue où il travaille est l’un des quartiers de riches de Vitoria. Et sans aides gouvernementales pour vivre, les différences entre riches et pauvres sont flagrantes. On le voit à la minute et moi ça me donne envie de vomir, de hurler, de pleurer. A quelques kilomètres se côtoient les gens qui ont des berlines et des bijoux qui pourraient payer une maison, et ceux qui fouillent les poubelles pour manger. Pensez bien que du coup ça parait logique que les communautés pauvres braquent ou essaient de soutirer de l’argent à ces gens. Moi qui vis bien avec mes moyens j’ai envie de les taper des fois, ces gens qui étalent leur fric et te parlent comme à une merde, ces gens qui sortent des boutiques de luxes les mains pleines de paquets et que te regardent de haut car tu as un look horrible pour eux. Alors imaginez les oubliés du Brésil, ceux qui croupissent dans les odeurs de pourriture et qui ont faim.. vous ne feriez pas pareil ? Au final quand le gouvernement n’essaie pas d’apporter une justice, les gens se l’apportent eux-mêmes. Il y a souvent des arnaques à la carte bancaire, les gens font croire qu’ils travaillent dans la banque et « aident » les personnes à retirer de l’argent, font semblant que la machine ne fonctionne pas et emmènent la personne à un autre atm avant que l’argent sorte. Ni vu ni connu, à la barbe mes chers amis des employés qui sont à 3mètres et des gardes armés. C’est beau non de baiser les plus grosses richesses du monde comme cela.. imaginez le courage, ou le désespoir qu’il faut avoir pour en arriver là, être à deux mètres d’une arme à feu d’agent de sécurité. Moi je trouve que c’est du grand art. Les banques sont les premiers à nous la mettre à tous les étages, les frais de cartes, les frais de retrait, les frais de retard de paiement, les crédits.. Les banques sont le cancer de ce monde . Alors vous voyez, une petite riche pleine de bagues en or qui va se faire voler 2 000 reais moi ça me fait ni chaud ni froid. De toute façon la banque la remboursera, donc au final les pauvres volent les banques et ça leur permet de manger. C’est un vol sans violence, sans agression et pour une cause que je comprends pour l’avoir vue de plus près.. Un jour j’ai été choquée des paroles de trois jeunes filles de 10ans.. qui faisaient une liste comme une sorte de compétition, pour savoir combien chacune avait de membres de familles morts. Entre les guerres de gangs, et les maladies qui emportent car les soins sont payants, ces gens n’ont même pas le même rapport que nous à la mort. Le prix de la vie est beaucoup plus bas pour eux que pour nous… « ah bah moi du coup j’ai deux sœurs de mortes, une tante et deux cousins. » Mon dieu, des paroles tellement dures à entendre dans la bouche de ces jeunes filles 😱
Les gens ne mangent pas à leur faim aussi. Les enfants sont très maigres, certaines jambes d’adolescentes en pleine croissance me faisaient mal, elles étaient plus fines que mes bras. Me vient à l’esprit un jeune garçon d’environ 7 ans que je ne nommerai pas, qui court partout et se dépense sans compter, et qui n’apporte pas à son corps ce dont il a besoin. Au moment du repas de midi, il vient se resservir, une fois..deux fois.. à la cinquième fois, le cuisinier lui dit non. L’enfant s’est mis à pleurer. Il avait pourtant mangé 4 assiettes..mais c’était probablement son premier et seul repas de la journée. C’est insupportable de voir ça. Je suis rentrée le soir complètement déboussolée, essayant de ne pas laisser mes émotions prendre le pas sur mon travail à l’association.. ce même enfant était venu pleurer dans mes bras deux jours avant car il avait cassé ses tongs.. ses tongs ! Ça coûte 5euros, mais lui il a pleuré car il savait.. je vous laisse imaginer les conditions dans lesquelles il vit ! Et en rentrant le soir donc, complètement déboussolée par cet épisode du repas.. je marchais, j’étais dans mes pensées quand deux vieilles femmes me sont passées devant. Maquillage à outrance, visage tiré par le botox, vêtements de grande marque.. Et l’une d’entre elle promenait son chien dans un caddie a roulette. Vous voyez un peu le décalage? Je venais de voir un enfant pleurer de faim, et une femme promenait son chien dans un chariot. Comment voulez vous ne pas être révoltée ?

Je ne suis certainement pas objective car j’ai passé du temps avec eux, mais je préfère ne pas être objective du côté de ces gens là. Voilà pourquoi je vous dis que ces 2mois à SECRI m’ont changée aussi. Les débuts étaient un travail basique pour moi, mais ces enfants ont su mettre à plat toutes mes barrières à tel point qu’à la fin, je pleurais souvent le soir. Attention je n’ai pas pleuré que de tristesse ! Il y a eu énormément de larmes de bonheur aussi. Mais je me suis rendue compte en versant ces larmes que je m’étais investie plus que ce que j’aurai pu penser, et que cela commençait à me toucher personnellement. Peut-on travailler impartialement pour leur bien quand on s’investit trop ? Je me pose encore aujourd’hui la question et les limites à m’imposer..
J’en ai vu des choses avec eux.. mais j’en ai fait aussi. Ma plus grande fierté et que j’ai été actrice d’un peu de joie, de changement ou de réflexion chez eux. Jusqu’au 29 juin j’ai travaillé d’arrache pied, mixant temps auprès d’eux et travail solitaire afin de monter un projet en béton. Le maître mot de ce projet était ma nationalité. Je devais réussir à rentrer dans les cours, en ajoutant un petit plus. J’ai donc imaginé un sujet pour chaque forme d’art, et un sujet pour chaque tranche d’âge. J’ai créé mes propres exercices et mes propres cours. Fin juin, j’ai eu une réunion avec la directrice, deux heures de portugais pour expliquer mes projets classe par classe . Les avantages et les apports de ces cours. Je n’ai jamais vu quelqu’un d’aussi enthousiaste, ça m’a fait chaud au cœur. J’ai donc proposé de les faire danser sur des chansons en français avec le cours de danse. De faire des cours de français adapté à chaque tranche d’âge en littérature, avec mention spéciale Le petit Prince à étudier avec les adolescents pour lier les rêves avec la réalité. Je leur ai appris les couleurs en français et on a dessiné des tours eiffel, des drapeaux et appris le mouvement de peinture le pointillisme en cours de dessin.

J’ai proposé une après midi film pour regarder « Les choristes », l’histoire de ces enfants dont le quotidien est changé par l’art était une sacrée référence pour eux. Puis nous avons ensuite appris à chanter les choristes en français en chorale. Les plus petits apprendront des chants d’enfants en français.. inutile de vous dire que mon portugais était plus que prêt pour cela. Avec Sara, je parlerai de mon pays, des habitudes, us et coutumes, nourriture.. et avec les adolescents de mon voyage et de la poursuite de mes rêves. De ne jamais abandonner. C’était une demande spéciale de la directrice pour leur faire comprendre que peu importe les rêves et le statut social, il faut tout mettre en œuvre pour les réaliser. Et j’étais l’exemple parfait. J’avais hâte et peur en même temps. Pour la première fois je serai le référent en classe. Quelques jours avant j’avais mis en place une boîte à question pour qu’ils arrêtent de perturber leur cours et qu’ils me demandent tout ce qu’ils voulaient.

Je passais ensuite en classe pour y répondre. Bien sûr en plus du fameux  » comment se dit mon prénom en français » et des nombreux mots d’amour, j’ai eu pas mal de questions loufoques ou tristes.
Ils ont été très intéressés par ma famille. Certains ont voulu savoir si mes cheveux poussaient de cette couleur. Et pourquoi ils étaient courts. Et si du coup en France, toutes les femmes avaient les cheveux courts et rouges. Certains ont voulu savoir comment je faisais pour parler dans mon pays vu que je ne parlais pas le portugais (et oui quand l’éducation est limitée.. ils pensaient que le monde entier parlait leur langue ). Certains m’ont demandé si mes parents étaient noirs ou blancs. Un petit garçon noir m’a demandé s’il y avait des enfants noirs en France. Ils ont donc été surpris quand je leur ai montré des photos des français. Certains m’ont demandé si les enfants qui avaient mal aux yeux portaient des lunettes en france.. certains m’ont demandé si mes parents étaient en colère quand je rentrais de l’école et méchants avec moi, ou s’ils étaient gentils.. En classe de dessin, j’ai aussi eu un sourire au moment de l’explication des couleurs du drapeau français. Effectivement c’est plutôt pas joyeux la définition, mais avec leur âme innocente et cliché de la France, ils m’ont bien fait rire ..
« Savez vous pourquoi il y a du blanc sur le drapeau français?
-Oui, parce qu’en France il neige » 😂
« Savez vous pourquoi il y a du rouge sur le drapeau français ?
-Oui, parce que la France est le pays de la passion et du romantisme » 😍
En deux semaines de cours intensif, j’ai vraiment progressé, et grâce à eux j’ai découvert un côté de moi que je ne soupçonnait pas. Les jours où je n’y allais pas j’étais triste, et plus mon départ approchait, plus mon cœur se serrait. Ils ont su me toucher en plein cœur par leur amour, leur gentillesse et leur disponibilité..
Une après midi, nous avons emmenés les 2 à 4 ans au parc de la ville. Je vous jure que je n’avais jamais vu une telle joie. Ils montaient dans un bus et sortaient de chez eux.. ils ont crié de joie tout le long, le corps tellement tendu que les membres se contractaient. Je pense que s’ils avaient souri plus, ils se seraient déchiré les lèvres.

Un arbre, un cri de joie. Une voiture, un cri de joie. Ils s’émervaillent de tout, c’était tellement beau. C’était rien mais c’était la joie la plus pure que j’ai pu voir dans ma vie. Ça m’a tellement touché que j’ai pleuré de joie pour eux sur tout le trajet. Vous vous rendez compte, ce n’était qu’un trajet en bus jusqu’à un bac de sable dans un parc, mais c’est mon plus beau souvenir. C’est gens qui n’ont rien m’ont montré à quel point il n’y a pas de petit bonheur. Ces enfants n’ont pas de téléphone, pas de jouet dernier cri et n’ont pas les suivis médicaux nécessaires, mais il sont les personnes les plus heureuses que j’ai jamais vu. Ça m’a touché en plein cœur. Nous avons passé l’après midi au parc , avec des oies à côté de nous. Ils ne savaient même pas ce que c’était. Une dormait sur une pate, ils pensaient qu’elle était blessée.. un petit cailloux qui brille, une fleur par terre et c’était de nouveau l’émerveillement général. Et quand on criait « câlin » on avait droit à une horde remplie d’amour qui nous faisait directement basculer sur le dos. Ce fût la plus belle journée de ce volontariat.

J’ai continué les cours deux semaines et demies et leur enthousiasme pour moi n’a jamais baissé. Danser en français les ravissait, voir des billets de banque en euros les enchantait, m’écouter lire une histoire avant la sieste en français mettait des étoiles dans leurs yeux. En littérature, ils étaient très fiers d’apprendre ma langue, et quand je servais les repas de midi ils me disaient « merci » avec une fierté non dissimulée. Le matin j’avais le droit à des « bonjour » en même temps que des câlins. Deux jours avant la fin de mon volontariat, ils ont fait une répétition de spectacle. Nous avons eu le droit à de la chorale, des chants et de la musique jouée par les enfants grâce à Lino le professeur de percussions et guitare. Une jeune fille nous a même joué un morceau au violon. J’étais tellement émue que j’ai pleuré aussi pendant deux heures. J’avais l’impression d’être un parent à ces spectacles de fins d’années qui s’émerveille pour un rien.. sauf que moi je n’avais pas un, mais 300 enfants.

Honnêtement, après maintenant deux mois sans les voir, ils me manquent toujours autant, et je ne saurai dire qui de moi ou eux, a le plus apporté à l’autre, même si j’ai ma petite idée.. Le départ a été très difficile pour moi. Même si je sais que j’y reviens en novembre, je suis une adulte, j’ai donc une vision plus claire de l’après. C’est ce qu’il y a de beau à être un enfant, c’est que les chagrins sont vites passés. Nous nous sommes pris dans les bras pour mon dernier jour (ça a été très long), et même s’ils étaient tristes, ils ont la capacité de passer outre. J’ai quand même hâte de revoir ces locaux, de revoir cette équipe géniale d’enseignants et ces 300 petites têtes qui étaient mes porteurs de bonheur quotidien.

Ce volontariat a apporté un tournant majeur à mon voyage et à ma vision de l’avenir. Si j’avais des doutes quand à me pencher sur une vie professionnelle tournée vers l’autre, les doutes ne sont plus permis après ces expériences en Amérique du Sud. Voilà pourquoi on voyage. On rencontre l’autre, et on se rencontre soi même encore plus. J’ai toujours senti que ma place était là, à aider les autres de n’importe quel moyen, j’ai jamais regretté d’avoir écouté mon instinct. Il n’est jamais trop tard pour faire vivre ses rêves et combler son âme d’un bonheur profond et durable. J’ai toujours su où je devais aller et quoi faire pour être heureuse. Il était temps que j’accorde à cet instinct une place plus grande que seulement une réflexion.
Écoutez vous, il n’est jamais trop tard. Et surtout, ne vous éloignez pas des autres, c’est cela qui nous sauvera.
Au final le voyage n’est pas la destination, mais bien ce qu’on vit sur le chemin.
Prenez le temps de vivre le chemin, car quand on pense seulement à la destination, on est arrivé avant d’avoir vécu quelque chose.
 » On ne va jamais aussi loin que lorsqu’on ne sait pas où l’on va » Christophe Colomb

De jolies rencontres !

Pour ce deuxième volet sur mes folles aventures au Brésil, je vais vous parler de rencontres.. des rencontres amicales, professionnelles, mais aussi une rencontre personnelle. Il est vrai que de vivre avec un local aide aux rencontres dans un premier temps. Et j’ai été servie, puisque j’allais faire connaissance avec un peu moins d’une dizaine de personnes la première semaine de mon arrivée ! Effectivement j’ai atterri le samedi 27 avril au soir à Vitoria. Après une petite heure de discussion, je m’étais écroulée de sommeil dans le lit, pendant que mon hôte passait la nuit dans le hammac 🤔 Il me fallait au moins ça de repos pour la semaine qui m’attendait.. en terme d’intégration, on aura pas vu mieux! Dès le lendemain midi, j’ai fait la connaissance du couple de meilleurs amis de Brayan, Sara et Junior. Le contact était difficile ne parlant pas portugais, mais je me suis tout de suite sentie à l’aise avec eux. Puis fin d’après midi, c’est une tornade d’énergie qui a débarqué à l’appartement. Et cette tornade avait pour nom Maisa. Venue d’une ville plus au dessus de Vitoria, elle serait là pour quelques jours. Une jeune fille très pétillante, très ouverte et pleine d’énergie! Le courant est de suite passé, et j’ai eu cette chance aussi qu’elle parlait anglais. J’avais un peu peur de rester seule avec elle et de ne pas savoir quoi lui dire , étant donné que Brayan retournait au travail le mardi. Peurs rapidement effacées, on s’est très bien entendue.

On était même assez contentes qu’il soit au travail pour pouvoir faire plus ample connaissance en toute tranquillité😊 On a donc passé le lundi tous ensemble puisque c’était férié, et le lundi soir j’ai fait la connaissance d’une nouvelle personne, Sandra. Amie de longue date de Brayan, elle avait hâte de me rencontrer . C’est une jeune fille très calme et très intéressante, nous avons passé une excellente soirée au bar tous les quatre! Cela me faisait donc 4 nouvelles connaissances en deux jours , pas mal pour un début! Et début c’est le mot, puisque le mardi soir ont débarqué 4 autres amis venant de la même ville que Maisa. Fallait dire que c’était férié le mercredi aussi, et que le mardi soir avait lieu un concert d’un groupe assez connu au Brésil, ici à Vitoria. Ils avaient donc tous profité du 1er mai le lendemain pour faire 5heures de voiture et passer un moment ensemble. Nous étions donc en collocation à 7personnes dans l’appartement, ce qui ressemblait à un énorme camp de vacances ahah. Fort heureusement, j’ai été accueillie avec joie et bienveillance et je me suis de suite sentie bien. La première soirée n’était pas évidente pour moi car cela faisait longtemps qu’ils ne s’étaient pas vus, les discussions fusaient donc à une vitesse folle et je ne comprenais absolument rien. Mais l’atmosphère était amicale et ça ne me dérangeait pas le moins du monde de rester un peu en retrait. Cette soirée apéro pizza avant le concert a été l’occasion pour Brayan de faire goûter à tous la mirabelle que mon papa avait glissé dans mon sac à son attention. Franc succès, même s’ils ont tous trouvé ça fort ahahah Je vous raconte pas leurs têtes quand ils me voyaient boire une gorgée de cette liqueur sans avoir le moindre changement de traits du visage . La lorraine m’a bien éduquée ahah. Puis ça a été l’heure de partir au concert, en route dans nos ubers partagés et voitures..parce qu’on était quand même dix à s’y rendre. Nous avons retrouvé Sara, Junior et sa cousine sur place. Le concert s’est déroulé près de l’eau, en plein air c’était très agréable. Armé de ma bière j’ai abandonné l’idée de comprendre les paroles et j’ai juste profité de l’ambiance générale. Puis nous nous sommes éclipsés avec Brayan histoire de prendre un peu d’air frais et de pouvoir se parler sans hurler. C’est à ce moment là aussi, qu’à démarré l’histoire d’amour la plus passionnelle de toute ma vie, entre les moustiques brésiliens, et mon corps. Ils m’ont aimé dès le premier instant, je les ai détesté dès la première seconde.. mais ils ont tenu bon, et ne m’ont pas lâché pendant ces trois mois. Une volonté de fer les moustiques! Le lendemain nous avons profité du jour férié et de la chaleur pour aller tous ensemble sur la plage manger un morceau avant qu’ils reprennent la route retour. J’ai eu beaucoup de chance de tomber sur des amis comme cela, parce que chacun a pris le temps de venir me parler dans cette après midi. Même si je ne parlais pas portugais et qu’ils ne parlaient pas anglais, ils ont fait l’effort de m’inclure et cela m’a fait chaud au cœur.

Je crois que ce que j’aime le plus du Brésil est leur façon de dire bonjour. Ils sont très chaleureux. Quand tu vois quelqu’un tu ne vas pas faire la bise ou serrer la main mais faire un abraço(câlin) . On te prend dans les bras et au choix on peut aussi te faire un bisous sur la joue en même temps. On trouverait cela très personnel en France mais en en parlant avec Brayan, il s’avère que faire deux bises comme chez nous est quelque chose de perçu comme encore plus personnel pour lui étant donné que ton visage passe très près de la bouche de l’autre personne. En tous les cas, les abraços m’ont conquise, et j’adore en faire , je suis devenue complètement accro à ce mode d’accueil , alors chers amis et famille, si je vous prend dans les bras à l’avenir pour vous dire bonjour, ne vous étonnez pas 😀
Après ce début de semaine chargé en rencontres et en émotions, ça a été très étrange pour Brayan et moi de ne nous retrouver qu’à deux dans l’appartement.. la salle de bain était libre à chaque moment souhaité, il n’y avait pas de matelas et de vêtements au sol, les tasses de cafés avaient été nettoyées et les cendriers vidés. Commençait une autre aventure, l’apprentissage de l’autre et la cohabitation. Heureusement, il n’y a pas eu un seul instant de gêne entre nous, et cela est toujours vrai trois mois après. Nous avons toujours quelque chose à nous dire, à partager. C’est très agréable de vivre avec quelqu’un qui partage la majeure partie de mes idées, qui est ouvert au dialogue, et qui ne rechigne sur rien quand il s’agit de m’expliquer ou de m’apprendre de nouvelles choses. Bien sûr il a fallu qu’on s’apprivoise, je débarquais dans sa vie de célibataire, vivant seul et voyant ses amis très souvent. Je débarquais d’un train de vie mêlant vie de famille en France et vie de voyage seule ou entourée dans les auberges de jeunesse. Cela faisait quelques mois que je n’avais pas côtoyé le réveil matin et les horaires de bureau. Mais en y mettant chacun du nôtre, nous avons naturellement trouvé notre place sans empiéter sur l’autre. Les week-ends qui suivirent, je rencontrais d’autres amis à lui. Un couple nommé Ana et Vinicius, et un couple nommé Raisa et Daniel. Nous avons passé un samedi soir tous les six dans la maison de Raisa et Daniel, écoutant de la musique, buvant de la bière et profitant de la piscine. Le lendemain, j’ai même pu profiter de la plage et je me suis baignée en mer! Je n’y avais pas mis un doigt de pied depuis le milieu de mon voyage en Uruguay, remontant à début février. Quelle était bonne 😊

Puis à mon retour de la plage, j’ai eu la surprise de voir que Raisa s’était donné beaucoup de mal pour nous préparer un bon repas fait de spécialités. Et voulant absolument que je goûte à quelques unes, elle n’avait pas fait un seul plat.. il y avait cinq ou six casseroles alignées sur la table. De la polenta, du riz, de la farofa, des haricots rouges, du poulet aux poivrons, de la soupe de crevette… J’ai fait honneur en goûtant à tout mais je vous avoue que mon estomac était déjà plein avec une seule assiette. Ce petit geste de gentillesse m’avait beaucoup touché. La bonté des brésiliens est sans limite.
Ces week-ends de découverte et de joie étaient entrecoupés par les semaines au rythme du travail de Brayan. Un jeune homme plein de courage puisqu’il travaillait chaque jour, et assistait encore deux à trois soirs par semaine à ses cours. Et oui, les études supérieures au Brésil sont chères, et l’une des possibilités est de les faire en même temps que de travailler. Il suivait donc ce rythme de classe depuis quelques années, accompagné par le rythme du travail. Mais la fin était proche, la dernière ligne droite c’est cette année, puisqu’il préparait une sorte de mémoire à présenter en juillet devant ses professeurs, afin de valider son cursus scolaire. Moi pendant ce temps là, je trouvais mon rythme, et j’approfondissais mon portugais. Je voulais absolument aider dans une association locale, mais j’avais besoin des bases de la langue. Je ne voulais absolument pas être cette touriste qui débarque sans parler un mot et donc ne peut pas avoir d’échanges en profondeur avec les gens.
La première nouvelle qui a ravit mon cœur est arrivée un bon mois après mon entrée au Brésil. Vers mi-mai, voyant que je n’avais toujours pas de nouvelles de la collègue de Brayan pour mon volontariat, j’ai décidé de prendre le taureau par les cornes. Nous en avons discuté et il a vraiment compris l’ennui profond qui commençait à m’habiter. Nous avons donc fait une recherche sur Internet pour trouver une autre association en ville. C’est ainsi que j’ai décroché un rendez-vous avec l’association CAOCA, à environ 7 kilomètres de là où on vivait.

Ils m’ont dit de venir un mardi à 13h pour rencontrer une autre volontaire allemande qui parlait anglais et pourrait m’expliquer. Ravie de ce changement dans mon quotidien, je suis partie toute excitée le mardi vers 11h, afin de marcher ces sept kilomètres jusqu’au lieu de rendez-vous. Je suis arrivée un peu en avance et me suis présentée. On m’a accueillie rapidement, m’a fait faire le tour du propriétaire et on m’a présenté une éducatrice avec son groupe d’élèves. Je me suis donc assise en classe avec elle, pour tâter l’ambiance locale. À l’extérieur, les tambours et les berimbau faisaient danser la Capoeira à un autre groupe d’enfants. Je suis restée dans cette salle presque deux heures, ne comprenant pas ce que j’y faisait. L’ éducatrice laissait les enfants jouer à des jeux de société, et attendait l’heure du goûter. Je m’inquiétais de ne pas rencontrer la responsable, ou même la jeune fille allemande. La jeune femme à l’accueil avait pourtant eu Brayan trois fois au téléphone pour conclure de ce rendez-vous, j’étais dons un peu étonnée de ne pas leur inspirer plus de curiosité que cela. Après deux heures, nous sommes allés donner le goûter avant la séance de capoeira. Franky faisait vibrer les corps juste avec sa voix et son berimbau. Le berimbau est l’instrument typique joué pour cette musique. Fait de bois biriba, il ressemble plus ou moins à un arc, avec un fil en acier à ressort tendu entre ses extrémités. S’y trouve sur le bas du fil et du bois une forme ronde et creuse en bois, faisant caisse de résonance. On joue de cette instrument en frappant la corde avec un petit bâton. Les enfants dansaient en rythme, faisaient des figures tous ensemble, ou dansaient en « combat » au centre du cercle formé par leurs camarades. Même en étant habituée à voir cette danse désormais, j’arbore toujours des yeux ébahis, remplis de surprise et d’émerveillement. Malgré cette joie que me procurait ce spectacle, j’étais inquiète quant à ce rendez-vous. Je devais repartir à pied donc ne pouvais pas traîner et attendre que le soleil se couche. Mais personne n’était venu me parler de ma motivation, de leur mission ou de l’aide que je pouvais leur apporter. Une seconde fois, je décide donc d’aller au bureau voir la responsable. Malheureusement elle est absente, et n’a pas l’air plus intéressée que cela par ma visite puisqu’elle en avait été mise au courant.. Sa fille, qui est aussi celle qui m’a accueillie au début, m’annonce que la volontaire allemande Madlin allait arriver. Ouf, enfin quelqu’un avec qui je pourrai partager mon envie d’aider. Nous discutons une vingtaine de minutes sur sa mission, le local et ce que je pourrai y faire . À la question « as tu un talent particulier à mettre en avant dans ton aide aux enfants ici », j’ai répondu que je coupais les cheveux, et que c’était avec mon métier que je voulais rendre service. J’ai donc eu le privilège de rencontrer la responsable après cet échange avec Madlin. Elle m’a accueillie avec un grand sourire, m’a dit que mon aide était le bienvenue. Que je pouvais faire mes horaires, venir des journées entières ou bien des demi journées et manger avec eux le midi. Avec la joie qui me contaminait à cet instant, je leur dis que je peux être là dès le lendemain, et que j’aimerai apprendre à connaître les enfants et la langue avant de leur couper les cheveux. Habitant toutes les trois (la responsable, sa fille et Madlin) à environ 700 mètres de l’appartement de Brayan, je prends les numéros de téléphone et nous concluons un covoiturage afin que je n’ai pas à venir en bus. Soulagée par cet entretien de fin de journée, je rentre le soir excitée, avec l’envie d’être déjà le lendemain pour enfin commencer les choses sérieuses. J’y passerai deux jours, avec beaucoup de difficultés à me faire accepter. Mon portugais est basique, mais au moment des repas, toute l’équipe s’installait ensemble et personne ne m’adressait la parole pendant 30 minutes. Pendant la journée je ne participais à aucune activités, ils me faisaient juste m’asseoir sur une chaise et regarder.

Personne ne se donnait la peine de m’expliquer ce qu’ils faisaient avec les enfants. J’essayais de communiquer, mais je ressentais une sorte de barrière entre moi et les employés. Même Madlin, qui parlait pourtant anglais, qui venait d’Europe comme moi et qui été passée par ce stade de la difficulté de la langue, ne m’adressait la parole que quand elle souhaitait aller fumer, ou souhaitait sortir en soirée la semaine car elle se sentait seule. Je me sentais très mal à cette place, mais je me disais qu’il fallait que je sois patiente, que cela irait mieux avec les jours. Malheureusement ça s’empirait, tous les matins je me levais à 7heures, la voiture étant censée partir à 8heures. Et tous les matins, on m’envoyait un message me disant qu’ils étaient partis sans moi car ils étaient en avance.. Même si j’étais prête, j’avais juste 10minutes de marche pour les rejoindre. Alors tous les matins, avec la meilleure volonté, j’avancais mon réveil pour ne pas louper la voiture. Et quand ils n’étaient pas en avance, ils n’y allaient pas du tout, et ne me prévenaient pas. Un matin, fière de ne pas recevoir de message me disant qu’elles étaient déjà parties, je suis sortie de l’appartement à 7heures. Je préviens Madlin que j’y serai à 7h10, impossible de les louper! J’ai attendu 45minutes dehors, sans messages. À 8heures la concierge m’a demandé ce que je faisais. Je lui ai dit qui j’attendais, et elle m’a ouvert pour que j’aille directement sonner à la porte de l’appartement. Je suis tombée sur une Madlin sortant de la douche, n’ayant pas pris la peine de me prévenir que le centre était fermé ce jour là. De plus, je voyais dans l’association à quel point les gens n’étaient pas concernés. La plupart des femmes dans le bureau arboraient bijoux en or, argent, talons hauts et brushing sur mesure, pour accueillir des parents et des enfants vivant dans des conditions précaires. J’entendais tous les jours que le centre était sur le point de fermer pour faute d’argent. Mais toute la journée,ces femmes au lieu de chercher des solutions, de chercher des sponsors ou des dons, étaient en groupe au milieu du bureau, à parler hommes, shopping, et à être sur instagram et Facebook. Elles se faisaient faire les ongles au milieu de l’après midi. Je ne voyais pas de ligne directive à suivre pour les enfants. En classe, ils jouaient à des jeux de société, ou lisaient. Ensuite ils les mettaient dehors pour deux à trois heures. Chaque encadrant préférait être sur son téléphone plutôt que de proposer une activité. Le seul point positif était que ces enfants n’étaient pas à la rue pendant ces heures, mais malheureusement ces heures n’étaient pas mises à contribution pour leur avenir, pour augmenter leurs chances de s’en sortir. C’était triste car ces gamins n’avaient que ça. Mais même si on a pas d’énormes fonds, on peut toujours faire des activités sur des thèmes, comme l’éducation, le travail, les rêves, la réalité, les abus sexuels. Les adultes n’ont pas toujours besoin d’argent pour aider les enfants, il suffit de tendre la main, et d’ouvrir leur esprit. Voulant à tout prix me rendre utile, j’avais même traduit un texte en français, afin de faire une vidéo qui tournerait sur les réseaux sociaux pour informer et ouvrir un compte pour des dons. Après deux heures de traduction, et trois mois d’attente, je n’ai jamais vu la couleur de cette vidéo.. trois semaines en dent de scie ont été suffisantes pour moi. De plus que tous les jours j’amenais mes ciseaux, et tous les jours on me disait qu’on avait encore pas « eu le temps » d’imprimer les papiers pour demander l’autorisation aux parents. Un soir j’ai donc mis les points sur les i. « Si vous ne voulez pas de mon aide, il y a d’autres associations en ville qui seraient ravies de profiter de mon expérience professionnelle » Cinq minutes après, les papiers étaient imprimés, et prêts à être distribués. J’ai donc commencé la semaine suivante.

On avait prévu une semaine de coupes de cheveux, afin que je puisse m’occuper des 200 enfants répartis en deux groupes, un du matin et un de l’après midi. Avec une immense joie, je coupais pour la première fois en dehors de mon pays, et en dehors du cadre professionnel qui liait mon coup de main à de l’argent. La coiffure est une passion pour moi, mais comme je le dis souvent, même si je n’ai aucun désir d’arrêter, je ne veux plus travailler avec cela en France. Le rapport à l’argent gâche le rapport avec la clientèle. Le rapport à l’argent gâche mon plaisir à couper. Le fait d’en demander toujours plus, d’avoir certains patrons qui exigent des quotas de vente ou de chiffre d’affaire, a totalement gâché mon envie d’en faire un métier de longue durée..
C’est donc avec grand plaisir que je retrouve ces sensations, ciseaux en main, de donner avec mon cœur quelque chose d’unique et un réel service.

Le premier jour, j’ai coupé une trentaine d’enfants, et quelques bénévoles. Les garçons aiment les coupes courtes avec des dessins. Des dégradés à blanc ou des démarcations. Les fillettes venaient juste couper les pointes abîmées. Pour parfaire ma panoplie et les mettre encore plus à l’aise, j’avais acheté un peignoir ainsi qu’un balai à nuque pour la modique somme d’environ 4euros. Les enfants étaient donc ravis d’être reçus comme en salon. Effectivement, si je fais cela en ONG c’est parce qu’ils ne peuvent se payer ce luxe, il était donc important pour moi de ne pas les faire se sentir comme juste quelqu’un à qui on rend service en sachant très bien qu’il n’a pas les moyens.

Une petite chaise confortable, un peignoir recevant des tonnes de waouh quand je l’enfilais, une demande afin de réaliser leur souhait et ne pas faire à chacun la même chose et une photo souvenir avant/après, voici la panoplie du bonheur. Les faire sortir de la rue le temps d’un instant, et mettre dans leur esprit le fait que chaque être humain a le droit de recevoir les mêmes services et la même gentillesse, qu’importe l’épaisseur du porte monnaie. En 20minutes de temps, je voyais les sourires se dessiner, et les formes du visage revenir. Certains n’avaient pas coupés depuis six mois, certains depuis plus.. Malheureusement une autre réalité m’est apparue en faisant cela, la précarité de ces gens. Sur environ 120 enfants coupés, 80% avaient des poux. Et non pas parce qu’ils se les refilaient juste entre enfants, mais aussi en famille. Les quelques bénévoles adultes et les parents à qui j’ai offert aussi mes services, en étaient porteurs aussi. Certains, j’ai pu les couper car je n’ai pas vu le poux mais que les lentes. Mais je me rappellerai toujours de ce garçon, avec une coupe mi longue presque aux épaules type surfeur. Des cheveux brillants.. de saleté. En revenant de la salle de bain et après explications sur la future coupe, j’attrape une mèche avec mon peigne et la place entre mes doigts. Mon estomac n’a fait qu’un tour, j’ai lâché les cheveux aussi vite que je les avais pris. Il avait je pense des centaines de poux adultes. Quand on ouvrait un peu les cheveux, on les voyait courir sur le crâne. Je n’avais jamais vu ça.. je n’ai pas pu le couper bien évidemment. Même si la plupart ont déjà des poux, je n’ai pas pris le risque de mettre mon matériel en contact avec cette fourmilière géante et de les ramener à la maison. Le deuxième fait triste est que j’ai eu beau lui expliquer, ce n’est pas une priorité pour ces gens, et je savais d’avance que rien ne serait fait de son côté pour endiguer cela. Il n’avait pas conscience de la gravité, vivant avec des animaux sur la tête, se grattant de temps en temps, tout au plus. Ma demi semaine de coupe de cheveux a donc été un succès qui m’a remis un peu de baume au cœur après tous ces jours de longues attentes. Pour la première fois je me sentais utile. Mais pas de cette utilité de « riche » européen qui va dans certains pays avec de l’argent à donner ou des peluches, et enseigne l’anglais ou essaye de changer les modes de vie en se basant sur le modèle européen, sans prendre en compte l’histoire du pays, l’économie de celui-ci et la culture de son peuple. Je ne voulais pas faire partie de ces volontouristes, qui affichent avec fierté des selfies avec des enfants pauvres comme une victoire, ou qui dépensent 3000 euros avec des associations européennes pour y aller mais n’apportent rien qu’une présence légère remplacée par une autre deux semaines après. J’ai toujours été attirée par l’entraide et la bonté, mais je n’ai jamais souhaité en faire la promotion comme une jolie pub pour mon futur. C’est aussi pour cela que je suis partie en incognito avec mon sac à dos, avec dans l’esprit cette idée de chercher grâce aux locaux, des endroits qui avaient besoin mais ne brillaient pas à l’international. Ces associations qui ne demanderaient pas de l’argent mais bien du temps et de l’amour. Ces deux choses sont en effet bien plus précieuses.

C’est donc le cœur léger, que je me suis remise en quête d’une autre association en ville à qui je pourrai offrir mon temps et mes services. Dans une ville comme Vitoria, les associations pour aider les communautés en précarité ne sont pas en manque, malheureusement. Et le destin a fait que Brayan a trouvé SECRI, l’association qui m’a apporté bien plus que tout ce que j’ai pu leur apporter. Comme si elle me complétait, et inversement. Ce genre d’endroit sur terre qui te fait sentir à ta place. Comme si ton âme avait toujours chercher où être le mieux, et qu’un jour, comme la bonne clé dans une serrure, tout s’ouvre en toi, toi s’illumine, comme si ton intérieur te criait que c’était LÀ, et pas ailleurs..
SECRI a été du bonheur liquide, que mon âme buvait chaque jour un peu plus..
Il me faudra donc lui dédicacer un article a lui tout seul, parce que j’ai tellement à raconter, que je n’ai aucune envie de bâcler..
À bientôt, pour la suite de l’épisode😊

Vivre au rythme brésilien, et profiter de l’expérience

Pour ces trois mois passés au Brésil, j’ai décidé de bouleverser un peu l’ordre chronologique afin de vous raconter ces précieuses semaines par thème. Ce premier article aura donc pour sujet mon adaptation à la vie locale, de la langue à la nourriture, en passant par la routine d’une vie sur un autre continent. Et oui parce que je m’étais fait cette réflexion à mon retour en France.. je voulais que ce nouveau volet sur le sol Sud Américain soit plus profond. Et pour connaître les couches plus profondes d’un pays, qu’un simple touriste ne peut voir, il faut y passer du temps, il faut y parler la langue, il faut connaître les coutumes et les habitudes de vie. Ce n’est qu’en vivant réellement une vie de « routine » qu’on peut approcher d’aussi près le train de vie d’un peuple.
La chance que j’ai eu pour commencer a été d’être accueillie par un brésilien, dans son appartement, en ville, mais aussi dans sa vie de jeune de 26ans. Quoi de mieux pour avoir une autre vision d’un pays, que d’avoir une aide locale de la même tranche d’âge que moi. J’allais donc pouvoir expérimenter le travail, les sorties entre amis, et toutes ces choses que je fais en France, à un détail près de la langue qui diffère ahaha. La deuxième chance a été que Brayan parle anglais, et ce fût une aide précieuse pour apprendre le portugais. Parce que qui dit s’immiscer au Brésil, dit essayer d’avoir une maitrise linguistique qui me permettrait de soutenir des conversations avec n’importe qui. C’est une partie du voyage que j’aime le plus, l’apprentissage de nouvelles langues. Et là aussi, sa présence m’a été précieuse. Pas seulement parce que c’est sa langue natale, mais aussi parce que grâce à lui et ses amis, j’ai pu apprendre le dialecte de rue, les mots qui sont une mode un temps et disparaissaient le temps d’après. J’ai pu apprendre le portugais, de celui qui a des expressions que tu ne trouveras jamais dans un livre de langues, de celui qui a des accents que tu n’entendras jamais en cours de portugais, de celui qui a de l’argot que tu ne verras jamais sur une application de traduction.
C’est une chance énorme pour moi, parce que plus ton portugais se rapproche de celui utilisé par les brésiliens, plus tu te sens accepté.
Il y a des mots, des phrases, des expressions que jamais , jamais je n’aurai appris à l’école ou sur une application de langue. Voilà toute l’importance de passer du temps dans un pays. Voilà la différence entre l’apprentissage dans les livres, et sur le terrain.
Me vient à l’esprit quelques petits exemples qui me font sourire.. je parlais par message avec Junior, un ami, et je racontais ma journée de coupes de cheveux à l’association où j’étais. Le voilà qu’il me répond  » massa!  » , message que je n’ai absolument pas compris étant donné qu’en traduction littérale, massa veut dire pâte. Pâte à gâteau, pâte feuilletée, de la pâte quoi. C’est après avoir demandé à Brayan, que j’ai appris que massa était utilisé afin d’exprimer quelque chose de « cool ». Faut quand même le savoir ahahah. Deuxième exemple, les mots coupés.. les jeunes ont pour habitude de couper des mots, à l’oral, je ne vous apprends rien. Mais quand ce n’est pas ta langue maternelle, même si tu maîtrises à peu près, quand un brésilien parle vite, et coupe la moitié du mot, c’est juste un énorme point d’interrogation qui se plante au milieu de ta figure !
Nous étions entrain de boire une bière en extérieur, et le frère de Brayan, qui ne ralentit pas son débit de parole avec moi, était entrain de me poser une question, puis attendant m’a réponse, me dit « xo sentar » … gros blanc, j’avais déjà deux mois de pratique à ce moment là mais mon cerveau a refusé de coopérer.. merci Brayan une fois de plus pour la traduction. Son frère a en fait dit « Deixo me sentar » , en abrégé, qui signifie « laisse moi m’asseoir » . Un peu compliqué ahah.
Une chose que j’ai vraiment remarqué ici au Brésil, est qu’ils coupent les mots très très souvent à l’oral, et même à l’écrit d’ailleurs. Du coup même si t’as un niveau acceptable en portugais, ils peuvent te laisser pantois avec une phrase toute simple 😊
Laissez moi vous donner quelques exemples…
« Você está com fome? » –> as tu faim
Une phrase assez simple qui se tournera à l’oral en  » cê tá com fome » . Et oui, ils mangent le sujet você, qui devient juste le son cê, et le verbe être est coupé aussi, pour les sujets JE/TU et IL/ELLE. À l’oral comme à l’écrit, il y a de quoi s’y perdre !
La deuxième chose qui a été difficile pour moi sont les accents, qui diffèrent aussi souvent qu’il y a d’états au Brésil. C’est à dire très souvent, étant donné que le Brésil fait 12 fois la superficie de la France. Par exemple à Vitoria (État Espirito Santo), les mots qui terminent par -te se prononcent -tche, comme leite (letche) , noite (notche), quente(quentche)… bien bien ,facile une fois que c’est rentré.. puis beaucoup moins facile quand tu redescends à Curitiba ( État Parana) et qu’ils le prononcent comme il s’écrit. Ce qui de base serait plus logique, mais quand on habitue notre cerveau à un mécanisme, c’est bête mais après, le reste est étrange..
Et alors je vous parle pas de l’accent dans l’état du Minas Gerais.. il est juste horrible 😱
Ils parlent vite, ils ne finissent aucun mot, et ils font plein d’abréviations, en quelque sorte un jeu de devinette en portugais ahahah !
Enfin bref, tout ça pour vous dire que l’apprentissage de cette langue fût un régal.. C’est tellement plus agréable de pouvoir participer à la conversation lorsqu’on est assis autour d’une table entre amis. J’adore ce sentiment de défi que m’apporte le changement de vie. Ce que tu es capable de faire pour comprendre et te faire comprendre. C’est là toute la beauté du cerveau. Pour ma part le mien tourne à plein régime.. j’entends du portugais, qu’il va essayer de traduire en français. Puis je pense en français, et je réponds en portugais. Et quand je ne sais pas, je demande des explications sur le portugais.. en anglais ! Que je retranscris ensuite en français pour assimiler les informations. Quel bel outil tout de même! C’est une des facettes que j’aime quand je voyage, sentir que tout est en action dans mon corps. Mes sens sont en alertes, plus ouverts, propices à la nouveauté. Et mon cerveau est en constante réflexion. On se sent beaucoup plus vivant que dans une routine dans notre village, avec des gens connus, parlant une langue assimilée.
Mais ces trois mois ont été bien plus que l’apprentissage d’une langue. Même si prendre mes marques au début a été un peu difficile, au fur et à mesure du temps qui passe, j’ai su me laisser emporter par le rythme de vie, et m’adapter au mieux à ce changement.. C’est vrai que c’est bien différent de la France, et que comme tout changement, il faut un laps de temps plus ou moins courts pour chacun. Le mien a été plus ou moins difficile, je dirai environ un mois pour vraiment me sentir à l’aise avec tout ce qui m’entourait. Le trop plein d’informations, de rencontres et de changements peut aussi apporter la panique. Et je n’ai pas été épargnée. Déjà parce que c’était la première fois que je vivais en collocation, avec quelqu’un plus ou moins connu ahaha. C’est vrai quoi, j’adore me laisser porter par la vie et ses cadeaux un peu sortis de l’ordinaire, mais même moi, 5mois auparavant, je n’aurai pas imaginé partager l’appartement d’un brésilien avec qui j’avais voyagé une semaine en stop en Uruguay. Les débuts ont donc été difficiles, réellement. Je ne me sentais pas chez moi, et même si je suis assez à l’aise, j’avais du mal à faire comme chez moi. J’avais peur de déranger, j’avais peur de bousculer ses habitudes. Déjà qu’il m’hébergait, j’allais pas encore imposer mon mode de vie ou ce qu’on allait manger le soir ahahah. Malgré ces petites peurs, ma place a été trouvée assez rapidement. Brayan est un colocataire rêvé, très facile à vivre ! Mais bien pire que le sentiment de gêne, c’est le sentiment d’ennui qui a été le plus présent dans mon corps et dans mon esprit. Vous vous doutez bien que si je parcours le monde et ses beautés, c’est parce que j’ai une sainte horreur de la routine. Et malheureusement même au Brésil, même en changeant de langue, même avec toutes ces rencontres, ce sentiment effrayant de routine me poursuivait. Et oui, dès que je pose le sac à dos pour plus longtemps qu’une semaine, je commence à ressentir cette terrible angoisse de l’ennui ahahah
C’est maladif, et le seul traitement qui fonctionne est le voyage 😊
Ça n’a donc pas loupé ici aussi, et c’était vraiment fort. Parfois l’idée de reprendre mon sac et d’écourter ce temps de pause au Brésil m’éffleurait l’esprit quelques minutes. Parfois elle me poursuivait plusieurs jours. Ça n’a pas toujours été facile de lutter contre mes propres envies de faire mon sac et fuir le plus vite possible. Je me sentais prise au piège, dans quelque chose d’inicié par moi-même. J’avais envie de découvrir la vie plus profondément, mais j’avais aussi envie de courir loin de tout ça et refaire du stop le plus vite possible. Un vrai moment de trouble pour mon esprit qui ne savait que choisir. Devais-je rester, me forcer un peu et préserver pour découvrir de belles choses? Devais-je écouter mon sourd instinct de migration et poursuivre mes périples ?

Une bonne partie de cette peur venait bien évidemment de l’ennui. Cet ennui a été une énorme compagnie .. et oui , Brayan travaillant, moi ne parlant pas la langue, je restais très souvent dans l’appartement toute la journée, attendant avec impatience son retour, comme un chien celle de son maître.. J’ai donc décidé de combattre cette envie de partir, et pour cela il fallait combattre l’ennui qui s’installait en moi..
Les deux premières semaines je suis sortie bien sûr, j’ai marché et visité tout ce qu’il y avait à visiter près de moi. Mais une fois les parcs faits, et la plage visitée cinq fois, j’avais pas vraiment envie de faire toujours la même chose.. la plage j’aime bien mais à petite dose. En fait je pense vraiment que j’ai une peur profonde de l’ennui. Rester au même endroit tous les jours me paralyse. Faire les mêmes choses tous les jours me paralyse.. du coup me lever, aller à la plage, manger, nettoyer l’appartement et attendre le retour de Brayan m’a vite lassée. Mais j’avais pas vraiment le choix.. les recherches pour aider dans des ONG n’aboutissaient pas. J’attendais le feu vert d’une collègue de Brayan, qui arrivait avec une lenteur qui me paraissait exagérée. J’ai contacté des chenils pour filer un coup de main en attendant, sans résultats..
Je piétinais , comme coincée dans une tour dorée. J’avais l’impression que c’était un peu abusé de me plaindre de ma situation, surtout auprès de ceux restés en France. Après tout, j’avais la « chance » d’être au Brésil, pourquoi me plaindre.. D’une part c’est vrai, mais d’une autre, peu importe l’endroit où je me trouve, si je sens que je n’apporte rien, si je ne me sens pas utile ou profondément vivante, pour moi la partie n’est qu’à moitié gagnée.
J’ai décidé de vivre intensément chaque seconde de ma vie. J’ai décidé d’être moi même, et de trouver une solution pour être en paix chaque jour. Alors même si cela paraît indécent, quitte à avoir une routine ennuyeuse, je préfère l’avoir en France plutôt que de faire 16heures d’avion pour la vivre.

La seule chose qui me faisait tenir en attendant la mission miracle était ce que je partageait avec mon hôte brésilien. Le partage de la culture, de la nourriture et de la vie au Brésil. J’ai appris tellement de choses sur ce grand pays connu seulement pour son carnaval et ses belles femmes. Brayan est très cultivé et nous avons abordé tous les sujets possibles et imaginables. Il m’a partagé le quotidien brésilien, et je partageais avec lui le quotidien français.
Et au delà de la musique et des plages, j’ai pu prendre conscience d’une réalité difficile à vivre pour son peuple.. Les soins de santé sont à la charge du patient. Et comme le niveau de vie est très bas, certaines personnes n’auront jamais de lunettes même s’ils sont myopes. Beaucoup meurent de maladies pour faute d’argent pour accéder aux soins. Une opération du genoux coûte le prix d’une voiture neuve..
Les hôpitaux sont privés ou non, en sachant que les hôpitaux privés sont hors de prix pour la majorité. Et pour avoir été moi même en hôpital publique, je peux vous dire que vaut mieux pas être trop malade. À 6 dans une chambre, mélangeant tous les symptômes. Tellement facile d’attraper des bactéries quand toutes les maladies se fréquentent dans la même pièce. Les soins pour une opération avec cicatrice se font à côté de trois personnes accidentées de scooters avec plaies ouvertes. Tu restes deux jours à l’hôpital après une opération car les nuits sont hors de prix. Je me rappelle de ma grand-mère après son opération de hanche qui était restée trois semaines à l’hôpital car pas de place pour l’accueillir ailleurs. Je dis pas que c’est trop, je dis juste qu’en voyant la réalité d’un autre pays, on se rend compte de notre chance. Ici t’es pas apte à marcher, t’as besoin d’aide à la maison, t’as besoin de soins continus, bah c’est pas grave tu rentres chez toi après deux jours parce que tu peux juste pas payer plus. Une amie s’est faite mettre sous perf dans la salle d’attente de l’hôpital car ils ne pouvaient pas l’accueillir ailleurs. Allongée sur des sièges en plastique pendant 24heures.
Il y a deux infirmières pour 10 chambres de 6.. J’ai vu un vieil homme de 70 ans dans la rue se balader avec sa poche a pipi et tous pleins de tuyaux à sa ceinture. De plus, les maisons de retraite au Brésil sont hors de prix, et le plan retraite n’existe pas vraiment. Une personne âgée ayant travaillé au smic toute sa vie peut donc mourrir de non soins d’un bras cassé juste parce qu’elle n’a pas les moyens d’acquérir ces soins. Franchement, on se plaint de notre système de santé en France. Mais si votre enfant a besoin de lunettes, il les aura. S’il a besoin d’un appareil dentaire, il l’aura. S’il se casse le petit doigt de pied au foot, les urgences le prendront en charge. C’est je pense la plus grande chance d’avoir les soins couverts en France..
C’est une autre chose qui m’a beaucoup marqué au Brésil.. les appareils dentaires. Vous n’en verrez jamais ou presque sur un adolescent. Mais sur des adultes entre 25 et 35 ans, une tonne. Avec notre esprit européen certains pourraient se dire « oh la honte, elle a 25ans et un appareil dentaire, c’est trop moche ». À cela s’ajoute la question du pourquoi ? En France on fait ça tôt car c’est en partie remboursé. Et puis c’est mieux d’avoir des jolies dents pour draguer à partir de 20ans. Ici ils attendent juste d’avoir les moyens, ce qui peut prendre entre 5 à 10ans de travail. Au début ça me marquait toujours quand je croisais quelqu’un de mon âge avec un appareil dentaire, à présent je suis habituée et je trouve cela des plus normal. Je trouve même cela très beau de pouvoir se donner les moyens de ce payer ce luxe après quelques années de dure labeur 😊
Une autre différence énorme avec l’Europe est l’accès à l’éducation. En effet, ça nous parait normal en France de faire des études, c’est même un parcours plutôt typique d’enchaîner les diplômes après le Bac afin d’avoir un joli CV, et un poste qui répond à ces compétences. Encore une fois une bien belle chance pour nous. Et oui, l’Université au Brésil c’est payant! Et même avant de parler de grandes études, il y a deux types d’écoles pour les enfants. Les privées, pour seulement la classe la plus riche, et les publiques, pour les autres. Le problème est que l’éducation dispensée dans l’une et l’autre n’est pas la même. Les programmes des écoles publiques sont très en retard. Les enfants n’apprennent pas de langues étrangères. Quand j’étais à L’ONG, j’ai du reprendre toute une classe d’enfants de 8ans, qui écrivaient les chiffres 4, 5 et 7 à l’envers.. et ces enfants allaient à l’école tous les jours.. Et puis donc l’inégalité continue , puisque seuls ceux avec de l’argent poursuivront les études. Le gouvernement antérieur de Lula a mis en place une bourse d’aide pour les étudiants n’ayant pas les moyens de payer les études, malheureusement cette bourse est en ce moment même entrain d’être coupée par le gouvernement actuel. Le pouvoir des classes reviendra donc encore plus fort. Et seuls les riches auront accès à une éducation de qualité.

Restons dans les choses qui apportent de la colère, c’est la très chère sécurité à l’emploi et les aides gouvernementales.
Pour ma part je trouve que toutes les aides misent en place par notre gouvernement sont une bénédiction. Mes paroles ne vont pas plaire à certains, mais je suis entièrement pour le RSA, POLE EMPLOI et autres qui permettent de vivre dignement. Et il n’y a que les gens qui ne veulent pas voir la misère ou qui ont quelques pensées racistes en France qui critiqueront ces aides. Même si vous travaillez et que vous ne recevez pas ces aides (félicitations,ça veut dire que vous vivez au dessus du seuil de pauvreté), chaque personne a droit a un peu de dignité, et ces aides en sont les preuves. Et si un jour vous devriez en user dans votre vie, et bien profitez de ces dons. Moi même j’ai déjà été au chômage, peut-être un an cumulé sur 6ans. Et si je devais en profiter encore je le ferai, jusqu’à trouver une situation stable. Et c’est une bénédiction. Au Brésil par exemple, que tu aies travaillé un an ou 20, si tu perds ton emploi, tu auras 6mois de chômage et pas un de plus. Difficile donc de se sortir de la précarité et de vivre dignement. Et c’est la même chose pour les aides gouvernementales. Sous la présidence de Lula, le pays a mis en place la Bolsa Família, une aide donnée aux familles dont les revenus étaient en dessous de 120 Rs par mois ( 30euros) . Et cette bourse concernait 11 millions de familles en 2010, et pouvait aller jusque 200 Rs (50 €) . Les chiffres parlent d’eux mêmes pour imaginer le niveau de vie de certains brésiliens. Et si certains sont encore contre ces magnifiques aides sociales que la France nous donne, laissez moi vous dire que j’ai vu des dizaines de personnes au Brésil en 3 mois faire les poubelles, sortir un os déjà mangé par une autre famille et les mouches, et le rogner à son tour. En pleine après midi, en centre ville. Nous avons de pauvres, très pauvres personnes en France aussi, mais imaginez la catastrophe si nous privions tous ces gens des aides sociales ou du chômage..
Maintenant que j’ai mis un peu les pendules à l’heure sur la réalité brésilienne, j’aimerai aussi vous faire part d’autres différences plus légères 😊
Tout d’abord, j’ai appris qu’il n’y avait pas de contrôle technique au Brésil. Ça peut sembler bête mais j’avais toujours cet exemple français en tête et pour moi ça allait de soit que ça existait partout.. mais plus le temps passait et plus je me demandais comment c’était possible de rouler avec des voitures complètement décharnées, qu’on ne voit que dans les casses en France..J’ai donc posé la question, et bien évidemment la réponse semble logique 😂 certains ont vraiment des taudis à faire peur ! On a l’impression qu’ils vont perdre le moteur d’une minute à l’autre, ou que la porte va tomber sur la chaussée en plein virage 😂
Deuxième différence marrante mais étonnante, le code postal change A CHAQUE RUE! Alors ça c’est un truc que je comprends toujours pas ahahah
Imaginez sur une ville de 380 000 habitants comme Vitoria, le nombre de rues.. j’arrive pas à comprendre comment font les facteurs pour s’organiser ahaha
Donc quand tu vis en ville et que tu vas à ton travail dans la même ville, tu gardes le nom de la ville mais le code postal change.. C’est vraiment une différence bien drôle.
Et la dernière chose que j’ai pu observer est que chaque personne a généralement deux prénoms, mais aussi deux noms de famille..
C’est très simple, chaque personne a le nom de famille du père et de la mère. Puis pour les femmes qui se marient, elles vont garder un des leurs, et prendre un des deux du futur époux..puis quand ils auront des enfants, ils vont choisir un de la mère et un du père. Mais comme chaque mère et père en a deux, ils en prennent qu’un seul des deux pour les enfants. Du coup sur le papier c’est simple, mais c’est vachement plus compliqué pour faire les liens généalogiques.. parce que chaque cousin peut avoir des noms de famille différents. Et du coup, on s’y perd assez facilement!

La parenthèse culture générale sur la vie au Brésil s’achève là. En plus de toutes ces découvertes sociales, j’ai aussi fait connaissance avec la musique et la nourriture brésilienne.
Je suis complètement fan de la musique, du rythme, des corps qui dansent et de la joie qui s’y dégage. J’ai pu assister à de la Capoeira, de la Samba et du Forro. Petite préférence pour la Samba. En terme musical, j’ai eu la chance de cohabiter avec un musicien qui m’a donc fait écouter tous les styles, dont les noms m’échappent tellement il y en a. La musique est une culture forte au Brésil. Certaines viennent des esclaves, beaucoup de la mixité des peuples. Elle est jouée dans les rues, dansée par tous les temps. C’est le cœur même du Brésil, et c’est un cœur tellement chaud. J’adore aller en ville et laisser mon corps suivre les sons lointains, jusqu’à débarquer sur un groupe de chanteurs musiciens au milieu du trottoir. J’adore aller dans un bar a samba et voir tous ces sourires sur les visages, et tous ces corps en mouvement, dans la bonne humeur. La vie nocturne au Brésil est tellement attrayante. Il y a des botecos (bars de rue) partout, vendant la bière fraiche et la nourriture facile à avaler, telle des brochettes de viande, de fromage, des pastels, des choses frites.

La musique est toujours en son centre, les gens se réunissent entre amis mais bientôt tout le monde se parle. Il n’y a pas de barrières au Brésil. Au bar tu vas faire connaissance avec tout le monde. À la plage tes voisins viendront discuter avec toi avec plaisir . Tu peux te retrouver dans une conversation passionnante avec une fille ou un mec que tu ne connaissais pas 10 min avant. Il n’y a pas ou peu de jugement au Brésil. Chacun s’habille comme il le souhaite. Chacun vient maquillé ou non. On se sent libre et ça fait du bien. Personne ne me regarde bizarrement quand j’arpente les rues parce que mon visage n’a pas de fond de teint ou de noir aux yeux. Les gens qui dansent la samba sont tout aussi bien en jean baskets, qu’en jolie robe moulante. Chacun est libre, et le seul regard qu’on porte à son voisin est un regard plein d’amitié. Ce genre de ressentiment fait un bien fou 😉 moi qui adore papoter, je me souviens en mars avoir voulu entamer la conversation dans le train direction Lyon avec la personne à côté de moi. J’ai cru que j’allais être brûlée sur la place publique. On m’a regardé tellement bizarrement que je me suis sentie coupable de vouloir une conversation. Puis chacun a fourré le nez dans son téléphone. Pendant 2heures de train..
Au Brésil c’est plutôt l’inverse, si tu parles pas dans le taxi, uber, ou au bar avec la table à côté, ils te trouvent bizarre 😂
Pour ce qui est de la nourriture, j’ai bien compris que les brésiliens aimaient les choses frites, plus que de raisons : poisson frit, frites, polenta frites, pastel, coxinha, gnocchis frits.. bref la friture, et les sodas ! Heureusement il y a d’autres mets plus savoureux et/ou intéressants..
La moqueca , sorte de bouillon de viande ou poisson avec légumes, est excellente. Brayan m’a fait un plat typique de Minas Gerais à base de viande hachée, fromage et polenta recouvrant le tout, un délice. J’ai aussi eu le droit à une soupe de crevette excellente. Je suis une fan absolue des pão de queijo, et de la Farofa (farine de mais ou manioc) à saupoudrer sur les viandes ou autres. J’adore le plat typique de beaucoup de chaumières aussi, le riz avec des haricots rouges. Économique et qui tient au corps. Un plat répandu dans beaucoup de familles car les aliments de bases ne sont pas chers.

Le maïs est aussi des plus courants ici. Pop corn salé ou sucré. Farine de maïs. Polenta. Maïs en repas ou en dessert..maïs à toutes les sauces !
J’adore le simple épi de maïs cuit à l’eau, avec un peu de beurre salé dessus. Ça se vend dans la rue pour 5 reais, c’est excellent et ça cale bien. Je suis moins fan du maïs sucré salé ahaha
J’ai goûté un maïs en espèce de pudding, sucré, avec du fromage dedans. Ça c’était pas top.. par contre j’ai goûté un dessert de Minas Gerais aussi, un flan de mais sucré saupoudré de canellle… une tuerie !
Le Brésil a donc ravi mes papilles, mes sens et ma curiosité 😊
Et puis en attendant d’avoir quelque chose d’intéressant à faire de mes journées, j’allais pas me priver gustativement 😉

Bilan de l’Uruguay

Avant de raconter mon retour au Brésil, un petit bilan en chiffres et en souvenirs de ce petit pays.

L’Uruguay est bien coincé entre ses deux voisins géants, l’Argentine et le Brésil. Malgré sa petite taille et sa petite popularité auprès des Européens et des voyageurs, l’Uruguay n’a rien a envier à ses voisins de continent!!

L’avantage quand ce n’est pas trop touristique, c’est qu’on peut facilement créer des liens avec les locaux, voir des choses plus vraie et découvrir la vraie culture locale .

J’ai passé 23 jours en Uruguay, partie du Brésil pour aller en Argentine en longeant la côte.

Le coût total de ces 23jours est de 410€, incluant nourriture, nuits et autres (cigarettes, souvenirs, visites, fast food )

Je n’ai pas payé un centime en déplacement étant donné que j’ai fait du stop durant tout ce voyage 😊

Voyons maintenant ce que je retiens, autant en positif qu’en négatif.

Coups de cœur :

– La côte côté brésilienne,de Punta del Diablo jusque Cabo Polonio, moins touristique et beaucoup plus vraie. Route en terre, déplacement en calèche et juste des locaux, très peu de tourisme. Une vie simple à découvrir avec joie et respect.

-La gentillesse des urugayens. C’était mon premier pays seule, et mon premier pays avec comme langue, l’Espagnol. Le début a donc été dur, mais je pense avoir trouvé ma place rapidement grâce à l’accueil que m’ont réservé les habitants de ce petit pays. Et je ne parle pas que de cet accueil après échange de monnaie pour dormir, mais bien de l’accueil en général. Le stop a été très facile, grâce à leur gentillesse et leur confiance. Je ne me suis pas sentie une seule fois en insécurité, alors que j’ai parcourue les routes de ce pays avec comme seule présence mon sac à dos.

-Le maté, boisson que j’apprécie énormément tant pour le goût que pour le message qui entoure son partage.

– La leçon de surf à La Paloma. Cet hostel restera dans mon cœur pour le sentiment d’appartenance à une famille que j’ai ressenti dès le premier jour. Je suis d’ailleurs encore en contact avec les propriétaires 😊 et j’ai particulièrement en mémoire la gentille leçon de surf qu’a bien voulu me donner Enzo. Première fois pour moi, ça ne s’oublie pas!

-Et pour finir en coup de cœur, Colonia del Sacramento bien évidemment ❤ plus qu’un coup de cœur pour moi, une véritable ville où j’aimerai ,pourquoi pas, y passer quelques mois ou années. Je recommande 👌

Choses moins positives :

-Je crois qu’il ne m’en vient qu’une seule à l’esprit, et là encore c’est en négatif que j’y pense à cause de mon aventure là bas. Ça ne veut en aucun cas dire que c’est à éviter.. la ville de Punta del Este. Véritable ville balnéaire comme on en fait si bien chez nous. Tourisme de masse, édifices vertigineux et prix qui flambent. Aucun attrait pour ma part, mais très cotée pour les vacanciers brésiliens ou argentins.

En tous les cas, même si chaque pays aura son lot de souvenir, je pense que l’Uruguay aura toujours une place bien spécifique dans mon cœur.. c’est un pays important pour moi..

Le premier pays de voyage seule avec moi même. Le premier pays où j’ai expérimenté le stop. Le pays où j’ai rencontré tant de belles personnes qui font encore partie de ma vie à l’heure actuelle. Le pays où j’ai perdu ma Nina chérie, tellement chère à mon cœur.

Un pays qui a déployé mes ailes. C’est là bas que j’ai enfin ressenti la liberté absolue. C’est là bas que j’ai enfin pu mettre des images et des ressentis sur mes rêves de toujours. C’est là bas que j’ai vraiment compris que le voyage n’était pas juste une chose à penser pendant ses congés, mais bien une partie de moi, que je ne compte plus négliger.

À moi de me mettre sur la bonne route à l’avenir afin de toujours laisser cette même place au voyage dans mon futur ✌

Des larmes aux yeux, et un goût de trop peu

Étrangement, le vol Buenos Aires-Madrid se passera de façon optimale. En effet, je n’ai eu les yeux d’ouverts que pour les deux repas servis à bord. Les onze autres heures auront été passées dans le pays des rêves. Un vol passé rapidement et un repos dont mon corps et mon esprit avaient grand besoin. Je pense vraiment qu’après ces 10 jours de stress intense et de courtes nuits, mon esprit a juste attendu le moment où tout était réglé pour enfin se reposer. Arrivée à Madrid, je décide de prendre le soleil entre mes deux vols et d’aller un peu me dégourdir les jambes à l’extérieur de l’aéroport. C’est à ce moment précis, après ces 12 heures de traitement d’informations par mon cerveau, que je pense avoir réalisé profondément ce qu’il se passait. Le pauvre devait être débordé depuis un moment, et même si j’avais pleine conscience des événements, le fait de revenir en Europe, de retrouver ma monnaie, de sortir d’un avion, m’a directement fait passer à l’étape atterrissage brutal. À partir de ce moment là à Madrid, jusqu’à mon débarquement à Paris, je n’arrêterai pas de pleurer, même pas une seconde. La réalité s’était plantée en face de moi, et je n’avais aucun moyen de l’éviter. En étant en Uruguay, la situation était traitée différemment, mais en mettant le pied a Madrid, toute mon âme a compris pourquoi je rentrais. Je rentrais pour la voir mourir, pour l’enterrer. Je rentrais pour l’embrasser une dernière fois, la caresser une dernière fois. Peut-être quelques heures, peut-être même quelques minutes seulement. Son temps était compté et on ne pouvait rien y faire, à part l’accepter. Et l’accepter, bah c’est vachement dur. Je considère les animaux comme nos égaux, ce sont des âmes vivant dans un corps différent. Ils ont chacun leur caractère, chacun leur couleur, chacun leur façon d’aimer, chacun leur préférence alimentaire.. ils sont nous, sans la parole. Et encore, ils font parfois passer plus de messages par les regards et les actes que certains humains. Ma Nina c’est comme ma fille, ma sœur, ma meilleure amie, mon âme sœur, mes parents et encore tellement d’autres choses. Les liens qu’on développe avec nos animaux sont aussi forts qu’avec nos proches. Et la perte d’un animal est tout autant douloureuse pour moi. C’est un avis personnel, chacun le sien, j’exprime juste ici ce que moi je peux ressentir.
Je me rappelle encore le jour où elle est entrée dans ma vie, un simple dimanche où j’étais seule chez moi, il faisait beau, et où j’avais donc décidé d’aller aux portes ouvertes de la SPA, « juste pour voir ». Je cherchais peut-être un bébé chat à adopter, et encore je n’avais rien chez moi pour l’accueillir, pas de CDI, et un appartement en location seulement. Je suis rentrée dans l’espace chats et je l’ai vue, cette grosse boule de poils de toutes les couleurs, dormant en rond sur un arbre à chat. J’ai été hypnotisée à l’instant même, elle, elle a continué à ignorer son monde, comme elle savait tellement bien le faire. Faut dire qu’elle était belle, c’était la première fois que je voyais une écaille de tortue. Son poil roux brillait au soleil, et les couleurs noires, brunes et blanches se mélangeaient pour encore plus de beauté. J’ai décidé d’ignorer cette attraction et de quand même faire le tour des cages, après tout mon idée de départ était de trouver un chaton. Après environ trois minutes de recherche, j’étais de nouveau debout devant sa cage, à la fixer de loin, un peu effrayée, ne sachant pas quoi faire.
<< -Bonjour, me dit une employée. Vous cherchez des informations?
– Euh, en fait pas vraiment, je suis juste là pour faire un tour.. mais par pur hasard, vous pouvez m’en dire plus sur ce gros chat pleins de couleurs en face de nous?
-Bien sûr! C’est Nina, une femelle de trois ans. Magnifique écaille de tortue, elle vient de Roumanie. Elle est pas trop à l’aise, elle aime pas trop la compagnie des autres chats. Idéalement il lui faudrait une maison sans autres animaux de compagnie, un jardin si possible mais elle peut aussi s’adapter à l’appartement. Elle est pas là depuis longtemps, je connais pas son caractère, mais je peux vous dire que les écailles sont connues pour avoir un fort caractère, dit elle en riant
-Ah.. j’étais prévenue!
-Allez la voir, c’est le meilleur moyen de savoir si le courant passe >>
C’est comme ça que je me suis retrouvée debout, penaude, dans un box de 20chats, à essayer de caresser le seul qui a même pas bougé une oreille pour m’acceuillir. A un moment donné elle a daigné lever la tête quelques secondes, sûrement pour voir la tête de celle qui osait la déranger en pleine sieste. Et là, ça a été la chute fatale pour mon cœur. En à peine deux secondes de connexion, je suis tombée follement amoureuse de ma grosse dinde. Ses yeux verts et jaunes ont juste su comment accrocher mon regard. Je suis sortie de la cage, je suis allée voir l’employée, et j’ai juste dit : je la prends.
Quelques remplissage de papier après, elle était dans mon voiture, dans ma vie, et moi dans la sienne.

Nina, elle connaissait chacune de mes réactions, elle savait quand j’étais triste, et venait immédiatement se coucher sur mon cœur, et me fixer dans les yeux. Pendant trois ans, elle a dormi avec moi, la tête sur l’oreiller, le corps sous la couette, et s’arrangeait pour que toujours une patte touche une partie de mon corps, dans le plus léger des cas. Dans les cas les plus lourds, elle dormait sur ma tête, ou sur mon cou..
Elle savait quand j’avais besoin de réconfort, mais aussi quand j’avais besoin d’être seule. Elle calquait son comportement au mien. Je ne saurai dire si c’était moi qui suivait le sien, ou l’inverse. En tous les cas, nos deux cœurs et nos deux âmes étaient liés. Elle a fait partie de ma vie trois ans, trois ans à la voir tous les jours, à dormir toutes les nuits avec elle. Elle a subi deux déménagements, elle est passée d’un appartement à une maison avec jardin pour son plus grand bonheur. Je connaissais chacune de ses mimiques. Je savais qu’elle aimait avoir de l’eau propre tous les jours, même si elle avait pas fini l’ancienne. Elle adorait boire avec sa patte. Elle aimait rester au soleil. Elle avait peur des papillons et des souris. Elle mangeait jamais de pâtée mais adorait la viande crue. Elle râlait souvent, pour mon plus grand bonheur. Elle était en colère contre les chats des voisins, mais seulement quand le carreau de la baie vitrée la protégeait d’eux. Je savais quand elle était malade dès la première seconde, je connaissais son comportement par cœur. Voilà pourquoi cette perte est si déchirante pour moi, et cette tristesse si immense. Nina, c’est un membre de ma famille, à part entière.

Le vol Madrid Paris fût rapide, et plus dur aussi. Je commençais à trouver le temps long, j’avais envie de rentrer, j’avais envie de retrouver ma famille, et de la retrouver elle. Après avoir récupérer mon backpack, je suis sortie et ai été accueillie par mon papa et ma petite sœur. Ils n’avaient pas changé, seulement beaucoup plus de cheveux pour lui. J’étais ravie de les revoir, malgré les circonstances. La route retour s’est déroulée sans encombre, seulement ma gorge qui se nouait au fil des kilomètres effectués. J’avais hâte de la voir, et j’avais peur aussi. Je savais son état, mais on imagine toujours moins pire pour se protéger. Quand je suis entrée dans ma chambre, j’ai su, j’ai su à quel point son temps était compté. Son poil ne brillait plus, et ses yeux non plus d’ailleurs. Ses beaux yeux jaunes étaient déjà presque éteints. Elle avait perdu tellement de poids que j’osais à peine la déplacer, de peur de lui faire mal. Je savais qu’elle m’attendait pour partir, elle n’avait plus rien a faire dans ce monde. La voir dans cet état a été mon coup de grâce, et même si j’avais tout vidé, mes larmes continuaient de couler. La plupart du temps, elle était silencieuse, ce qui a été d’autant plus dur pour moi car c’était un chat très causant. Le son de sa voix me manquait.
Alors des fois elle miaulait, d’un son tellement rauque qu’elle en était méconnaissable, et ce son là me brisait encore plus que son silence. J’ai dormi avec elle le vendredi, en essayant de ne pas trop bouger pour ne pas la blesser, et de la laisser bien couverte pour ne pas qu’elle souffre du froid. Le lendemain matin, on est parties juste elle et moi pour une balade de quelques heures dans son endroit préféré. Je l’ai baladée dans mes bras, au bord de l’eau, dans l’herbe. Je lui faisais sentir les fleurs et les arbres. Malgré sa faiblesse, je pouvais lire dans ses yeux à quel point elle aimait ce moment. C’était important pour nous deux d’avoir un dernier moment seules. Je lui ai dit tout ce que j’avais à lui dire, parfois en paroles, souvent juste avec le cœur, et tout le temps avec le goût salé des larmes dans ma bouche. On est tous conscients qu’on est de passage ici, et j’accepte cela, mais quand on se rend compte qu’on doit dire au revoir, la raison ne compte plus, seules les secondes qui passent comptent. Plus le temps passe et plus le cœur se serre. On ose pas bouger, à peine respirer. On prie pour avoir seulement une heure de plus, et toutes les heures on renouvelle cette prière. À ce moment là notre cœur est tellement meurtri que si on ne fait pas attention, on peut vite devenir égoïste et ne plus penser à la souffrance de l’autre. Heureusement, j’étais « préparée » pour ça, et même si les aiguilles de l’horloge qui tournaient me donnaient envie de hurler, la seule chose que je lui répétais était qu’elle pouvait partir désormais, que j’étais là, et qu’elle n’était plus obligée de lutter. Malheureusement pour moi, elle était belle et bien en vie juste pour moi. Le samedi soir, après même pas 24heures ensemble, elle est partie dans mes bras, en paix et à la maison, comme elle le souhaitait. On a beau regarder beaucoup de films violents, savoir ce qu’il se passe dans le monde, perdre des proches, notre cœur n’est jamais préparé à un nouveau départ, c’est toujours comme si c’était le premier. Et quand ce départ se passe sous vos yeux, c’est encore plus difficile à oublier. Elle était là dans mes bras, entrain de respirer. Et puis d’un coup, après quelques gesticulations et miaulement rauques, elle était toujours là dans mes bras, mais inerte. Ses pupilles étaient fixes et noires, et sa poitrine ne se soulevait plus à chaque respiration. En 15 minutes, la mort était passée dans mon salon, dans cette maison pleine de vie, et m’avait enlevée mon bébé avec une délicatesse déconcertante. J’étais tellement pétrifiée que nous sommes restées comme ça, moi assise par terre et elle dans mes bras au moins une demie heure. J’osais plus bouger, et puis surtout, je ne voulais pas la lâcher. Si dire au revoir à la vie est difficile, dire au revoir au corps est la dernière étape déchirante de douleur avant le deuil. Tout le monde ressent ça, quand on perd quelqu’un, il a beau ne plus être là depuis trois jours, on s’habitue à la présence sans vie du corps, et quand on le met en terre, c’est comme une deuxième mort.
Je sais que mon papa a attendu le plus longtemps possible pour faire cela, mais il faut bien une personne plus courageuse qu’une autre dans ce type de moment pour passer le pas. Il est venu me voir le dimanche, après m’avoir laissé avec elle suffisamment d’heures, pour me dire qu’il fallait la laisser désormais. J’ai donc lâché mon bébé le dimanche après midi et on l’a enterrée dans mon jardin, sous un beau soleil de février.
Nous sommes le 16 juillet 2019, cela fait exactement cinq mois qu’elle est partie. Je ne dirai pas qu’elle m’a quitté, car je sais très bien qu’elle est là, et qu’elle le sera toujours. Ça fait 5mois qu’elle est partie, et je pleure encore comme le premier jour.
Je me souviens très bien du jour où elle est entrée dans ma vie. Mais je n’oublierai jamais la nuit où elle en est sortie.

Je suis restée deux mois en France, et ce n’était pas de trop, pour panser mon cœur, remettre de l’ordre dans mes pensées, remettre mon corps en état et profiter de famille et amis. Pendant ces deux mois, j’ai entretenu le contact avec Brayan. On se disait qu’il fallait qu’on se revoit, mais on savait pas trop quand et puis comment. J’ai aussi mis au clair le début de mon voyage, fais le point sur ce que j’avais aimé, moins aimé, ce que je pensais qu’il me manquait. Au fil des semaines, j’ai pris conscience que je voulais connaître encore plus profondément une culture avec ses traditions et us et coutumes et une langue, avec ses tics de langage. Et que je voulais approfondir cette envie d’aider les autres. J’ai pris conscience aussi de ce goût de trop peu, de ce goût d’inachevé. Je voulais repartir sur les routes. Je voulais continuer mon apprentissage des autres, et de moi même. Le choix a été simple. La seule personne qui était prête à m’accueillir pour 3mois était Brayan. C’était aussi la seule personne avec qui j’envisageais une colocation possible et vivable pour nous deux. Et c’était aussi le seule personne que je retrouvais avec joie. J’ai donc repensé mon itinéraire à partir du Brésil, en incluant les mois sur place, le budget et les saisons. Je savais qu’en passant deux mois en France, et trois au Brésil, je ne verrai pas tous les pays que j’avais sur ma première liste en décembre. Mais cela importait peu, je voulais la qualité, et non la quantité.
Je me suis donc envolée vers Vitoria au Brésil le 27 avril 2018, pour de nouvelles aventures humaines !
Pour une fois, le filet d’espoir, jeté dans la mer des au revoir des amitiés de voyages, revenait plein. J’allais revoir le garçon avec qui j’avais terminé mon voyage, comme si la boucle n’avait pas été bouclée. Comme si ces mois en France n’étaient qu’une parenthèse, qu’un mode « pause » sur le film de ma vie. Je suis revenue au même point où je suis partie, et j’ai retrouvé le même visage que j’ai quitté en dernier à Buenos Aires. Et nous en étions ravis tous les deux.

Une dernière vague de bonheur avant un départ à vous briser le cœur

Après une petite empanada chacun et une tournée de coca cola pour faire le plein de sucres, nous sommes contraints de quitter notre chambre sous un ciel chargé de nuages. Nous sommes à 6km de la route principale, autant dire une bonne heure et demie de marche avec nos sacs remplis à bloc.
Heureusement pour nous, il ne pleut pas, et le vent rafraîchit chacun de nos pas. Même si je suis habituée, porter 15 kilos sur le dos n’est pas chose aisée tous les jours. Et puis je pense que le poids de la tristesse se fait sentir aussi puisque plus les jours avancent, et plus je traîne des pieds. Mon cerveau pompe toute mon énergie à la recherche d’une solution, d’un souvenir, d’un espoir. L’idée de rentrer en France prend de plus en plus de place, et donc avec elle vient la gestion de mon voyage et de mon budget. Autant dire que je n’ai pas vraiment la tête à faire du stop et que sans Brayan, j’aurai sûrement abandonné et pris un bus, n’ayant pas l’envie de rester plantée dehors à attendre l’inconnu. Comme quoi, même si notre corps est à des milliers de kilomètres, notre cœur ne quitte jamais les gens qui nous aimons. C’est avec ce flot de questions que mon corps avance machinalement, et je suis tellement loin dans mes pensées que je sens à peine les premières gouttes tomber. Mais rassurez vous, dame Nature n’est pas du genre à se faire discrète, et il ne lui a fallu qu’une vingtaine de secondes pour me ramener à la réalité. La pluie s’invite, c’est l’occasion de tester mon super K-way qui pour le moment attendait patiemment dans mon sac. Nous marchons donc contre vent et pluie gelée, et comme dans tous moments de crise, il faut savoir s’adapter, je décide donc de tendre mon pouce en continuant à marcher, on ne sait jamais!
Je pense que le chauffeur a surtout eu pitié de nous, puisqu’à peine cinq minutes après avoir commencé, un pick-up s’arrêtera pour nous. Il ne nous amènera pas loin, environ 5kilomètres, mais bien sûr quand on fait face à ce genre de météo, on n’est pas très regardant! Le temps qu’il nous dépose, le soleil repointe le bout de son nez. Nous choisissons un endroit stratégique avec abri bus pour épargner nos sacs de la pluie, et patientons pour nos prochains chauffeurs. Brayan me demande alors quel type de gens s’arrêtent le plus pour moi depuis le début. Je réponds que ce sont généralement des travailleurs, plutôt des hommes même si j’ai eu deux femmes, avec des voitures assez usagées. J’ai l’habitude de me prendre un vent par les belles voitures brillantes ou les personnes âgées. Nous débattons sur ce fait, avéré ou non, qui est que généralement les gens un peu plus aisés ou plus âgés n’ont pas le temps, ou ont peur de voyageurs solitaires et donc ne s’arrêtent pas. Je pense que c’est la même chose en France, et dans d’autres pays. Vous chers lecteurs, avez vous déjà pris un auto stoppeur dans votre vie? Si non, posez vous la question de pourquoi vous ne vous êtes pas arrêtés en passant devant? Peur d’être volés? Agressés? Pas de temps à perdre? Pas l’envie?
La peur est un des pires sentiments, il est naturel et peut prendre une place inconsidérée. Quand on laisse la peur prendre le dessus, on s’éloigne généralement de son prochain. La peur nous fait devenir solitaire. Bref, nous débattions sur cela, quand encore une fois, le destin, l’univers, Dieu, le karma, appelez ça comme vous voulez, s’en est mêlé et nous a apporté une autre version .

Effectivement, ce sera une berline noire flambant neuve avec siège en cuir qui nous prendra, avec à son bord un couple de retraités ahahah. Quelles sont bonnes les blagues de la Vie 😊 Toujours là où on les attend le moins ! Du coup on en a rit aussi, de ce fabuleux « coup du sort ». Ce couple adorable a souvent voyagé. Il fait partie d’une bande de motards qui part à l’aventure dans d’autres pays, et il a aussi voyagé en stop durant sa jeunesse. Une super rencontre! Et ça ne s’arrête pas là, puisque voulant à tout prix nous être les plus utiles possibles, ils décideront de nous déposer pile poil devant la porte d’une auberge de jeunesse à Colonia del Sacramento, ville visée au départ. Ces gens adorables, décideront aussi de faire deux détours pour nous montrer leur plage adorée. Ils sont fiers de nous faire visiter, ils nous arrêteront même devant un monument et prendrons une photo de nous. Mieux qu’un taxi, mieux qu’un tour opérateur, mieux qu’un bus, merci la Vie ! Le lendemain de notre record de lenteur, on fait donc un record de vitesse, puisqu’en deux voitures et moins de deux heures, nous arriverons à destination. Comme quoi, faut jamais perdre espoir. Après les tempêtes vient le beau temps.

Le 10 fevrier 2019, nous choisissons un hostel et payons pour deux nuits.
Cette ville a été mon véritable coup de cœur de ce magnifique petit pays. C’est une ville coloniale, avec ses rues pavées, ses arbres bordant chaque allée et sa mer agitée balayant les rochers. J’ai aimé me balader à l’ombre des grands arbres verts, à sentir les pierres sous mes pieds et le vent dans mes cheveux. Ce sont toujours les vieux bâtiments, l’Histoire, qui me fait le plus d’effet. J’ai donc était servie avec ses ruelles étroites, ses hauts murs de pierre et ses vieilles voitures garées le long des chemins. Malgré mon humeur en dent de scie, je peux vous dire que deux jours à Colonia del Sacramento m’ont parus l’éternité au paradis.

J’étais tellement bien, je me sentais à ma place, faisant complètement partie de cette ville comme si j’y été déjà venue. Nous avons bien profité de ces deux jours pour visiter, faire plus ample connaissance et laver nos vêtements.(très important quand on fait du stop sous 38 degrés et que les vêtements n’ont pas vu une machine à laver depuis un mois mdrrr).

Une après midi, nous sommes partis en direction de la plage, en coupant à travers bois. La nature m’attire, bien plus que les bâtiments. C’est cette Terre et ses beautés qui apaisent mes maux. J’avais donc bien besoin d’une pause tranquillité et silence entourée de chants d’oiseaux et du bruit du vent dans les feuilles des grands arbres. Nous avons donc traversés cette forêt avec une lenteur exagérée, exprès pour profiter de chaque seconde à l’ombre de ces témoins du temps passé. Nous sommes arrivés sur un bout de sable, une mer agitée en guise de spectacle. Le vent soufflait, mais c’était tellement bon de pouvoir respirer. Nous sommes restés là, assis sans rien dire, pas parce que nous n’avions rien à nous dire, mais parce que nous profitions simplement de l’endroit où nous étions sans le polluer de bruits superflus. Après une vingtaine de minutes silencieuses, nous nous sommes rapprochés pour partager une cigarette et des mots. Essayer de mettre en lumière ma situation et mes options est beaucoup plus simple quand on a l’esprit clair et qu’on reste seuls. Puis c’est l’heure de partir à la recherche d’un autre endroit où s’émerveiller, parce que ma soif de découvertes n’est jamais vraiment apaisée.

Pour rentrer, nous choisissons un chemin différent qu’à l’allée, sait-on jamais! Quelle bonne idée mes amis ! Nous sommes tombés sur le plus bel endroit que j’ai pu voir depuis un moment. Loin de moi l’idée de classer les endroits, chacun est merveilleux, mais il y en a qui nous touchent directement le cœur, à la première seconde où nous posons les yeux dessus. Ce fût le cas pour moi, en cette fin d’après-midi, quand mes yeux se sont posés sur ce petit lac. Situé à peine à 400 mètres de la plage, c’était un petit lac calme d’un bleu profond. Bordé simplement par des arbres et des arbustes, avec quelques pierres grises au bord, posées la comme si c’était fait exprès pour faire ressortir la couleur de l’eau. Simplement éblouissant, j’avais pas les mots. On s’est juste assis là, au dessus de l’eau, à regarder notre reflet parfaitement visible tant l’eau était calme. On entendait le bruit des vagues, mais rien ne bougeait dans ce lac. Quelques papillons et libellules tentaient en vain de faire vivre ce tableau figé. Figés nous l’étions aussi, en complète admiration devant les cadeaux de Mère Nature.. Je n’arrivais même pas à détacher mon regard de l’eau. Cette eau si calme, si limpide, si acceuillante. Ce fût pour moi, un des meilleurs endroits en Uruguay, et le meilleur de Colonia.

Nous avons vraiment passés de supers moments de repos, de discussion, de visites ou de soirée musique à parler de tout et de rien. Et puis certains moments, je les passais accrochée à mon téléphone, tentant en vain de trouver une solution le plus rapidement possible. Ma décision était prise, malheureusement il n’y avait plus rien à faire pour la sauver, mais il était hors de question de la laisser partir sans moi. Il fallait donc que je rentre le plus vite possible en France, le vétérinaire ne lui donnant que jusqu’à la fin de la semaine.
Brayan m’a encore surprise par son attention. Il m’a fait à manger quand j’avais même pas la motivation pour lever une petite cuillère. Il allait me chercher un café le matin avant que le petit déjeuner soit fermé car je restais au lit. Il me roulait mes cigarettes quand mes mains étaient secouées de sanglots. Il me regardait pleurer et attendait le bon moment pour faire une blague. Étrangement, il a toujours su comment m’approcher, sans jamais me blesser ou me faire fuir encore plus. Il n’est pas aisé de rencontrer une personne quand elle traverse un moment de tristesse, mais il a su respecter les barrières que je montais sans m’en rendre compte, et a réussi à les traverser sans me heurter. Une douceur née, une empathie qui fait du bien suivie d’un esprit d’analyse vif et d’une ouverture d’esprit à toute épreuve. Je ne remercierai jamais assez l’Univers de l’avoir mis sur mon chemin. Il a été la meilleure compagnie que je puisse avoir.

Une nuit de plus à Colonia sera nécessaire pour préparer mon départ. Étrangement, Brayan reste à mes côtés, il a encore des jours de vacances mais il reprend une nuit et décide de passer la frontière de l’Argentine avec moi. Ça fait du bien ce genre de personne dans la vie. Le 13 février, je reste donc toute la journée à l’hostel, afin de trouver le meilleur vol , le plus rapide et tenter de pas perdre un membre dans le paiement de celui-ci. Je trouve un vol pour le 14février à 22h à partir de Buenos Aires. Arrivée en France prévue le 15 vers 19h. Je serai donc aux environs de minuit auprès d’elle, et de ma famille.
En parlant de famille, la mienne c’est du pur amour. Je ne les remercierai jamais assez de supporter mon voyage. Mais aussi d’avoir été là quand j’étais mal.
Si Brayan a été présent physiquement pour m’épauler, mes deux soeurs et mes parents ont été présents à chaque secondes par la pensée et par téléphone. Ils m’ont été d’une aide précieuse, parce que ce sont eux qui ont pris soin de Nina pendant cette semaine d’enfer. Ils allaient la voir tous les jours chez le vétérinaire. Passaient du temps avec elle alors qu’ils travaillaient. M’envoyaient des photos d’elle. On s’est même appelés en haut parleur pour qu’elle puisse entendre ma voix et que je lui dise de tenir bon, que j’arrivais. Une famille comme ça, c’est de l’or. J’suis bien contente et fière de faire partie de cette famille.
Après avoir payé mon avion, Brayan et moi allons chercher nos tickets de bateaux pour arriver en Argentine. Le lendemain matin, après avoir fait nos sacs, je dis adieu à l’Uruguay, et bonjour à sa voisine Argentine. La traversée prendra une heure et demie, et une dizaine de minutes pour la frontière. Nous voilà dans la capitale, Buenos Aires.

Mon vol n’étant que le soir, nous allons poser les affaires de Brayan à son hostel, et profitons de cette dernière journée ensemble avant mon retour. Une visite de la ville et un burger plus tard, c’est l’heure de partir.
Ça fait une semaine que nous sommes ensemble chaque minute, que nous voyageons ensemble, que nous galérons ensemble ou que nous partageons la joie. Les adieux sont difficiles pour nous deux, nos yeux brillent un peu, notre sourire est un peu coincé, surement parce que si on ouvrait trop la bouche, la déception qui noue notre gorge deguelerait.
On se promet de se revoir, un peu comme à chaque au revoir dans un voyage. Ces paroles qu’on jette comme un filet dans la mer d’espoir mais qui revient toujours au rivage vide de retrouvailles. Promesses d’âmes d’enfants, pour qui tout est possible et rien n’est un frein.

Après un taxi jusqu’à l’aéroport, et une attente pour embarquer, je monte dans mon avion direction Madrid, deux mois à peine après mon départ, avec le même goût d’appréhension dans la bouche. Malheureusement pas pour les mêmes raisons..

Une première fois, et des bras comme toit.

Je suis un peu anxieuse à l’idée de partager mon voyage plus profondément que des discussions en auberge de jeunesse. C’est la première fois que je m’apprête à tendre le pouce avec quelqu’un à mes côtés. Avec quelqu’un qui, de plus, n’en a jamais fait. Cette situation me fait sourire, puisqu’en donnant mes « conseils » à Brayan, je me revois trois semaines auparavant, à tendre le pouce pour la première fois de ma vie, sous le regard bienveillant de ces deux jeunes argentins. Je suis heureuse de partager la partie de ce voyage qui me procure le plus de libertés. Passer l’envie à d’autres, quand on sait ce qu’on ressent en le faisant, c’est grisant. C’est comme si je lui avais donné un bocal de bonheur! L’inquiétude est là aussi, forcément. Moi qui ai toujours trouvé des voitures en 15minutes maximum, je m’interroge sur les changements qu’une présence masculine pourrait apporter à ce délai. Le fait d’être une fille m’avantage et j’en ai conscience, mais aussi le fait d’être seule. La plupart des gens qui m’ont prise avaient une voiture avec une seule place assise à leur côté. Être deux , avec deux gros sacs, à demander un coup de main, va sûrement compliquer un peu les choses. Je m’inquiète aussi sur son comportement. Une journée de stop, c’est une centaine d’émotions réunies. La peur, l’appréhension, l’ennui, la joie, la déception, la fatigue, la colère et j’en passe.. je l’ai briefé autant que possible sur les probabilités qu’on attende, sous le soleil ou sous la pluie. Qu’on ne trouve rien à manger ou qu’on dorme dans la rue si on atteint pas notre but au soir. (chose qui ne m’est jamais arrivée depuis le début de cette aventure). Nous nous lançons donc au départ de Montevideo, direction Nueva Helvecia à plus d’une centaine de km de la capitale. Nous marchons une vingtaine de minutes avant d’atteindre un endroit qui me parait bien pour commencer le stop. Un premier chauffeur s’arrête assez rapidement, le premier pour Brayan qui arbore un sourire d’enfant à Noël. Ce vieil homme fort sympathique ne nous avance que de dix kilomètres, mais on prend ! Un deuxième homme nous prendra dans sa voiture après un temps d’attente assez raisonnable, et nous déposera à 90 km de notre destination. Nous sommes à l’entrée d’un village, près d’un arrêt de bus, au bord d’une double voie rapide. Toutes les conditions sont réunies pour trouver une voiture rapidement! Notre enthousiasme de partager cela ensemble rend le moment plus qu’agréable puisque nous dansons au bord de la route, imaginons des petites chorégraphies pour faire rire les chauffeurs et enchaînons blague sur blague. Le soleil est au rendez-vous, il est 14h et il fait 38°C . Après une heure sans voiture, on décide d’aller prendre une pause à l’ombre et chercher de l’eau fraîche. Le soleil c’est bien, mais pas quand on est planté comme un piquet près de l’asphalte. Je commence à rougir, et Brayan est au niveau encore au dessus de moi. Nous reprenons des forces et un stock de blagues avant de repartir à l’assaut de notre futur compagnon de route.

Quelle surprise pour moi quand je vois les heures défiler.. je bats mon propre record de 3h qui datait de ma première expérience en stop, puisque nous attendrons en tout plus de 6heures au même endroit! Record de lenteur battu! À partir de 18h , nous avons décidé d’aller faire un tour dans le village pour trouver de l’ombre et faire un peu fonctionner les jambes. C’était un village plutôt pauvre, avec pas grand monde dans les rues. Nous étions donc facilement repérables avec nos gros sacs à dos et notre peau aussi rouge que celle d’une écrevisse. Un homme, qui travaillait dans sa petite cour, nous repère, et commence à discuter. Je ne comprends pas tout, mais je comprends qu’il veut savoir d’où l’on vient. Il s’approche de nous, traversant le dépotoir qui lui sert de jardin. Grand et maigre, torse nu, il chauffe et travaille du bambou pour en faire des bibelots ou des accessoires de cuisine. Le toit de sa maison est fait de taule, son jardin est encerclé d’un mur sommaire en brique. Il nous invite à le suivre dans sa cour improvisée. Brayan n’est pas du tout partant, et me demande de continuer notre chemin. Je décide donc de suivre l’homme, qui tenait une machette dans sa main droite. Ma conscience ne m’a pas alerté, et pour cette aventure, j’ai une totale confiance en moi même. Il nous retourne un seau pour qu’on puisse s’asseoir et appelle sa femme. La seule chose que cet homme osera nous demander, c’est si nous voulons de l’eau fraiche. Une demande que j’accepte avec joie. La jeune femme nous amène leur bouteille d’eau, sortie du frigo. Ils sont si heureux d’avoir des étrangers chez eux. Je ne pense pas qu’ils croisent des backpackers tous les jours. Après quelques mots d’espagnol nous reprenons la route, cette route qui personnellement me surprend un peu plus chaque jour. Loin des nôtres et de notre sécurité, nous donnons notre confiance beaucoup plus facilement. Le voyage ouvre des portes, émotionnelles et personnelles. Nous traversons le village et discutons de nos possibilités:
1) reprendre le stop en sachant que la nuit tombera dans une heure et qu’on est à 90km de Nueva Helvecia. Prendre donc le risque de trouver une voiture qui nous arrêterait à mi chemin en pleine campagne
2) reprendre le stop une seule heure et choisir la voiture si quelqu’un s’arrête
3) rester dormir dans cet abri bus et manger nos dernières bananes. Ou toquer aux portes pour dormir chez l’habitant
Nous décidons de refaire du stop jusqu’à la tombée de la nuit. L’océan est à environ deux km de nous de l’autre côté de la route. Je propose donc a Brayan d’aller nous baigner la bas pour nous rafraîchir et de dormir sur le sable si nous ne trouvons pas de voiture. J’allume une dernière cigarette en lui disant que quand elle sera terminée, il sera temps de prendre nos sacs et de passer au plan « camping sauvage » . Il me dit « celle ci c’est la bonne ». Nos regards se croisent et on rigole de cette blague, sachant que cela fait 6h qu’on est plantés ici. J’entends des cris lointains, je décroche mon regard du sien et tourne la tête. Une petite équipe de locaux, assis sur une bute dominant la route afin de pouvoir observer les deux étrangers faire du stop, agitent leurs bras dans tous les sens. Je suis des yeux ceux d’un enfant qui courait vers nous, pour me rendre compte qu’une voiture s’était arrêtée à peut être 500mètres de nous, depuis quelques minutes apparemment. Aucun de nous deux ne l’avait vue s’arrêter, et si les enfants n’avaient pas crié, on aurait loupé la seule voiture qui aurait daigné nous prendre depuis ces 6 dernières heures ! On court jusqu’à la voiture, annonçant qu’on cherche à aller à Nueva Helvecia, et là croyez moi ou pas, le chauffeur nous indique que c’est exactement sa destination, puisqu’il habite dans ce village! Je crois qu’on a tous les deux crié de joie, et si on avait eu le temps, on en aurait dansé! On monte donc à bord avec ce sympathique chauffeur qui parle un anglais excellent. En plus de sa conduite, il nous aidera à trouver un endroit où dormir. Il ira toquer pour nous chez une femme qui loue des chambres, mais qui n’est connue que des locaux. Nous arrivons donc sains et sauf, rouges pivoines et complètement crevés, dans notre chambre à 21h30. Ça mes amis, c’est ce qu’on appelle une bonne journée.

Un repas frugal (j’avais un oignon et des pâtes dans mon sac), et une douche carrément méritée, et nous nous écroulons de sommeil tous les deux. Le sourire aux lèvres pour moi, puisque je me rend compte que j’ai trouvé le compagnon de voyage idéal, autant pour les visites que pour le stop. Son enthousiasme n’a jamais baissé, ses efforts non plus. En plus d’avoir le moral, il remonte le mien à coup de blagues ou de petits pas de danse. Dans ce brouillard personnel que je traverse, sa compagnie est en quelque sorte salvatrice.
C’est vers 9h le lendemain que mes yeux s’ouvrent difficilement. Aucune alarme brutale pour rythmer mes débuts de journée depuis ce 28 décembre, seulement l’éveil de la nature. Mais pour la première fois, ce ne sera ni le soleil ni les oiseaux qui auront l’audace de me réveiller, mais bien la pluie.. premier jour de pluie pour moi en Uruguay! Nous avions prévu de visiter Nueva Helvecia dans la matinée avant de reprendre le stop, mais vu le déluge, j’ai préféré m’abstenir. Surtout qu’il y en a un qui est en pleine récupération de cette journée épuisante au bord des routes, et qui dort comme une pierre! Le « beau au bois dormant » daignera me faire l’honneur de sa compagnie vers 11h.. une bien belle grasse matinée méritée. Et un temps de solitude pour moi qui m’a fait le plus grand bien. En ouvrant les yeux ce matin là, je me suis empressée d’ouvrir mon whatsapp à la recherche du message matinal de la part de mes parents. Moi qui ne suis pas du tout technologie, je suis greffée à ce téléphone depuis maintenant 5jours. Ce ne sera pas ma mère, mais ma petite sœur qui m’apprendra la dernière nouvelle.. maman ayant rendez vous avec le vétérinaire, j’attendais avec impatience le résumé de cette discussion. Il fût clair et sans appel : elle ne s’en sortira pas, et elle n’en a plus pour longtemps. Un traitement est envisageable, même si le vétérinaire est sceptique face à l’étendu des dégâts. Mon moral était donc de ton avec le temps.. peut être est-ce même moi qui l’ai influencé. En 5 jours, les événements se sont accélérés, les mauvaises nouvelles aussi, et avec elles, l’espoir d’un futur meilleur pour Nina s’envolait. Je m’en voulais de ne pas être auprès d’elle. Je m’en voulais de laisser ça à ma famille. C’est mon bébé, c’est moi qui suis allée la chercher à la SPA, et je n’étais pas capable d’être là quand sa santé se faisait la malle. Heureusement pour moi, ce partenaire idéal de voyage était aussi doté d’une extrême sensibilité, mêlée à un doux respect de la vie privée. Sans jamais rien demander depuis qu’il me voit pleurer, il est juste venu s’asseoir à côté de moi afin que je pose ma tête sur son épaule. Il a patienté le temps qu’il a fallu pour que j’arrête de pleurer, sans rechigner parce qu’il pleuvait sur ses pieds ou parce que son épaule s’endormait. Il m’a laissé faire mon sac en silence, et est parti nous acheter à manger. J’ai pris conscience de la sensibilité avec laquelle il voyait les gens quand il est revenu de ses petites courses avec une tablette de chocolat pour moi. Toujours sans rien dire, juste en me souriant, et en me disant qu’il se souvenait que je mangeais du chocolat quand j’étais triste. C’est pas grand chose pour certains, c’est à peine une fraction de seconde pour cette journée. Mais pour moi, ces simples gestes ont fait l’effet d’une bombe de bonheur dans tout mon organisme. C’est quand rien ne va, qu’on se rend compte qu’on banalise trop de choses. Je me souviendrai toute ma vie de qui il a été pour moi. Un parfait inconnu encore deux jours avant, qui m’a tellement bien cernée qu’il savait où et quand être là. Qui savait écouter, et ne parlait jamais sans peser ses mots. Qui savait faire face à mon orage de tristesse avec un sac rempli de blagues, et de chocolat.
Comme dirait une auteure de cœur pour moi, le parfum du bonheur est plus fort sous la pluie.
Et sous la pluie nous y sommes, puisque nous reprendrons notre stop direction Colonia del Sacramento avec elle.

Une belle capitale, et une rencontre fort amicale.

C’est avec trois chauffeurs différents et après seulement 4 heures, que j’arrive dans la capitale uruguayenne, Montevideo. Pour la deuxième fois seulement, j’avais réservé à l’avance mon hostel dans une ville. Effectivement, en discutant avec Ana à La Paloma, j’avais découvert avec enthousiasme que mon avancée me permettrait d’arriver à la capitale au moment des Las llamadas. Et ne voulant pas me retrouver à la rue, ou dans des endroits chers, j’avais préféré anticiper. J’arrive donc au Blanes hostel pour quatre nuits.. et une tonne de surprises.
C’est dans une ancienne bâtisse tout en hauteur que j’entre, accueillie par un magnifique bouvier bernois.

L’ancien ascenseur est utilisé comme bureau pour le staff, la cuisine dispose d’un magnifique puit de lumière, et la terrasse, d’une piscine! Et enclavée dans une ville, j’apprécie encore mieux cette piscine, car ici, les degrés montent rapidement.. Ma chambre partagée avec 9 autres voyageurs se trouve au sous sol, et j’y accède en enjambant des matelas entassés à même le sol et sous l’escalier.. il y a l’air d’avoir du monde la dedans!
Pas de bol pour moi, mon lit est celui du haut. Et j’ai remarqué qu’ici les lits doubles n’existaient pas réellement.. plutôt un deuxième lit simple, ses pieds posés sur le premier. Il faudrait donc avoir une connaissance d’escalade pour accéder au précieux sésame! Mon habitude pour ces quatre nuits sera donc de démarrer du lit sous le mien, pour lancer une jambe sur celui du haut en face de moi, afin de pouvoir me hisser comme je le peux sur le mien. Autant vous dire qu’il n’y avait là aucune grâce, mais plutôt l’image d’un phoque roulant sur ses rochers ahah. Je peux vous dire qu’une fois montée, j’y restais !
La première soirée se passe sans encombre, je décide de remplir le frigo pour mes quatre prochains jours et en profite pour changer mes habitudes alimentaires afin d’éviter toutes carences. En mangeant, je fais la connaissance avec un couple de français tout droit débarqués d’Asie. Premiers français pour moi en Uruguay, et étonnement, je me suis rendue compte que ça ne me faisait ni chaud ni froid d’être avec des français ou de parler ma langue maternelle. Ce sera donc la seule fois où j’échangerai avec eux. Comme à mon habitude, je préfère me fondre dans la vie locale au maximum, quitte à ne comprendre que la moitié de ce que l’on me dit. J’aime les challenges, et fréquenter des français à l’autre bout du monde n’en est pas un! Et puis de toutes façons, j’aime être seule. D’autant plus que des nouvelles journalières de France me parviennent quant à la santé fragile de ma chatte Nina, et quand c’est comme ça, je préfère me tourner vers mon moi intérieur que vers d’autres. C’est donc dans cet état d’esprit que je rencontre Brayan la première fois. La larme à l’oeil après avoir raccroché avec mon papa, il me croise dans le couloir et me sourit timidement. Je vous avoue ne même pas avoir fait attention à lui plus que ça, mes pensées étant en France.

Je me décide tout de même à aller visiter la capitale dans l’après midi. Je suis étonnée par sa beauté! Moi qui n’aime pas les grandes villes, elle a su me faire baisser la garde. Les bâtiments sont impressionnants de beauté et de hauteur. Je regarde plus en l’air que la route que je prend. Tout est beau, tout est imposant, tout est accueillant. Je m’éloigne de l’artère principale toutes les 5 minutes, dès que j’aperçois au loin un bâtiment qui pourrait me plaire. C’est comme cela que j’arrive dans un petit parc couvert d’arbres verts, où des chanteuses de rue poussent la voix. Je suis libre de toutes contraintes, et c’est avec un grand sourire que je m’y arrête plus d’une demie heure pour apprécier ce moment. Des banderoles de drapeaux colorés décorent la place, les gens sont regroupés devant la petite scène de fortune.

La joie pourrait se voir tellement elle est puissante. Tous rient, tous dansent, certains timidement, d’autres sans complexes. Les chansons s’enchaînent, le soleil est au beau fixe, et le moral aussi. Après cette pause heureuse, je traverse un marché artisanal. Que de beauté! Chaque artisant est assis à côté de ses créations, et explique avec joie son travail, sa passion, sa créativité. Tout y passe, décoration d’intérieur, bijoux, cuir, vases, pot de fleurs en bois, vêtements en laine.. un petit havre de paix. Après une grosse heure et demie de marche et de photos, j’arrive aux portes de la vieille ville. Je décide de ne pas les franchir afin d’avoir tout le temps nécessaire le lendemain pour flâner dans ses rues (j’adore les vieilles villes).
Mais l’ambiance est bien trop gaie pour que je rentre, je pose mes fesses sur un banc au soleil, et sors mon livre au milieu d’un parc fleuri, autant par la végétation que par les rires. Après un bon petit repas français, qui a attiré bien des curieux et conquis de nombreux palais, je m’apprête à me rendre aux Las llamadas pour la première soirée. C’est d’ailleurs grâce à cette quiche aux poireaux que je m’attire la sympathie de deux chefs en vacances. L’un est argentin, l’autre colombien, et tous deux n’auront de cesse que de me faire goûter leur plat à chaque repas. Même si je n’étais pas là, ils m’en gardaient au frigo! Quelle chance pour moi ahaha. Les Las llamadas ou les appels, en français, sont un mini carnaval de deux jours qui a lieu seulement dans la capitale. Il a pour but de lancer le gros carnaval quelques semaines après, en donnant déjà le ton. J’arrive donc au point de passage des troupes, où j’ai l’impression que toute la ville y est cantonnée. Je trouve un petit coin pas loin de la fin du parcours et décide de m’y arrêter.

Cette soirée aura été surprenante de part sa jovialité, autant que de part le comportement de l’homme qui me servait de voisin. Effectivement, celui-ci débute la conversation avec moi en toute gentillesse. Il me propose une cigarette que je décline, puis se rapproche. La nouvelle troupe du défilé arrive. Les couleurs se voient au loin. Des hommes brandissant le drapeau de la troupe arrivent en premier, et font hurler de joie la foule lorsqu’ils rasent nos têtes avec le tissu flottant. Après eux arrivent les danseuses.. parées de robes à paillettes, de fleurs et de talons, elles bougent en rythme en se tournant vers la foule. Le code couleur est respecté pour tous, des portes drapeaux aux musiciens. Viennent ensuite les « couples de vieux ». Ils représentent les anciens (souvent beaucoup plus respectés ici, avec qui on vit jusqu’à leur départ). Le défilé des barbes blanches, qu’elles soient vraies ou non, est un régal. Les hommes dansent, prenant appui sur une canne, et exagérant les boitements. Les femmes sont parées de chapeaux nobles ou de tabliers. Après ces couples malicieux, vient le jongleur, qui fait virevolter ses balles à des hauteurs qui vous donneraient un torticolis. Il est généralement accompagné d’au moins tous les enfants du quartier, qui rient à chaque jongle loupée. BOUM, BOUM, BOUM..je vais enfin voir les responsables de toute cette ambiance. En dernière position se placent les musiciens et leurs tambours. Une quarantaine en marche militaire, le visage peint aux couleurs de leur groupe, tapent avec ferveur sur le cuir tendu. C’est donc eux qui font bouger tout un peuple à la seule force des mains! Et de la force, ils en ont, puisque la tradition veut que la soirée soit considérée comme réussie lorsque le cuir du tambour est recouvert de leur sang. Ils donnent tout ce qu’ils ont pour ces las llamadas, de la sueur, des ampoules au pied, du sang en moins.. C’est impressionnant! Et cela continue toute la soirée, puisque ce sont pas moins de 40 groupes qui s’affrontent pendant ces deux nuits. Toujours la même façon de défiler, toujours dans le même ordre, mais chacun sa bannière colorée et les costumes qui vont avec. Pendant ce temps là, mon voisin est de plus en plus insistant. Il me propose une bière, que je décline également, avant de me donner de l’argent afin que j’aille m’acheter une bière… C’est très gentil monsieur, mais non merci, gardez votre argent ahahah .
Plus bizarre encore, il se permet de me prendre en photo « discrètement » et de l’envoyer à ses amis sur whatsapp, tout ça sous mon regard ahuri. J’ai commencé à sentir le roussi quand son ami a débarqué.
Après quelques regards malaisants et des sourires qui l’étaient tout autant, j’ai décidé d’écourter ma soirée et de rentrer, profitant de leur envie d’aller s’acheter une bière pour filer !
Ça ne m’aura pas empêché d’apprécier ce magnifique défilé et ce peuple en folie, et d’y retourner le lendemain. Agréablement, cette seconde soirée je ne la passerai pas seule. En rentrant des las llamadas, j’ai recroisé Brayan près de la piscine, et il s’est décidé à me parler. Étonnement et soulagement quand il a engagé la conversation en anglais. Enfin une langue que je maîtrise, afin d’approfondir un peu les sujets de discussion! Nous avons donc fait connaissance et décidé de visiter la vieille ville ensemble le lendemain, puis d’aller aux appels le soir même. Brayan est quelqu’un d’ouvert, de calme, d’intelligent, de compréhensif et d’empathique. Des caractéristiques qui sont aussi ancrées en moi, d’où le fait qu’on ne pouvait que bien s’entendre. Le samedi après midi, nous allons donc en ville ensemble, à la découverte de son histoire, grâce à ses bâtiments. Je m’étonne du peu de monde en centre ville pour un samedi. Tous les stores de magasins sont fermés, et les rues de la capitale sont quasiment désertées. En Amérique du sud, on ne plaisante pas avec la notion de week-end! Nous partageons beaucoup, sur la vie, la politique, l’écologie, les voyages etc etc.

C’est avec un plaisir partagé que nous nous rendons donc à la deuxième et dernière soirée de carnaval. La veille, c’était blindé et je n’avais pas trouvé de place, mais là, le double de personnes étaient présentes, et avancer dans la foule était mission impossible. Armés de bières et positionnés dans un endroit stratégique, nous avons profité de cette soirée bien arrosée. Et par arrosée je parle de la pluie, puisque nous étions trempés jusqu’aux os à cause d’un énorme orage. Orage qui n’aura découragé personne, et qui rendait encore plus beau ce moment. L’eau ruisselait sur les corps en mouvement et en transes. Les gens dansaient sous la pluie avec ferveur! Mes lunettes servaient de gouttières, mes tongs de piscine pour doigts de pieds. Pas un brin découragés par l’eau, nous avons terminés la soirée en bord de mer, accompagnés par le son couinant de nos tongs imbibées d’eau. C’est dans cette même soirée que nous nous sommes racontés nos passés, nos présents et nos espoirs d’avenir. C’est dans cette même soirée que je lui ai fais visiter mon village (merci google map). C’est dans cette même soirée que je lui ai souhaité son anniversaire, à 3 heures du matin, les cheveux et les vêtements collés au corps, et mes verres de lunettes remplis de gouttelettes. Nous sommes rentrés à l’auberge très tôt dans la matinée, après avoir longuement discuté sur son envie de faire du stop avec moi.
C’est donc le lendemain matin, après un petit plongeon dans la piscine comme défi d’anniversaire et un repas composé de bananes, que je reprends mon sac et ma route direction Nueva Helvecia. Et pour la première fois depuis ce début de voyage, je ne prends pas la route seule!

Stations balnéaires, et carte bancaire.

Après cette épopée romanesque de Cabo Polonio, et une nuit de repos, je reprends la route pour La Pedrera. Le stop me manque de plus en plus rapidement. Ce sentiment de liberté absolue est grisant. Laisser la vie décider pour nous, attendre seulement que le destin s’en mêle, partager quelques minutes de nos vies avec des personnes qu’on ne reverra jamais. Ce qui se passe dans cet endroit confiné est merveilleux. Nous savons, chauffeurs comme auto-stoppeurs, que l’instant est important, parce qu’il est fébrile. Une fois la porte close, les regards se croisent, les gorges se dénouent, les âmes s’entremêlent et les cœurs se vident. La discussion est tellement plus facile avec ces rencontres de fortune, que dans un quotidien! Peut être parce que nous prenons conscience que ce moment a une fin proche, nous profitons de chaque instant avec l’autre. Les langues se délient, parfois pour des conversations standards, parfois pour des aveux touchants de sincérité. Dans l’habitacle d’une voiture, ce sont deux personnes qui se livrent avec une confiance mutuelle. Sur leur vie, sur leurs envies, sur leurs rêves détruits ou à venir, sur leurs joies mais aussi sur leurs déceptions. Ces moments sont les favoris de mes journées, car ils sont criant de vérité. Personne ne se cache, personne ne joue de rôle. Nous mettons nos âmes à découvert, pour la beauté du partage humain. On le dit souvent, qu’il est plus facile de se confier à un inconnu qu’à quelqu’un de notre entourage. Parce que nous avons moins peur du jugement tout simplement. Pourquoi détruisons nous ces actes de sincérité dans nos vies actuelles? Notre prochain ne devrait-il pas être une merveilleuse aide, plutôt qu’une peur irrationnelle? J’aime ces interactions, simplement parce qu’elles me rappellent pourquoi je suis partie, et m’encouragent à conserver cette foi que j’ai envers les autres. Ouvrez totalement votre cœur, faites tomber les murailles qui l’entourent, et que vous avez vous même dressées. Croyez moi, vous ne serez pas déçus!

Pour aller direction La Pedrera, je monte pour la première fois à l’arrière d’un camion. Un jeune couple, éleveurs de cochons sans doute vu l’odeur, m’ont installée dans leur benne. Ils m’ont fait profiter de l’ombre dans leur jardin avant de reprendre ma route. J’arriverai à la ville souhaitée grâce à un couple d’argentins en vacances, allant au même endroit que moi. Quelle fût ma surprise quand, assise sur un canapé, j’ai aperçu Jeremías de loin! Lui et son ami sont dans le même hostel que moi, pour la deuxième fois en deux jours. Je décide donc d’aller voir ces têtes connues. Après une journée et une soirée ensemble à la plage, où le couché de soleil était à couper le souffle, nous rentrons à l’hostel. La chance me suit, puisqu’ils vont eux aussi à La Paloma le lendemain, et me proposent de m’y déposer. Et quand je parle de chance, je fais référence aussi au fait qu’ils m’évitent le stop, pour la journée je pense où j’ai été le plus fatiguée. Encore un coup de pouce du destin 😉 Je me suis rendue compte à La Pedrera des différences notables entre moi et les autres utilisateurs des hostels. Dans cette ambiance internat, les gens vont en hostel pour faire la fête, boire, fumer, danser et coucher avec d’autres. C’est donc dans une ambiance boîte de nuit à caractère sexuel que j’ai fermé les yeux, vers 5h du matin. Comprenez donc mon soulagement quand les garçons ont acceptés de m’amener.

La Paloma sera pour moi un véritable coup de cœur. La ville en elle même est agréable. Ses rues, qui portent toutes un nom de constellations ou de signe astrologique, sont remplies de musique la nuit, d’artistes de rues ou de marchands de souvenirs. Mais ce sera surtout l’accueil à l’hostel qui fera vaciller mon cœur. Petite maison où l’on vénère le surf, du papa jusqu’aux employés, en passant par ses 5 fils, l’ambiance y est familiale. Tout le monde se parle, parés seulement de bonnes intentions.

Dès ma première soirée, après un petit tour au phare et à la plage, on m’a conviée à un feu de camp. Simplement avec de la musique, des discussions et des rires. Je me sens bien dans un hostel, et c’est la première fois. De plus que le charme de la ville vient renforcer ce sentiment. Bordée de plages, on a l’embarras du choix, entre plages quasiment désertes, plages pour surf, ou plages plus touristiques. Décidée à éviter les touristes, je m’adapte au rythme de vie local. Je m’en vais faire une promenade en forêt. Je suis seule, sous l’ombre des pins. Les oiseaux, timides au début, recommencent à vivre gaiement en voyant que je ne suis pas un danger.

J’aime m’asseoir là, en pleine nature, respirer profondément en fermant les yeux, et me sentir en connexion avec tous les êtres vivants qui m’entourent. Sentir la puissance de ces arbres plus vieux que mes aïeuls, sentir le vent que produisent les battements d’ailes des papillons, écouter les allers retours incessants des infatigables fourmis. Mes pieds craquent sous le tapis des épines de pins. Il est tellement épais que je ne vois même plus le sol. Une pensée à l’idée qu’on est le prédateur le moins discret de la planète me fait sourire. Nous avons perdu cette connexion avec la nature, avec nos gros souliers appelés « Évolution et progrès ».
Ma dernière nuit arrive, et un sentiment d’inachevé me taraude. Je décide donc de rester deux nuits de plus. Moi qui n’aime pas tenir en place, je sens que j’ai besoin de retrouver cette stabilité familiale et amicale que j’ai perdu depuis mon départ. Pour ressourcer les batteries, il faut savoir s’écouter! Je m’entends à merveille avec tous les habitants de cette maison, travailleurs ou voyageurs. Un en particulier retient mon attention, il s’appelle Enzo. Assez timide de base, je sentais qu’il aurait aimé parler, mais qu’il n’osait pas. Nous avons engagé la conversation dans la cuisine un soir à 22h, pendant qu’il faisait des pizzas. Quelle bonne idée nous avons eu! Nous ne sommes plus quittés. Enzo me fait rire, malgré les barrières de la langue. Je progresse en espagnol à une vitesse incroyable, et quand je ne sais pas, je mime. Partir à l’étranger, c’est aussi développer des merveilles d’imagination! Avis à mes proches, à Noël prochain, je ne vous laisserai aucune chance au Pictionary! Vous imaginez donc que quand il m’a proposé de faire du surf avec lui le lendemain, je n’ai pas hésité une seule seconde! C’est l’occasion de creuser un peu notre relation et surtout ce sera la première fois de ma vie que je fais du surf.. c’est sûr qu’en Lorraine, on est plutôt adeptes des raclettes, ou du patin à glace! C’est en me réveillant le lendemain que je me suis dis que j’aurai peut être dû y réfléchir à deux fois. Mon manque critique d’équilibre, mais surtout ma peur irrationnelle de la mer m’ont placé une boule de peur au ventre. Trop tard! Il était prêt, et je devais l’être aussi. Nous sommes partis côte à côte pour la plage, avec une planche qui faisait deux fois ma taille. J’ai ri en le regardant faire deux trois fois, et j’ai moins ri quand il a dit que c’était mon tour. Allongée sur la planche, j’attendais ses ordres. Quand il m’a crié « rame! Rame! Rame! ».. et bien j’ai ramé de toutes mes forces. J’avais l’impression de pas avancer.. impression qui s’est révélée être vraie étant donnée que pour former la vague, la mer aspire l’eau en arrière avant de la fracasser vers moi. Je faisais donc du sur place! Une fois la vague sous la planche, tout s’est accéléré, la vitesse de la planche et celle de mon rythme cardiaque! A ma grande surprise, c’était étonnamment grisant! Mon cerveau réclamait encore plus d’adrénaline. J’ai donc recommencé deux trois fois seulement couchée, puis quand je me suis sentie en confiance -et assez en équilibre pour qu’il puisse lâcher la planche sans que je chavire d’un côté ou de l’autre- je me suis lancée. Tellement simplement, que deux secondes après j’étais debout sur une planche de surf, en Uruguay! C’était une matinée remplie de rires, d’échanges, d’aventures. Et La Paloma n’avait pas fini de me donner des surprises, puisque pour mon dernier soir chez elle, elle m’a offert un spectacle incroyablement dépaysant. Sur la plage de nuit, Enzo m’a amenée voir un rituel d’un culte ancien voué à la déesse de la mer. Les participants se tenaient là, debout en file. Les hommes portaient des pantalons et des chemises de soie. Les femmes portaient de jolies jupes à volants. Tous étaient vêtus de blancs, de la même couleur que le foulard qui leur cachait les cheveux. Les tambours avaient un rythme lent, presque envoûtant. La femme de tête chantait seule plusieurs secondes, puis quand le rythme s’accelerait, toutes les voix se joignaient à elle avec une ferveur non contenue. Ils chantaient et dansaient en face de la statue représentant la déesse. Avec ses longs cheveux noirs et son visage juvénile, elle regardait ses adorateurs, les mains ouvertes. Sa longue robe bleue couvrait ses pieds, et sa scintillante couronne, d’un bleu profond, illuminait la soirée. À ses pieds étaient posés des fleurs, uniquement bleues et blanches, des cierges et des offrandes comestibles. Un homme, qui je pense était le célébrant, a alors revêtu une cape rouge et un casque de centurion et a empoigné une épée en bois. Il s’est mis a tourner sur lui même au rythme de la musique, parfois jusqu’à l’essoufflement, la plupart du temps jusqu’à ce que ses pieds ne puissent plus le porter. Des mains le soutenaient alors le temps qu’il retrouve ses esprit, et il reprenait sa ronde pour entrer en transe. Puis les offrandes ont été délicatement posées dans l’eau. Du champagne, de la bière, des pastèques, et ces magnifiques fleurs. Certains n’ont mis que les pieds à l’eau pour les déposer, d’autres y sont entrés entièrement. Après cette magnifique entrée dans les coutumes locales, j’ai eu droit à un spectacle de capoeira au sein de la ville. Ce combat mêlé à la musique est très impressionnant de part sa rapidité et sa fluidité de mouvements. Les membres se frôlent sans jamais se toucher, les coups sont évités de justesse, les corps bougent au rythme de la musique et des encouragements des autres participants. Jamais un combat n’est arrêté, une troisième personne s’insinue au sein d’un déjà en cours, et défie celui qu’elle veut combattre. Plus le temps passait, et plus le cercle de combat devenait confiné, obligeant les combattants à accélérer les mouvements, et à se rapprocher dangereusement. C’est exaltant pour les sens, on ressent un million de choses à la minute. Du respect pour ce sport, de l’engouement pour la musique, de l’étonnement pour les figures, de la peur pour ses participants aussi. J’ai été impressionnée par ce spectacle si riche en émotions! La soirée s’est terminée dans un bar sur un rythme de musique latine. Le matin de mon départ, mon cœur s’est serré. Je n’avais pas envie de partir, mais je savais que d’autres aventures m’attendaient ailleurs ! Qu’il est difficile de quitter ce sentiment d’appartenance à quelque chose. Tout est décuplé en voyage, les sentiments naissent et grandissent plus rapidement. Les adieux ont des goûts âpres dans la gorge. Je n’ai jamais aimé les au revoir, mais ils sont d’autant plus difficiles au bout du monde, avec des gens qu’on ne reverra jamais. C’est grâce à cela aussi que les relations avec ces gens sont fortes. Au revoir La Paloma, et merci pour ce baume au cœur. Je repars boostée et revigorée pour Punta del Este!

Le stop s’est encore une fois passé sans aucun problèmes, les voitures ne me font pas attendre plus de 10minutes à chaque fois. Je pensais que c’était parce que le pays était réputé pour cela, j’ai aussi compris que mon physique jouait. Il y a bien évidemment des gens qui s’arrêtent pour rendre service, sans aucune arrière pensée, et puis il y a ceux qui s’arrêtent parce qu’ils ont repérés de loin ma peau claire. J’ai entendu un nombre incalculables de fois que mes yeux étaient sublimes, que ma peau claire était magnifique, et que mon accent français était à tomber. Bien heureusement, mon alliance me sort de quelques situations cocaces. Mais même si ces hommes aiment les Européennes, comme nous autre en France aimons les latinos, je ne me suis jamais sentie en danger pour le moment ! Les gens sont naturellement bienveillants, et prévenants! Je me suis sentie en danger plus d’une fois en France, et jamais sur les bords de route uruguayennes.

Punta del Este, la côte d’Azur de l’Uruguay. Cette ville ne m’a absolument pas plu. Pour le côté chère de sa vie, mais aussi pour son architecture banale. Et peut être aussi à cause de mon problème d’argent rencontré là-bas! Effectivement, l’hostel trouvé n’acceptant pas les paiements par carte, je me décide à aller retirer le soir après avoir déposé mes affaires. Pas de bol, la carte n’est pas acceptée. On m’indique un centre commercial avec d’autres banques.. « pas loin. »

C’est donc 6 km de marche plus tard que j’arrive dans le tant espéré centre commercial. Le premier essai était un échec. Le deuxième s’avère être le même. Après avoir demandé mon code pin, et le montant souhaité, le distributeur indique qu’il ne peut effectuer la transaction, et me rend ma carte. J’ai tenté 4 distributeurs différents, avant de jeter l’éponge, abbatue. Une pizza 4 fromages et une bière me remonteront le moral, avant d’entamer, de nuit, les 6km retour jusqu’à l’hostel. C’est donc après 21km de marche en tout et une tête déprimée que j’arrive à mon hostel à 23h30.. je décide qu’une nuit de sommeil est nécessaire pour remettre les idées en place et trouver des solutions. Le lendemain, je tente un casino, une banque, un magasin et une casa de cambio. Je leur propose un paiement par carte en échange de liquide. Tous refusent. Tous mes plans tombent à l’eau, mais je dois quand même payer ma nuit. Le problème est que je ne peux pas partir de cette ville sans argent, pour la suite de mon aventure.

Je décide donc de rester une nuit de plus, et de tenter la seule banque que je n’ai pas encore faite, mais qui se trouve a 10km. Heureusement la soirée est douce, je suis invitée à boire du vin avec des amis du propriétaire. Étant française, je n’ai pas pu refuser, mais ma tête s’est décomposée quand ils ont ramené le vin rouge dans un seau à glace! Et je pense que ma mâchoire s’est décrochée quelques secondes quand Diego s’est servi du vin rouge, puis du sprite et des glaçons, tout ça dans le même verre! Saint patron du vin rouge, pardonnez leur ! 😉
Le lendemain matin je me rends donc en bus jusqu’au centre de Punta del Este. J’en profite pour visiter un peu la ville qui ne m’apporte pas grand chose. Des immeubles les uns sur les autres en bord de mer. Des parasols à perte de vue. Et des prix exorbitants. L’odeur de pollution et les bruits des moteurs m’insupportent. Les gens sont malpolis, ils te poussent, jettent les détritus à terre, courent pour avoir la meilleure place au soleil ou à l’ombre. J’ai fait un retour express en Europe ou quoi?!
Bref, arrivée enfin devant la banque Itau, je m’aperçois qu’elle est fermée! Les distributeurs sont tous en panne.. désespérée, je marche dans les rues en regardant les bâtiments, sûrement en pensant que la solution allait apparaître sur un des murs! Je décide d’essayer une dernière fois avant de rentrer. Et là, après 17 distributeurs différents, et 31km de marche , miracle, celui-ci fonctionne! La pression retombe, et je rentre sereine à l’hostel, où je reprends mon backpack, direction Piriapolis!

Leonardo (DiCaprio) comme il a aimé se présenter, m’a embarqué en ville pour ma prochaine destination. Je vous assure que c’était pas lui, sinon je ne serai plus jamais descendue de sa voiture! Mais ce cher Leonardo a eu la gentillesse de faire un petit détour pour me montrer un point de vue de la ville en hauteur!

Piriapolis, la magnifique.

Justement au moment où, marchant sous 30 degrés avec mon backpack, je me disais que j’en avais ras la casquette des plages, le destin a voulu que je débarque dans cette ville. Moins connue que sa voisine gargantuesque, elle n’a pourtant rien à lui envier ! Je n’ai même pas vu la mer. Une fois mes bagages posés, et parce que je n’y restais qu’une seule nuit, j’ai directement foncé vers ses lieux historiques. Piriapolis est une ville riche d’histoire, que les touristes mettent de côté pour lui préférer sa plage. J’ai découvert le château de Piria, magnifique domaine en hauteur, ainsi que l’Eglise de Piria, bâtiment qui a la particularité d’avoir été commandée par les Piria, mais où sa construction a été inachevée.

Et qui n’a donc jamais servie. J’ai ensuite fait un tour au parc de la Cascade, avec ses petits coins tranquilles, ses tables à l’ombre et le bruit de l’eau qui coule.

Cette pause historique m’a fait un bien fou, et je repars le lendemain complètement ressourcée! Quelle a été ma surprise quand, montant dans la voiture de Jony, j’ai compris qu’il allait me servir de guide. Cet habitant de Piriapolis se désole du manque d’intérêt des touristes pour sa ville adorée, et s’est désolé de mon manque de temps pour tout découvrir. Alors qu’il était sur la route du travail, il a fait demi tour pour me montrer le Cerro del Toro, point culminant de la ville.

J’ai pu apprécier une vue à couper le souffle, avec des explications digne d’un guide professionnel. Ce local m’a énuméré tous les noms des montagnes qui se dressaient en face de moi, m’a parlé de l’origine de sa ville, de son histoire.. un moment magnifique. Nous avons repris notre route, puis il s’est arrêté au château pittamiglio. Un château révélant les mystères ésotériques et magiques de son propriétaire. Voulant absolument que je goûte encore un peu plus la saveur de sa ville, il m’a offert le billet d’entrée pour le musée du château.. formidable non? Quand je lui ai demandé pourquoi il faisait tout cela pour moi, il m’a répondu que le seul crédo qui motivait sa vie était :  » Aujourd’hui pour toi, demain pour moi »
J’avais déjà entendue cette phrase au Pérou, et j’étais tombée amoureuse de cette façon inconditionnelle de donner sans retenue. Jony m’a ensuite payé une bière, et une bouteille d’eau pour mon voyage, avant de me déposer à un point stratégique pour reprendre le stop..

Les histoires s’enchaînent, mais chacune d’elle est exceptionnellement unique. Je ne me sentirai jamais blasée de vivre ce que je vis, car chaque cœur que je rencontre, a une histoire propre à me raconter. Heureusement pour moi, il y a 7, 637 milliards de cœurs sur cette planète. Et je ne parle que des coeurs humains. Je n’ai donc pas fini de rêver ❤